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LA LOMBARDIE

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façade particulièrement maussade, la physionomie de cet édifice. Un de ses fils, l’historien Paul Jove ( 1 488— 1 5 5 n ) , jeta dans la suite un certain lustre sur sa ville natale par sa belle collection de portraits.

A Legnano, les guides ne signalent que l’église San Magno, commencée en i5o4, et un retable de Luini, qui appartient d’ailleurs déjà, d’après la division que nous avons adoptée, à la dernière période de la Renaissance.

A Lodi (t. I, p. 190), la merveilleuse église de 1’ « Incoronata »

(1488- 1 5 1 3) tient lieu d’autre ornement.

A Pavie (t. I, p. 188- T 90), toutes les fondations se trouvent reléguées

dans l’ombre par les travaux d’embellissement entrepris à la Chartreuse : la décoration de la façade, due à Omodeo, aux Mantegazza, à Benedetto Briosco ; les tombeaux des Visconti et des Sforza, dus à G. Pellegrini, à Omodeo, à Cristoforo Solari et à Gian Cristoforo Romano; les fresques ou les retables, dus à Borgognone, à Bartolommeo Montagna, à Macrino d’Alba, au Pérugin, à Andrea Solari. Grâce à la riche dotation laissée par les Visconti et respectée par les envahisseurs, les travaux purent se poursuivre au milieu des troubles qui bouleversèrent la Lombardie.

Dans la ville même de Pavie, le fait le plus considérable est l’apparition de Bramante, qui fournit des

plans pour le dôme, ainsi que pour l’église Canepanova. Le château de Pavie (t. I, p. 184), qui servait de résidence, il serait plus exact de dire de prison, à l’infortuné Jean-Galéas Visconti, le souverain légitime du Milanais, ne reçut que peu d’embellissements nouveaux, en raison même de la situation effacée à laquelle ce prince était condamné.

àigevano, la résidence favorite de Ludovic le More, puis des Trivulce, compta souvent pour hôte Bramante, qui ajouta une loge à l’antique château

Le Palais municipal de Brescia.

(Fragment de la façade.)

des Visconti, et Léonard, qui y composa certainement plusieurs de ses traités. Cette ville servit ensuite d’asile à un très intéressant atelier de tapisseries, dont les productions, les Douze. Mois, d’après les cartons de Bramantino Suardi, ornent aujourd’hui encore le palais Trivulce à Milan.

Plus au nord, Abbiate Grasso et Busto Arsizio s’honorent chacun d’une église, chef-d’œuvre de Bramante.

Dans la Suisse italienne, Lugano se recommande par le portail de San Lorenzo, probablement décoré par Tommaso Rodari.

Par l’intensité du mouvement intellectuel, par l’importance et la variété des ouvrages qui y prirent naissance pendant ce tiers de siècle d’une fécondité vertigineuse, Milan n’a de comparaison .à accepter qu’avec Rome et Venise. Vérone, Padoue, Mantoue, Ferrare, Bologne, Naples, Florence même, pâlissent en regard des radieux chefs-d’œuvre dont l’enrichissent deux maîtres illustres entre tous, Bramante et Léonard de Vinci1. Quelle somme de génie que celle dépensée à Santa Maria delle Grazie, à San Satiro et au Castello di Porta Giovia, dans la Cène et dans la statue équestre de F. Sforza, et quelle dette de reconnaissance la postérité n’a-t-elle pas contractée envers le prince, aussi coupable qu’infortuné, qui a rendu possibles de telles merveilles !

Me reprochera-t-on de m’attacher trop exclusivement au point de vue de l’art et de trop sacrifier celui de la morale, je répondrai qu’étant donnés deux princes également ambitieux ou cruels, mettons César Borgia et Ludovic le More, il n’est qu’équitable d’accorder la préférence à celui qui professait du moins le culte des belles choses et de le placer au-dessus de celui dont aucune qualité ne rachetait les défauts ou les crimes.

