‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 13 sur 284 · LA LITTERATURE LT L’ART · texte numérisé non relu

LA LITTERATURE LT L’ART

plus d un emprunt, et peut-être même Virgile, dont il s’inspira si souvent.

Portrait de l’Arélin. Fac-similé de la gravure de Marc Antoine.

Est-il nécessaire d’ajouter que les programmes se bornaient d’ordinaire à la simple indication du sujet, sans commentaires d’aucune sorte.

La marquise Isabelle de Mantoue elle-même, plus méticuleuse que n’importe

quel homme du métier, laissait le Pérugin libre de retrancher du canevas qu’elle lui traçait toutes les figures, sauf quatre, qui lui paraîtraient devoir encombrer le tableau : il s’agit du Combat de l'Amour et de la Chasteté, aujourd’hui exposé au Louvre. Mais écoutons la docte et charmante marquise : « Mon invention poétique, que je désire vous voir peindre, est une Bataille de la Chasteté contre l’Amour; à savoir, Pallas et Diane combattant contre Vénus et l’Amour. Pallas doit sembler avoir presque vaincu l’Amour; après lui avoir brisé la flèche d’or et l’arc d’argent, qu’elle a jetés à ses pieds, elle le tient d’une main par le bandeau que l’aveugle porte sur les yeux, et lève l’autre main pour le frapper. Entre Diane et Vénus la victoire doit sembler incertaine; Vénus sera seulement atteinte dans quelque partie de son costume, sa couronne (« mitra ») et sa guirlande, ou un bout de draperie (« qualche velletino »). Quant à Diane, ses vêtements seront brûlés par la torche de Vénus, mais le corps même des deux déesses ne recevra aucune blessure. Derrière ces quatre divinités, les chastes nymphes qui accompagnent Pallas et Diane doivent combattre âprement, de la manière qui conviendra le mieux à l’artiste, avec une troupe lascive de faunes, de satyres et de mille amours divers : ces amours, par rapport au premier, doivent être plus petits et porter des arcs, non d’argent, et des flèches, non d’or, mais d’une matière plus vile, comme du bois, du fer ou tout ce que l’on voudra. Pour rendre la peinture plus claire et plus belle, l’olivier, consacré à Pallas, se trouvera du côté de cette déesse, avec un écusson orné de la tête de Méduse, et dans les branches de l’arbre la chouette, oiseau qui lui sert d’emblème. Du côté de Vénus, on peindra le myrte, son arbre favori. Pour augmenter la beauté du tableau, il faudrait y ajouter un fond; à savoir un fleuve ou la mer, sur lequel des faunes, des satyres et des amours accourront au secours de leur maître; les uns traverseront le fleuve à la nage, les autres en volant; d’autres encore se rendront à cette lutte amoureuse à cheval sur des cygnes blancs. Sur le rivage du fleuve ou de la mer, on verrait, en compagnie d’autres dieux, et en sa qualité d’ennemi de la chasteté, Jupiter changé en taureau et emportant la belle Europe, puis Mercure, volant, comme un aigle qui tourne autour de sa proie, autour d’une nymphe de Pallas appelée Glaucera, qui tient une petite ciste où sont les ornements sacrés de cette déesse ; le cyclope Polyphème, avec son œil unique, courant après Galatée, Phébus courant après Daphné déjà métamorphosée en laurier, Pluton emportant dans son royaume infernal Proserpine qu’il vient de ravir, et Neptune enlevant une nymphe (Coronis) au moment où elle est métamorphosée en corneille. »

Le pauvre Pérugin prit au pied de la lettre les instructions de la marquise; il multiplia les acteurs et les épisodes, lui qui s’entendait tout au plus à mettre en scène une demi-douzaine de personnages, et affaiblit l’action principale au profit d’une foule de petits motifs absolument accessoires. Alors même que ses

I. Braghirolli, Notifie e document i inédit i intorno a Pictro Vanmicci. Pérouse, 1874.

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