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LA SCULPTURE DE GENRE

par les mots enfants, gamins ou génies) a pour spécialité de folâtrer, d’adorer la musique, de danser, parfois de s’enivrer (t. I, p. 3gg). Naturalisé dans l’art italien par la toute-puissance du génie de Donatello, le <> putto » fut redevable à Verrocchio d’une nouvelle évolution : on sait avec quel laisser-aller charmant le maître de Léonard de Vinci modela l’ Enfant au dauphin pour la fontaine de la villa de Careggi (aujourd’hui dans la cour du Palais Vieux) :

son Enfant à la trompette (terre cuite de la collection de M. G. Dreyfus) ne montre pas moins d’ingéniosité. L’émule de Verrocchio, Antonio Pollajuolo, proscrivit au contraire le « putto » de ses compositions.

Mais, même dans leurs excès , les sculpteurs, en vrais champions de l’abstraction et de l’idéalisme, s’abstinrent de pousser le réalisme aussi loin que

L’Enfant au Dauphin, par Verrocchio.

(Cour du Palais Vieux a Florence.)

les peintres contemporains et d’évoquer les scènes de

la vie de la Vierge ou de la vie du Christ sous forme de scènes florentines du xv° siècle, à la façon de D. Ghirlandajo. (Citons parmi les exceptions les bas-reliefs, véritablement trop familiers, de Civitale au dôme de Lucques, sur l’autel de saint Régulus.) C’est que la sculpture , en se privant du secours de la couleur, devenait un art moins accessible à la foule, et qu’elle se sentait ainsi tout naturellement portée vers un style plus conventionnel, plus héroïque, le vrai style historique.

Nous venons de caractériser les changements survenus dans les procédés d’une part, dans les idées de l’autre : il nous reste à rechercher quelle a été l’action exercée par ces innovations sur les sculptures considérées dans leur style. Attachons-nous d’abord aux deux grandes divisions de cet art, le basrelief et la ronde bosse.

Les Primitifs avaient cultivé le bas-relief avec une prédilection bien marquée, comme si, se défiant de leurs forces, ils avaient voulu s’essayer dans le genre le plus facile. Désormais la ronde bosse domine, et une série de colosses, à commencer par le David de Michel-Ange, nous apprend quelles dimensions on se plut à lui donner. Les hommes ne suffisent plus à l’ambition de ces affranchis de la veille, il leur faut des géants.

Dans les bas-reliefs, la donnée analytique et narrative, je veux dire la donnée propre aux Romains de la décadence, l’emporte sur les principes de synthèse chers aux Grecs. Au lieu de concentrer l’action en un petit nombre de personnages, on recherche non seulement la multiplicité des figures, mais encore la multiplicité des plans. L’imitation des sarcophages romains de la décadence et plus encore l’influence de Ghiberti provoquèrent dans cette direction les plus fâcheux abus, chez Vellano, Riccio, Pollajuolo, Andrea Sansovino et bien d’autres. Le sculpteur napolitain Giovanni Merliano de Noie, dans le tombeau du vice-roi don Pedro de Tolède (église de San Giacomo de’ Spagnuoli à Naples), nous montre le défunt qui galope à la tête de son armée, sur un lourd cheval de guerre, des fantassins et des cavaliers qui montent et qui descendent les collines, qui entrent dans les villes assiégées, tandis que des navires débarquent au port, etc., etc. '.

Seul Michel-Ange réussit à exprimer à l’aide de deux ou trois personnages les sentiments les plus complexes; c’est qu’il sacrifiait sans hésiter tous les accessoires, fonds d’architecture aussi bien que paysages. Je m’empresse d’ajouter qu’il n’aborda qu’exceptionnellement la sculpture en bas-relief. Peut-être pro fessait-il pour elle le même dédain que pour la peinture à l’huile. Il est bien vrai que pour les tombeaux des Médicis, aussi bien que pour celui de Jules II, le contrat stipulait l’adjonction de bas-reliefs aux sculptures en ronde bosse. Mais Michel-Ange, de même qu’il n’aimait à travailler que le marbre (bien différent en cela de Donatello, qui s’attaqua aux matières les plus diverses), de même il ne se plaisait que dans l’exécution de statues proprement dites; ses basreliefs ne furent pas même commencés.

A part quelques tentatives plus ou moins contestables, comme celle de Civitale, qui s’évertuait à détacher ses figures du fond en les évidant par derrière, la tendance générale est d’arrondir le modelé autant que possible; les reliefs aplatis, dans le genre des « stiacciati » de Donatello (t. I, p. 522), se font

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