Ludovic le More, dont j’aurais voulu placer le portrait sur le frontispice du présent volume, entre ceux de Jules II et de Léon X, n’a pas seulement été, en effet, le Mécène intelligent et libéral que l’on connaît : il a vécu en communion d’idées avec les grands hommes dont il avait deviné le génie, et leur a communiqué cette délicatesse, ou plutôt encore cette subtilité, grâce à laquelle l’architecture et la peinture ont atteint au dernier degré de la perfection. Sans la critique minutieuse et pénétrante à laquelle il soumit leurs ouvrages - — c’était son défaut comme sa qualité, — Bramante, Léonard et tous ceux qui l’approchèrent, le miniaturiste Antonio da Monza aussi bien que l’orfèvre-sculpteur Caradosso, se fussent laissés aller à des créations plus robustes peut-être, mais assurément pas d’une distinction ni d’un fini aussi admirables. Le lecteur voudra bien me croire ici sur parole, en attendant que dans un travail spécial je fournisse la démonstration mathématique de ce que certains peuvent quant à présent considérer comme un paradoxe.

I. Bibl. : T. I, p. 175. — Piot, le Cabinet de V Amateur, i862-i863, p. Q et suiv. — La Renaissance au temps de Charles VIII, p. 208-273. — Mme James Darmesteter (Mary Robinson) a consacré des pages attachantes aux princesses milanaises dans The End of tlie Middle Ages, p. 3oo et suiv. Londres, 1889.

MILAN

Quelques points de repère d’abord pour la biographie de cet homme extraordinaire, si astucieux et si pusillanime, si actif et si raffiné. Ludovic était le second fils de François Sforza, né en iq5i (après l’élévation de son père au trône ducal, circonstance dont il se prévalut pour soutenir qu’il avait seul la qualité d’héritier légitime, son frère Galéas- Marie étant né avant que son père devînt duc de Milan). A la mort de son frère, il ourdit intrigues sur intrigues contre la régente, sa belle-sœur Bonne de Savoie. Exilé pendant quelques années, il revint en triomphateur en 1479, fit exécuter Simonetta, le

Ludovic le More remettant un acte de donation au prieur de Sainte-Marie des Grâces. (Miniature de la collection du marquis d’Adda à Milan.)

ministre tout-puissant de Bonne, et à partir de ce moment jusqu’à l’invasion de Louis XII, exerça l’autorité absolue, d’abord comme tuteur de son neveu Jean Galéas, puis comme souverain du duché.

Pour n’avoir plus besoin de revenir sur l’histoire politique du Milanais, rappelons tout de suite que, conquis par Louis XII en 1499, repris par Ludovic le More en i5oo, puis presque immédiatement reconquis par Louis XII, le duché fut occupé par la France, sous l’administration réparatrice du maréchal Charles d’Amboise, seigneur de Chaumont, jusqu’en i5i2. A ce moment, le fils de Ludovic, Maximilien Sforza, s’empara de nouveau de sa capitale, qu’il reperdit, puis regagna l’année suivante. En 1 5 1 5, la victoire de Marignan rendit Milan à la France, qui la reperdit en 1021, époque à laquelle les troupes impériales s en emparèrent pour le compte de François II Sforza, qui régna jusqu’en 1 535 .

Il y avait en Ludovic — - dont un contemporain, le chroniqueur Corio, a tracé le portrait de main de maître — une agitation perpétuelle, une recherche fébrile du mieux : avec un architecte de la valeur de Bramante, il eût pu se

dispenser de recourir aux lumières des autres. N’importe : pour mener à fin la coupole de la cathédrale, il appela tour à tour ou simultanément les architectes gothiques de Strasbourg, le Siennois Francesco di Giorgio Martini, le Florentin Luca Fancelli, sans parler des architectes indigènes. Grâce à une émulation si soigneusement entretenue, il réalisa les miracles que l’on sait.

