L’ART BYZANTIN ET L’ANTIQUITÉ
moins tranché. Autant l'antiquité est libre, abondante, exubérante, autant elle se plaît à nous montrer des corps parfaits, un air de santé et comme une sorte de contentement physique, autant les Byzantins se confinent dans la représentation de figures pauvres, sèches, maigres jusqu’à la caricature; chez eux le nu est interdit, et avec lui ce qu’il y a d’éminemment jeune et éternel dans la forme humaine. Quant au costume, une étiquette inexorable en règle le moindre détail; de même que le paysage devient une véritable abstraction. La composition enfin est déterminée d’avance par des règlements qui ne laissent aucune place à l’initiative, comme le prouve le Livre de la Peinture du mont Athos.
Eh bien, à travers cette opposition apparente percent d’innombrables traces de la tradition antique. Des recherches récentes permettent d’affirmer que le culte de l’art classique subsista à Byzance plus longtemps qu’en Occident. Le sentiment de la beauté, la pureté des contours, la vivacité de l’expression, la liberté de l’ornementation et enfin la pertection de la main-d’œuvre, autant de mérites par lesquels les artistes byzantins (et cet éloge s’adresse à ceux qui s’étaient fixés en Italie, par exemple à Ravenne, aussi bien qu’à ceux de l’Empire d’Orient proprement dit) l’emportèrent pendant de longs siècles sur leurs émules occidentaux. Il suffira de citer, pour les compositions monumentales, les figures si nobles et si juvéniles du Christ en berger, au mausolée de Placidie à Ravenne, et du Christ trônant, à Saint-Vital, ou les portraits si énergiques et si vivants, encore tout imprégnés de saveur antique, des Apôtres du Bap tistère des Orthodoxes ou de la Chapelle archiépiscopale, également à Ravenne.
Les investigations d’un archéologue russe, M. Kondakoff, permettent d’étendre ces observations aux productions si importantes de la miniature byzantine1 2.
Quelle attitude les Barbares, à leur tour, prirent-ils à l’égard de ce monde de souvenirs et de chefs-d’œuvre? Chez eux également, malgré les innombrables actes de vandalisme inséparables d’une invasion, le sentiment qui domine est celui d’une sorte de stupéfaction devant la grandeur et la magnificence des créations antiques. Dans un travail très substantiel sur les découvertes d’antiques faites au moyen âge*, M. Zappert a montré que les Goths, les Francs, les Vandales, attachaient véritablement du prix à la possession d’un
1. Histoire de l'art byzantin considéré principalement dans les miniatures ; Paris, Rouam, 1 807, t. I, p. 85, 98, 100, 162, i63, l65, 170, 188, 194, 19.5.