‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 99 sur 337 · LES IDÉES ET LES SUJETS. LUCIEN DE SAMOSATE ET ^ LES « GESTA · texte numérisé non relu

LES IDÉES ET LES SUJETS. LUCIEN DE SAMOSATE ET ^ LES « GESTA

ROMANORUM ». — LES FORMES. — LA TRADITION CHRÉTIENNE. — INFLUENCE DE DANTE ET DE PÉTRARQUE.

ependant le besoin de nouveauté ou plutôt d’antiquité se faisait sentir en Italie avec d’autant plus de force que ce pays avait conservé, bien qu’à l’état latent, d’innombrables éléments antiques, des institutions qu’il eût été véritablement difficile de souhaiter plus profondément humaines, des formes qu’on eût en vain cherché à rendre plus belles. Ce pieux héritage favorisa singulièrement le retour à la législation, à la littérature, aux arts de 1 antiquité. Je viens de marquer les trois grandes étapes de la Renaissance italienne aux treizième, quatorzième et quinzième siècles, — car un intervalle d environ cent

Ians sépare les évolutions de ces trois différentes formes de la civilisation.

Au quinzième siècle enfin, l’étude de l’art antique, dégagée a la fois de toute superstition (j’en excepte la croyance, de plus en plus rare, aux vertus des pierres gravées) et de tout calcul autre que le désir de reproduire des formes d’une beauté parfaite, devint d’un bout à l’autre de 1 Italie le mot d ordre des novateurs : ce qui n’avait été auparavant qu’un accident se changea en règle, en loi : nous n’avons plus affaire à des caprices individuels, mais a un entraînement général, comme qui dirait un vertige s emparant de toute une nation.

Pour introduire quelque méthode dans notre narration, attachons-nous d’abord aux changements dans les idées ; nous étudierons en second lieu seulement les changements survenus dans les formes.

Un des premiers résultats de la résurrection de l’antiquité fut de mettre fin au pessimisme qui caractérisait le moyen âge; les champions de la Renaissance s’efforcèrent, pour employer l’expression de Hegel, « de réconcilier la pensée (c’est-à-dire l’idéal) avec la réalité. » Immédiatement, l’humilité fait place au sentiment de la valeur individuelle, et avec lui prend naissance la gloriole, cet agent fécond entre tous ceux qui ont favorisé le développement de l’art au quinzième siècle. En même temps on demande à l’antiquité d’exprimer ces aspirations avec tout l’éclat possible, secret auquel l’art romain du temps de l’Empire s’entendait merveilleusement.

Un peu plus tard, vers la fin du siècle, la philosophie de Platon viendra donner à ces tendances leur consécration suprême, ce caractère de haut spiritualisme qui distingue la Renaissance parvenue à son apogée.

Au point de vue de la direction des idées la révolution n’aurait pu être plus complète. La résurrection de l’antiquité marque tout d’abord la revanche des races méridionales, si longtemps opprimées par les races du Nord, et par là prend un regain de vie et de réalité. Avec elle la raison vient refouler l’imagination, la fantaisie, le mysticisme; la raison, c’est-à-dire la recherche de l’ordre, de la régularité, de la symétrie, des formes pures et harmonieuses. Autant le style gothique avait été fouillé et pittoresque, autant celui de la Renaissance sera sobre et clair, qu’il s’agisse de cathédrales, de bas-reliefs, ou de tableaux de chevalet. On voit reparaître la sérénité, le goût de la vie en plein air; le soleil inonde de nouveau les portiques à colonnes sous lesquels se promènent les héritiers de la « gens togata », tour à tour graves ou vifs, aux traits nobles, aux grands yeux expressifs, au teint ambré, au corps souple et élégant, aux extrémités petites et d’une finesse parfaite.

Autre révolution : si l’art ne s’affranchit pas entièrement de la tutelle de l’Eglise, il conquiert du moins une indépendance relative; l’illustration de sujets profanes commence à alterner avec la mise en oeuvre de sujets religieux, quoique pendant le quinzième siècle les premiers ne forment encore qu’une infime minorité.

Une des conséquences directes de cet affranchissement fut le retour à l’étude du nu. Interdite longtemps parles préjugés religieux, qui ne la toléraient que dans certaines compositions, telles que Y Histoire d'Adam et d'Eve , les Scènes de la Passion, avec le Christ en croix, le Jugement dernier, et contrariée, d’un autre côté, par les exigences des climats septentrionaux, cette étude reprit faveur au fur et à mesure que l’Italie avança dans la voie de la Renaissance. Par elle l’art reconquit la base immuable qu’il avait eue chez les anciens, et renversa l’idéal plus ou moins conventionnel fondé sur le costume.

En prenant pour point de départ la discussion scientifique, en s’efforçant de

Apollon ou Hercule tirant de l’arc. Fac-similé d’un dessin attribué a Jean Bellin (Londres, Britisii Muséum).

Page 1