‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 18 sur 284 · Le Banquet, trad. Cousin, t. VI, p. 3i · texte numérisé non relu

Le Banquet, trad. Cousin, t. VI, p. 3i

E. Münlz. — II. Italie. L’Age d’Or. 1(5

spiritualisme dans les moindres usages de la vie domestique, tout comme dans les manifestations intéressant une cité entière. L’esprit bourgeois de l’ère précédente a disparu; je veux dire ces habitudes méticuleuses, ces habitudes de pusillanimité et de parcimonie. Quelle aisance désormais dans les manières, quel luxe noble et bien entendu ! L’art n’a plus à compter avec tous ces senti-

I.a Peinture religieuse au xv' siècle. Madone de Botticelli, au Musée des Offices.

ments mesquins, avec un égoïsme qui fléchissait tout au plus devant les plus proches parents; il trouve, pour l’inspirer, l’initiative, la hardiesse, la libéralité, des élans généreux et le goût le plus sûr.

Le premier et le plus glorieux adepte de l’esthétique platonicienne, telle qu’on l’enseignait dans l’entourage des Médicis, fut Michel-Ange. C’est dans ses entretiens avec Laurent le Magnifique, avec Politien, avec Pic de la Mirandole, et avant tout avec Marsile Ficin, que le jeune artiste se pénétra des doctrines de spiritualisme transcendant auxquelles il resta fidèle toute sa vie. Mais à côté de ces influences profanes se place une influence qui ne nous semble pas avoir été

INFLUENCE DE PLATON

signalée jusqu’ici : Savonarole, Tardent mystique, contribua certainement autant que n’importe quel courtisan des Médicis à familiariser Michel-Ange avec ces doctrines. A tout instant, en parcourant ses « Paroles sur l’art », si habilement groupées par M. Gustave Gruyer, on croit lire une page du Banquet ou du Tintée. Tantôt le réformateur proclame la supériorité de la nature sur

La Peinture religieuse au xvi" siècle. La Vierge à la Chaise, par Raphaël, au palais Pitti.

l’art, tout comme Platon, tantôt celle de la beauté morale sur la beauté plastique; tantôt encore il place en Dieu la souveraine beauté1.

Et comme Michel-Ange, nature synthétique entre toutes, répond admirablement à l’idéal de Platon! Puisant sans cesse dans son propre fonds, 11e voyant dans la création que l’homme, et pouvant dire, avec Socrate, « les champs et les arbres ne veulent rien m’apprendre, et je ne trouve à profiter que parmi les hommes, à la ville2», il représente la toute-puissance des idées

1. Les Illustrations des écrits de Jérome Savonarole, p. 184, 18S, 192.

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