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L’ÉCOLE DE PISE

Les inconnus (c’étaient probablement des Siennois) auxquels nous devons les admirables bas-reliefs de la façade du Dôme d’Orvieto (première moitié du quatorzième siècle) ne se sont pas fait faute de prélever leur tribut sur l’antiquité. Signalons la prédilection avec laquelle ils découvrent l’épaule droite, faisant supporter à l’épaule gauche tout le poids de la toge, — une toge peu étoffée, et qui n’est antique que d’intention. — Tels se montrent à nous, dans la scène du Jugement dernier , les deux anges qui repoussent les damnés. Ailleurs, c’est une Sibylle drapée comme une statue grecque. Puis on découvre des sarcophages à strigiles, des génies nus supportant des guirlandes, des soldats revêtus de l’uniforme romain, etc.1.

André de Pise, talent noble et discret s’il en fut, se plaît à masquer ses emprunts ou, plus exactement, à les noyer dans son style si suave et si pondéré. On peut citer sur la porte du Baptistère de Florence, la peau de lion nouée sous le menton de la Fortitudo, la corne d’abondance placée sous le bras de la Charitas, puis les soldats invariablement costumés à la romaine. Au Campanile, la figure de Dédale n’a d’antique que le sujet, bien différente d’Hercule, qui est parfait comme caractéristique et comme étude de nu. Phidias, vêtu d’une longue tunique comme on en portait au moyen âge, sculpte une Vénus nue, tenant une pomme à la main. On voit par ces exemples que l’écho de la Renaissance provoquée par Nicolas de Pise est parvenu, quoique atténué, jusqu’à son compatriote du quatorzième siècle.

Telle est également la tendance d’Orcagna (né vers i3o8, f i368), qui dans plusieurs parties de son retable d’Or San Michèle, à Florence, s’est élevé à une si grande pureté de lignes.

On n’appréciera pas moins les statues de Sibylles placées dans les niches du Campanile de Florence : ici encore on

voit se dégager le trait essentiel de l’art italien, la recherche de la netteté et de la noblesse. Ces statues forment un singulier contraste avec celles des Prophètes qui leur font pendant, œuvres empreintes d’une sorte de réalisme vulgaire.

Copie

de la Vénus de Médicis, par Jean de Pise.

(Cathédrale de Pise.)

Prophète et Sibylle.

Bas-reliefs du Dôme d'Ürvielo.

L’œuvre de Nicolas de Pise, d’Arnolfo del Cambio, de Fra Guglielmo d’Agnello, et dans une certaine mesure aussi de Jean de Pise et des sculpteurs

i. Voy. les Précurseurs de la Renaissance, p. 17, 18.

E. Münlz. — I. Italie. Les Primitifs.

d’Orvieto, est assez varié et assez important pour constituer une Renaissance sui generis, une Renaissance souvent aussi près de l’antiquité que le fut, cent cinquante ans plus tard, la Renaissance du quinzième siècle.

Ne regrettons pas toutefois que ce mouvement si remarquable ait été interrompu par l’invasion du style gothique : étant donnée la société du temps, la tentative par laquelle Nicolas de Pise s’est immortalisé était véritablement trop artificielle et absolument prématurée. Des floraisons aussi hâtives ne sauraient donner de fruits. La période de tâtonnements et de luttes qui lui fait suite ne fut point perdue d’ailleurs. Dans l’intervalle, les différentes formes de la civilisation avaient eu le temps de se développer également, et lorsque les Brunellesco, les Donatello et les Masaccio reprirent l’œuvre de leurs aînés, ils purent

s’appuyer sur cet ensemble d’éléments intellectuels qui a donné à la Renaissance du quinzième siècle sa force et son harmonie.

Si, aux treizième et quatorzième siècles, la sculpture a surtout emprunté à l’antiquité quelques-uns des éléments caractéristiques du style, — proportions, canon, types, système de draperies, — la peinture, par contre, s’est principalement attachée à reproduire les idées propres aux anciens : emblèmes, attributs, ornements. Giotto fut le premier qui entra dans cette voie.

A tout instant l’illustre rénovateur de la peinture met à contribution les modèles antiques : tantôt il leur demande des détails d’ornementation (imitation de la colonne Trajane et du temple de Minerve à Assise, dans les fresques de la basilique de Saint-François à Assise; Victoires tenant des palmes, également à Assise; reproduction d’un des chevaux de Venise sur la façade du temple de Jérusalem, dans une fresque de la Madonna dell’ Arena, à Padoue, etc.), tantôt il leur dérobe quelque motif allégorique plus ou moins ingénieuse, tel que le Cupidon aux yeux bandés, le carquois en sautoir, l’arc à la main, de la même basilique de Saint-François; tantôt enfin, comme dans sa belle personnification de l’Espérance, à l’Arena de Padoue, il s’inspire du costume antique et s’efforce de disposer ses draperies en plis harmonieux, à l’exemple des sculpteurs grecs ou romains. Il n’est pas rare non plus de trouver dans son œuvre ou dans celui de ses contemporains la chlamyde nouée sur l’épaule, un des motifs antiques qui se sont maintenus avec le plus de ténacité pendant tout le moyen âge *.

i. Une fresque de Simone Martini, à Assise, représentant saint Martin offrant de se battre contre les Germains, nous montre l’Empereur, assis sur un trône et costumé à la romaine ; son front est ceint d’une couronne de laurier; il lient le bâton de commandement. (Alinari,

Copie d’une statue antique, par Giotto.

(Eglise Santa Croce à Florence.)

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