Edifices de Rome moderne, t. I, p
BRAMANTE
les ornements, tient à ce que Bramante en personne surveilla les travaux. Le cardinal Caraffa de Naples, tel fut à côté des cardinaux Riario et Castel-
Le Cloître de la « Pace », par Bramante.
lesi le principal protecteur de Bramante parmi les membres du Sacré Collège. Ce prélat éclairé lui confia la construction du cloître de « Santa Maria délia Pace», travail exécuté en i5oq, ainsi que le proclame l’inscription monumentale qui fait, comme au palais d’Urbin, le tour du cloître. Novateur hardi, Bra-
mante s’est attiré les reproches des théoriciens pour avoir placé des colonnes sur le vide, au sommet des arcades du rez-de-chaussée. On comprend très bien, au reste, d’après Letarouilly, comment le maître a été conduit à cette infraction aux règles les plus simples de la stabilité. Il a voulu éviter ces espacements énormes qui choquent si souvent la vue dans les cloîtres d’une époque antérieure. « Il semble même, ajoute Letarouilly, que l’habile architecte ait prévu ou cherché à atténuer les reproches qu’on pouvait lui adresser en accusant fortement les véritables supports, qui sont les pilastres carrés du premier étage. Son intention, évidemment, a été de faire considérer les colonnes intermédiaires comme de simples ornements destinés à dissimuler des vides trop considérables. »
Letarouilly trouve particulièrement à louer dans ce cloître la bonne proportion des ordres, l’harmonie qui règne entre les deux étages et quelques heureux détails'. L’historien de Bramante, M. de Geymiiller, fait remarquer que l’exécution des détails n’est pas digne du maître ; leur imperfection nous autorise, déclare-t-il, à croire que l’édifice n’a pas été élevé sous sa direction immédiate ou que l’argent faisait défaut à ce moment.
Quand Bramante entra-t-il en relations avec le souverain pontife? Vasari, après avoir rapporté qu’il peignit à fresque, lors du jubilé, c’est-à-dire en i5oo, les armoires d’Alexandre VI, avec une infinité d’anges et d’autres figures soutenant l’écusson, sur la porte sainte de Saint-- Jean de Latran, raconte, dans un autre passage, que ce fut comme sous-architecte qu’il fit ses premières armes à la cour pontificale. Il prit part en cette qualité, ajoute-t-il, à la construction de la fontaine du Transtevère et de celle de la place de Saint-Pierre. Les comptes des bâtiments pontificaux nous entretiennent effectivement à differentes reprises de la seconde de ces fontaines, qui avait été commencée sous Innocent VIII; ils nous font connaître le nom du principal architecte, Albert de Plaisance, celui des inspecteurs chargés de la vérification des travaux, des sculpteurs qui exécutèrent les armes des Borgia. Deux fois même nous rencontrons parmi les artistes attachés à ce travail intéressant des Milanais, c’est-à-dire en quelque sorte des compatriotes de Bramante. Mais du glorieux sous-architecte nulle trace.
Quoiqu’il soit bien établi qu’Alexandre VI déjà avait distingué le merveilleux artiste que la chute de ses ennemis les Sforza mettait à sa disposition, c’est à Jules II que revient l’honneur d’avoir compris ce génie transcendant, de lui avoir confié les plus grandioses entreprises qu’un artiste pût ambitionner et, en lui donnant pour compagnons Michel-Ange et Raphaël, d’avoir fondé cette trinité dont l’art romain tire sa principale gloire.
Le palais du Vatican était plutôt une agglomération d’édifices qu’un