Dans sa suggestive étude sur l’orfèvrerie milanaise, Eugène Piot n’a pas exagéré en affirmant que vers l’année 1490, si l’on jette un coup d’œil sur le reste de l’Italie, on ne trouve que l’art florentin capable de faire contrepoids aux élégantes constructions élevées en Lombardie par Bramante. Et encore, ajoutet-il, trouve-t-on dans les œuvres improvisées (c’est à dessein qu’il se sert de ce mot) par cet artiste une grâce particulière, une sorte d’ingénuité adorable, bien rare en architecture, et que l’on ne rencontre pas ailleurs.

Associons au souvenir de Ludovic celui de son épouse, Béatrix d’Este, la fille du duc Hercule de Ferrare et la sœur de la marquise Isabelle de Mantouc. Quoique toute jeune (née en 1473, mariée en 1491, morte en 1497)1 elle exerça une grande autorité sur son mari par son énergie et son ambition. La netteté de ses vues ne contribua pas médiocrement à donner de la cohésion à ce qu’il pouvait y avoir de trop flottant dans les décisions de Ludovic. L’Arioste a parlé en historien , plutôt qu’en poète habitué à la flatterie, quand il nous rappelle que, « du vivant de Béatrix, Ludovic, les Sforza et les

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Portrait du chroniqueur B. Corio.

(Fac-similé d’une gravure du xvr siècle.)

MILAN

couleuvres des Visconti étaient redoutés depuis les glaces hyperboréennes

Ludovic le More, Beatrix d’Este et leurs entants aux pieds de la Vierge. Tableau attribué à Zenale. (Musée de Brera à Milan.)

jusqu’au rivage de la mer Rouge, depuis l’Indus jusqu’aux montagnes que baigne la mer; mais, qu’elle morte, Ludovic et le royaume des Insubres furent réduits en servitude, au grand dommage de toute l’Italie; qu’elle dis—

E. Müntz. — II. Italie. L'Age d'Or. 3c;

parue, ce qui passait auparavant pour la prudence la plus consommée ne fut plus considéré que comme l’œuvre du hasard. »

On possède moins de détails sur les goûts de la princesse Blanche-Marie, la nièce du More et l’épouse de l’empereur Maximilien (1472-1510)

Un gouvernement aussi ombrageux que celui de Ludovic le More ne pouvait manquer de confisquer et d’absorber les forces vives de l’aristocratie milanaise. A peine quelques alliés de la famille ducale, les Sanseverino par

exemple, ou des fonctionnaires tels que Angelo Fontana, à qui l’on attribue la fondation du palais Castiglione, purent- ils se distinguer de la loule.

Quant au maréchal J. -J. Tri-

son goût et sa magnificence.

L’encouragement des arts incomba donc principalement aux fabriques des églises. Parmi cellesci, l’œuvre de la cathédrale se signala par la persévérance de ses efforts, au milieu des plus cruelles épreuves. Les travaux en effet ne discontinuèrent pas , quoiqu’ils avançassent avec une extrême lenteur. Dolcebuono (1490), Amadeo ou Omodeo (1499- i5o8), Luca Fancelli ( 1 5oo- 1 5o3) , Cristoforo Solari ( 1 5o6 - 1 5 19) , Girolamo Porta (1 5 1 2) et d’autres les dirigèrent à des titres divers2.

Dans la sculpture, l’événement capital fut la préparation de la statue équestre de François Sforza, le mystérieux chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, détruit au début du xvi1' siècle sans que l’on sache même si le cheval était au pas ou au galop. Sous l’action plus ou moins latente de ce grand charmeur, la sculpture milanaise se transforma rapidement : d’âpre et anguleuse qu’elle était, elle se fit suave et morbide, trop suave même, car chez le Bambaja par exemple, chez Benedetto Briosco et chez Cristoforo Solari, la suavité dégénère déjà en fadeur. Milan fut d’ailleurs, au temps de Ludovic le More, le rendez-vous d’une foule de sculpteurs habiles : Gian Cristoforo lvomano, qui sculpta le buste de la duchesse Béatrix d’Este, aujourd’hui au Louvre;

vulce (1447-15 18), il dut attendre la chute des Sforza pour affirmer

Étude de Léonard de Vinci pour la statue équestre de François Sforza. (Bibliothèque de Windsor.)

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