I. Italie. Les Primitifs
(Collection de marquis Trivulce a Milan.)
Il est temps de clore notre statistique. Aussi bien, ne saurait-on se flatter d’épuiser la liste de ces Mécènes obscurs qui, sans intérêt personnel, par pur patriotisme ou par pure dévotion, ont provoqué la création de tant de chefsd’œuvre : confréries anonymes dont les patientes économies aboutissaient, après plusieurs générations, à la construction d’une chapelle; artisans au cœur ardent, qui, comme le cordonnier de Pérouse, osèrent commander un tableau d’autel à quelque compatriote illustre, tel que le Pérugin. C’est grâce aux efforts de tous, petits et grands, grâce â leur saint enthousiasme, â leur foi profonde dans la cause du beau, que l’Italie forme aujourd’hui encore le plus riche des musées, que de pauvres villages continuent â s’enorgueillir, au bout de quatre cents ans, de quelque merveille de l’art, legs imprescriptible fait par les ancêtres du quinzième siècle â leur postérité la plus reculée. Les placements artistiques — les généreuses municipalités de la Renaissance l’ont bien deviné — ne sont pas, en fin de compte, les moins productifs, ni surtout les moins durables.
Tels étaient â la fois les acteurs que les artistes allaient traduire sur la scène, et les auditeurs appelés â les applaudir; société mélangée, mais constituée fortement, animée de ce patriotisme municipal et de cet esprit de famille qui font aujourd’hui encore la force de l’Italie.
Prenons-la pour ce qu’elle vaut, et ne regrettons pas trop qu’elle n’ait pas eu que des vertus. Peut-être dans ce cas aurait-elle moins longuement fixé notre attention ! C’est parce que cette société a professé un culte si profond pour les choses de l’esprit qu’elle a mérité de vivre ainsi dans l’histoire, et en raison de ses efforts généreux, et aussi — il y a toujours de l’égoïsme au fond de notre admiration! — et aussi parce que ses artistes nous ont laissé un idéal dans lequel l’homme moderne aime à retrouver ce qu’il y a en lui-même de meilleur et de plus beau.
Fragment d’un bas-relief de Civitale. (Musée de Soulh-Kensington.)
I KON i isi'u i; di Décaméron de Boccace. Venise, 1-192.
Le sarcophage de F. Sasseili, par Giuliano da San Gallo. Église de la Trinité à Florence.