Taine, Philosophie île l'Art en Italie, p
rique ! Comment surtout expliquer ce parti pris adopté par les artistes, ou, pour employer ici encore la saisissante définition de M. Taine, cette « altération systématique des rapports réels des choses », qui constitue le commencement de l’art ! Comment aussi caractériser dignement ces conditions accessoires du progrès de l’art, la constance, la stabilité, la fermeté, qualités si souvent négatives, et cependant si nécessaires! Aujourd’hui, certes, ni la bonne volonté ni le talent ne tout défaut. Mais quoi! nous ne savons plus nous fixer; nous passons incessamment d’un style à l’autre, de l’étrusque au japonais, du rococo au gothique. Pour qu’un idéal mûrisse, pour qu’il se développe même, il finit plus d’équilibre dans les esprits, plus de décision et, disons le mot, plus d’intolérance. L’éclectisme, en pareille matière, voilà l’ennemi. Pendant la Première Renaissance, on trouve, au contraire, au fond de toutes les productions, la conviction et comme une sorte de nécessité; personne alors, pas plus dans le public que chez les artistes, 11’éprouvait le besoin de remettre en question les vérités une fois reconnues; on avançait tranquillement dans la voie tracée, avec la certitude que la perfection était au bout. O11 avait, en un mot, la foi, la foi en son époque et la foi en soi-même. Ce n’est que vers la fin du siècle, et à Florence surtout, que quelques artistes — Filippino Lippi, les Pollajuolo, et autres — commencèrent à jouer un peu avec leur art, s’essayant tantôt dans une manière, tantôt dans une autre, et préoccupés avant tout de frapper le public par leur originalité ou leur esprit; nous dirions aujourd’hui, de produire de l’effet. Ce seront les signes précurseurs de la décadence.
A travers ces facteurs si complexes, il en est deux qui s’imposent à notre attention, parce qu’ils sont comme la signature que la Renaissance a placée sur toutes ses productions, tantôt les mettant en œuvre isolément, tantôt les combinant l’un avec l’autre. J’ai à peine besoin de nommer, d’une part, l’étude de l’antiquité; de l’autre, celle de la réalité et de la nature, le réalisme ou le naturalisme dans l’acception la plus favorable de ces termes.
Les deux premiers chapitres de ce second Livre seront consacrés à l’étude de l’influence exercée par l’antiquité. Ils ont pour préambule indispensable un aperçu, que je m’efforcerai de rendre aussi court que possible, sur le rôle de la tradition antique pendant le moyen âge.
Les Dieux en exil, tel est le titre donné par Henri Heine à une de ses plus ingénieuses fictions. Le poète nous montre les habitants de l’Olympe déchus de leur grandeur, forcés de se déguiser pour échapper aux poursuites de leurs ennemis, grelottant sous ces frimas que les Barbares semblent avoir amenés à leur suite. Bacchus entre dans un couvent, Neptune se fait pêcheur, Mercure marchand, et ainsi des autres. Seule Vénus conserve quelque pouvoir, mais c’est au prix des plus durs sacrifices d’amour-propre : la déesse de Cythère, la joie des hommes et des dieux, en est réduite à passer pour une vulgaire sorcière.
l-'Tlüt HOIR ÜEl-X PROPHÈTES. FaC-SLMILÉ l/lX DESSIN DE KlLII-HI.NO I.IPHI
(Pahis. Misée de l'Ecole des Ueacx-Arts)