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LES PRÉDÉCESSEURS DE BRAMANTE A ROME

à la basilique de Saint-Pierre, il s’occupa d’achever la loge de la bénédiction, commencée par Pie IL La place même du Vatican s’enrichit par ses soins d’une fontaine monumentale, tandis que le château Saint -Ange se reliait au palais pontifical par le fameux corridor couvert, et par une rue nouvelle, la « via del Borgo Nuovo ». Toujours dominé — et pour cause — par la préoccupation de sa sécurité personnelle, Alexandre avait ainsi sous la main un palais de plaisance et une citadelle. Les travaux qu’il fit entreprendre au château de Saint-Ange à partir de 1490 prouvent quel prix il attachait à le rendre inexpugnable. Il compléta cet ensemble par la reconstruction de la « porta Settimiana », qui donnait accès sur le côté opposé du Borgo, au pied du Janicule.

En dehors du Borgo, Alexandre VI fit reconstruire ou achever les églises « San Giacomo degli Spagnuoli » et « San Niccolô in Carcere », ainsi que le palais de l’Université; il dota la basilique de Sainte-Marie Majeure de son magnifique soffite en bois sculpté (doré avec le premier or venu d’Amérique; gravé p. 333), et la place de « Santa Maria in Trastevere » d’une élégante fontaine.

Cependant dès le début du pontificat d’Alexandre VI avait paru sur les bords du Tibre l’artiste supérieur qui, de concert avec Raphaël, eut la gloire de fonder l’École romaine. Nous savons par une lettre de Ludovic le More que Bramante se trouvait à Rome en 1 493, occupé, selon toute vraisemblance, aux études préparatoires de la construction du palais de la Chancellerie. Mais ce fut en 1499 seulement que le maître se fixa définitivement sur les bords du Tibre.

Entre les modèles que Bramante avait trouvés à Milan et ceux que lui offrait Rome, la distance était aussi grande qu’entre la cour Irivole des Sforza et la cour des chefs de l’Église, 011 pourrait presque dire entre la société moderne et le monde antique. Le vieil architecte ne se vit pas seulement forcé de compter avec des matériaux dont le maniement lui était peu familier — le travertin', le péperin, etc., au lieu de la brique, — il fallait en même temps qu’il s’inspirât des besoins et des goûts de la cour pontificale, de tout temps portée vers la sévérité des lignes (nulle part la sculpture décorative ne joua un rôle aussi effacé qu’à Rome) ; il fallait qu’il s’efforçât de plaire, non plus seulement à un prince plus ou moins raffiné, tel que Ludovic le More, mais qu’il parlât « urbi et orbi », qu’il fit vibrer l’âme de la communauté chrétienne tout entière, l’âme de l’innombrable peuple des fidèles. Voulait-il se faire écouter, il devait faire grand et non plus gracieux; le Panthéon, le

1. L’emploi du travertin, le plus commun parmi les matériaux de construction employés à Rome, ne contribua pas médiocrement à réduire le rôle de la sculpture ornementale : étant donnés son grain inégal et ses pores, cette pierre ne comportait que des ornements tout à fait rudimentaires, triglyphes, oves, denticules; il eût été impossible de lui demander le degré de fini que le marbre, la pierre bleutée de Florence et la terre cuite sont susceptibles de recevoir.

Colisée, les Thermes de Dioclétien, voilà les modèles écrasants avec lesquels il avait désormais à compter. (Vasari nous parle en outre de ses études d’après les ruines de Tivoli et de Naples.)

Presque sexagénaire lors de son établissement définitif à Rome et atteint d’infirmités précoces, notamment d’un tremblement de main qui l’empêcha vers la fin de sa vie de tenir un crayon, Bramante déploya une puissance de renouvellement et d’assimilation peut-être unique dans l’histoire des arts : rompant avec son passé milanais, il parvint, à force de volonté et d’inspiration, à incarner en lui l’esprit de l’antiquité classique, à un degré auquel seul avant lui Brunellesco avait atteint. Mais, mieux partagé que son glorieux prédécesseur, il finit par où celui-ci avait débuté : parvenu à l’âge mûr lorsqu’il se trouva pour la première fois en face de l’antiquité, il s’en assimila librement l’esprit, tandis que Brunellesco en avait subi le joug dès l’adolescence.

Par un privilège qui n’a été accordé qu’à un petit nombre d’hommes de génie, Bramante tut à la fois le représentant de deux âges : les monuments qu’il éleva dans la Haute-Italie appartiennent encore à la Première Renaissance; ils ont toute la fraîcheur propre aux Primitifs; ceux dont il enrichit la Ville éternelle offrent au contraire toute l’ampleur et l’éclat de la Renaissance parvenue au zénith. Et il ne s’agit pas seulement ici de phases plus ou moins éphémères, comparables par exemple aux différentes manières de Raphaël, mais bien de styles complets en eux-mêmes et dont chacun servait de point de départ à une école nombreuse et vivace. Les principes posés par Bramante quattrocentisle restèrent en effet en honneur dans la Haute-Italie jusque vers le milieu du xvT siècle; quant à ceux posés par Bramante cinquecentiste, ils n’ont cessé depuis d’inspirer tous les maîtres de l’art de bâtir.

Mais même pendant cette seconde période l’œuvre de Bramante ne présente pas le côté systématique de l’œuvre de Brunellesco. Il existe, déclare M. de Geymüller, rien qu’entre les œuvres incontestables du maître à Rome, des différences si notables, que l’on pourrait les considérer comme appartenant à deux ou même trois manières différentes employées simultanément : à sa seconde manière lombarde appartiennent les palais de la Chancellerie et Giraud; à sa manière antique, Saint-Pierre, ainsi que les parties du Vatican dont il est l’auteur. Une troisième manière toute différente est caractérisée par l’emploi de bossages très vigoureux, contrastant avec des colonnes engagées (palais construit par Bramante pour lui-même ou pour Raphaël et palais de San Biagio avec ses cinq tours lui donnant l’air d’une forteresse').

Le palais de la Chancellerie ou palais de Saint-Damase (ainsi appelé parce qu’il renferme dans son enceinte l’église « San Lorenzo in Damaso »), bâti pour le compte du cardinal Raffaele Riario, neveu du pape Sixte IV, tel fut, on l’a vu, le premier ouvrage de Bramante à Rome; ce fut aussi le monument

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