CHAPITRE
DONATO BRAMANTE. — SES CONSTRUCTIONS EN LOMBARDIE, A ROME ET DANS LES MARCHES. — SAINTE- MARIE DES GRACES, LE PALAIS DE LA CHANCELLERIE, LA COUR DU BELVÉDÈRE ET LA BASILIQUE DU VATICAN. — RAPHAËL ET LES AUTRES ÉLÈVES DE BRAMANTE.
usqu’ici, pour chacune des branches de l’art, nous avons régulièrement commencé notre revue par Florence et la Toscane. Mais pour l’architecture le sceptre échappe peu à peu aux Florentins, et c’est le représentant du petit duché d’Urbin, jusqu’alors si pauvre en artistes, qui inaugure, dans une province non moins obscure, la Lombardie, le style dans lequel s’incarne la Renaissance parvenue à son apogée. La personnalité de Bramante est trop éclatante pour que, dérogeant au programme topographique suivi antérieurement, nous ne prenions ses pérégrinations pour point de départ de notre classification, et pour que nous n’étudiions pas d’abord les vicissitudes de l’architecture en Lombardie, où ce grand architecte fit un si long séjour, puis à Rome, où il couronna si glorieusement sa carrière.. Des chapitres spéciaux seront consacrés à l’histoire de l’architecture dans les régions non soumises à l’influence de
Bramante : Florence et la Toscane, le royaume de Naples, l’Émilie, la Vénétie, etc.
Donato di Angelo Bramante1 2 3 (faussement appelé Bramante Lazzari) avait pour patrie la villa de Monte Asdrualdo, près de Fermignano, à trois milles d’Urbin; il y était né vers 1444. Quoiqu’il comptât vingt-trois ans au moment où Frédéric de Montefeltro fit reprendre par Luciano da Laurana les travaux du palais d’Urbin (1467), rien ne prouve que son souverain ait sqngé à utiliser, ni à ce moment ni plus tard, le talent de son jeune compatriote.
Nous manquons de toute information sérieuse sur les débuts de notre artiste, qui cultiva la peinture avant de s’adonner à l’architecture (Vasari lui donne pour maître le peintre et architecte urbinate Fra Carnevale; il connut probablement aussi Piero délia Francesca, et peut-être même L.-B. Alberti et Mantegna). Nous savons seulement que son éducation première fut assez négligée : il n’apprit guère qu’à lire et à écrire, et encore certains biographes modernes, se fondant sur l’absence de tout autographe, affirment-ils qu’il était absolument « inalfabeto », c’est-à-dire incapable d’écrire. Une humeur enjouée, un certain talent d’improvisation, de la souplesse et de belles manières permirent à Bramante de masquer l’insuffisance de son éducation et de Frire figure à la cour des grands. Une fois fixé à Milan, il s’essaya même dans la poésie : une vingtaine de sonnets ou de pièces de circonstance parvenus jusqu’à nous témoignent du moins de la facilité avec laquelle il versifiait.
Il est difficile d’admettre que Bramante n’ait pas visité la Toscane. Plusieurs de ses constructions rappellent de la manière la plus frappante les monuments florentins : l’intérieur de Sainte-Marie des Grâces suppose une étude préalable de l’ancienne sacristie de Saint-Laurent; dans la même église, les petites rotondes s’appuyant extérieurement contre la partie inférieure du tambour semblent dériver des parties correspondantes de Sainte-Marie des Fleurs; les arcades de la « Canonica » de Saint-Ambroise révèlent l’imitation de l’intérieur de Saint-Laurent; enfin le rez-de-chaussée du palais de Saint-Biaise à Rome rappelle par ses bossages gigantesques le palais Pitti ' .
Vers 1472, au plus tard en 1474, ainsi sous le règne de Galéas Marie, Bramante se fixa dans le Milanais’; fidèle à la dynastie des Sforza, il ne quitta
1. Bibl. : Pungileoni, Memoria in I or 110 alla ni ta ed aile opéré di Donato 0 Donnino Bramante. Rome, 1 836. — Burckhardt et Bode, le Cicerone. — Casati, I Capi d’ arte di Bramante ml Milanese. Milan, 1870. — Caffi : Archivio storico lonibardo ; 1871. — Baron H. de Geymüller, les Projets primitifs pour la basilique de Saint-Pierre de Rome. Paris, Baudry, 187.5-1880. — L. Courajod et H. de Geymüller, les Estampes attribuées à Bramante. Paris, 1874; extr. de la Galette des Beaux-Arts . — Raphaël , sa vie, son œuvre et son temps ; 2° édit., p. 3 1 2-3 1 5, 579 et suis'. — Gaiette des Beaux-Arts, 1879, t. I, p. 353; t. II, p. 5o6. — H. Semper : Kunst und Kiïnstler de Dohme, t. I. — L. Beltrami, Bramante poeta ; Milan, 1884. — W. de Seidlitz : Annuaire des Musées de Berlin, 1887, p. i83-2o5. — Article de M. L. Palustre, dans la Grande Encyclopédie.