LE STYLE
rares; les bas-reliefs à arêtes tranchantes, tels que les Batailles sculptées sur le tombeau de Gaston de Foix ou sur le tombeau de Bernabo Visconti, à la Chartreuse de Pavie, forment aussi l’exception. On s’efforce d’ailleurs d’éviter les saillies ou les creux excessifs ( défaut si sensible dans les bas-reliefs du Persée de Benvenuto Cellini) et de rythmer savamment les masses.
La Ronde bosse réclamait, je le répète, infiniment plus de perfectionnements que le bas-relief. Il s’agissait tout d’abord d’apprendre à poser une figure avec naturel et assurance, art inconnu à la plupart des Primitifs, Donatello, Jacopo délia Quercia, Bernardo Rossellino et peut-être encore un ou deux autres exceptés. Ce premier résultat fut obtenu grâce aux progrès des études anatomiques, grâce surtout au génie de Michel-Ange (p. 1 63) .
L’interprétation du nu gagna en profondeur et en sûreté. Les Primitifs ne l’avaient abordée qu’exceptionnellement ( David de Donatello, « Putti » de Donatello, de Desiderio da Settignano, Adam et Eve d’Antonio Riccio ou Bregno). Les représentants de l’Age d’Or tombèrent dans l’excès opposé : à l’étude saine et normale du corps humain, telle que l’avaient entendue les sculpteurs grecs, Verrocchio, Pollajuolo, Michel-Ange et leurs disciples substituèrent la solution de problèmes d’anatomie, véritables tours de force relevant de l’ordre scientifique plutôt que de l’ordre artistique. Pour faire étalage de leur science, ils défigurèrent — ce sont les expressions de Perkins — la nature en exagérant les ressorts qui la font mouvoir. Un progrès n’en resta pas moins acquis : l’art de poser les figures avec aisance, de donner aux draperies un tour libre, de provoquer des contrastes dramatiques en mettant en saillie telle ou telle partie du corps. Les quelques bonnes statues de cette période ont plus d’assiette, et en même temps plus de fermeté et de mouvement que celles des Primitifs.
Ce triomphe sur la forme si longtemps rebelle, Michel-Ange en usa et en abusa : nul artiste n’a montré le corps humain dans des attitudes plus variées ni plus extraordinaires; nul ne s’est essayé dans des effets de raccourci plus hardis. « Seul depuis les Grecs, dit M. Taine, il a su tout ce que valent des membres. Pour lui comme pour eux, le corps vit par lui-même et n’est pas subordonné à la tête. » La possession souveraine de la structure anatomique et du jeu des muscles, il la fait éclater dans des statues colossales aussi bien que dans des dessins jetés rapidement sur le papier et où, en quelques coups de crayon, il indique, avec une netteté admirable, la structure et le mouvement de la machine animale. Et cependant que ces attitudes sont sculpturales, quelles magnifiques cambrures, quelle fierté, quel héroïsme dans ce peuple de Titans qui semble éternellement prêt à défier l’Olympe et à recommencer la bataille des dieux !
D autre part, malgré tout leur mérite, les Primitifs, sans en exclure le grand