I. Galette archéologique, 1887, p. 17c
BRAMANTE
dans lequel il marqua le passage de sa manière lombarde à sa manière classique. L’ex-peintre y rompit définitivement avec les fantaisies exquises qu’il avait prodiguées dans la sacristie de San Satiro et dans la coupole de « Santa Maria delle Grazie » : désormais, le moins d’ornements possible, et surtout plus de colonnes en forme de candélabres. En revanche toutes les ressources spécifiques de l’architecture sont mises à contribution avec une
Le Palais de la Chancellerie, par Bramante.
science et une délicatesse qui éclatent en une vaste et admirable symphonie.
La façade montre, comme le palais Ruccellai d’Alberti, le mélange d’un rustique très fin et de pilastres, mais dans un arrangement tout nouveau : le rez-de-chaussée n’a pour ornements que des fenêtres cintrées, les pilastres étant réservés pour le premier et le second étage. De l’alternance des entrecolonnements il a été question ci-dessus (p. 026). Letarouilly signale la délicatesse et la fermeté des profils, non moins que l’excellente combinaison et le juste rapport des moulures. Rien de plus élégant que les détails de ce s belles croisées : les arabesques, dit-il, qui décorent le fût des pilastres sont d une finesse et d’une variété qui enchantent.
E. Münlz. — II. Italie. L’Age d’Or.
Dans la cour du palais (gravé p. i5), Bramante a opposé aux deux étages inférieurs, avec leurs arcades à jour, l’étage supérieur, uniquement relevé par des pilastres. On est frappé (pour employer les expressions de Letarouilly) de la magnificence rare des portiques et de l’heureux rapport des étages; on n’est pas moins charmé de l’harmonie qui règne dans l’ensemble. Bramante avait à sa disposition les colonnes de l’ancienne basilique de « San Lorenzo in Damaso », démolie lors de la reconstruction du palais, et qui provenaient elles-mêmes, affirme-t-on, du portique de Pompée; il distribua ces dépouilles opirnes autour de la cour nouvelle, de manière à en former un portique à double étage. Cette première disposition seule — c’est toujours Letarouilly qui parle — procurait déjà de brillants effets; mais il s’agissait d’établir des bureaux, de créer des appartements d’habitation, d’élever même de nouveaux étages. Aussi, les matériaux tout façonnés venant à manquer, Bramante recourut au travertin pour remplacer le marbre dans les étages supérieurs : des pilastres placés au-dessus des colonnes en continuèrent les lignes verticales, et, pour que le motif en fût mieux senti, un mur de briques d’un bel appareil servit à les détacher. Heureuse combinaison de matériaux, ajoute Letarouilly, où se montrent toutes les ressources, toute la fécondité du génie, qui sait, à l’occasion, dissimuler les difficultés qu’il avait à vaincre et jusqu’à la pauvreté de ses moyens d’exécution !
Bramante s’entourait de précautions inimaginables pour ménager les transitions au moyen d’un motif d’ornementation répété à propos. C’est ainsi que la rose des Riario forme comme la note dominante qui revient à chaque instant, sur le chapiteau des colonnes, sur les bandeaux des piliers d’angle, dans les écoinçons des arcades. Peut-être y a-t-il quelque chose de trop calculé et de trop timoré dans cette recherche : on voudrait plus de franchise et plus de vigueur; le maître se montre délicat, non puissant.
' Peu de temps après le palais de la Chancellerie, l’ancien architecte des Sforza construisit le charmant petit temple circulaire, « il Tempietto », qui se dresse sur le Janicule, à côté de « San Pietro in Montorio » (inauguré en i 5o2 ; gravé p. 241). Pour la première fois peut-être, déclare M. de Geymüller, le tambour des Byzantins revêtit les formes classiques (le couronnement appartient à une époque postérieure). Malheureusement le portique circulaire qui devait se développer autour du « tempietto » ne fut pas exécuté.
Vers i5o3 Bramante commença l’édification d’un palais destiné au cardinal Adriano Castellesi de Corneto (palais Giraud-Torlonia), véritable réplique, — édition revue, sinon augmentée, — - du palais de la Chancellerie. Néanmoins, en comparant attentivement les détails des façades des deux palais, on acquiert la conviction, affirme M. de Geymüller, que la supériorité du palais Giraud- Torlonia, au point de vue de l’élégance du dessin et de la morbidesse dans