‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 19 sur 284 · Phèdre, trad. Cousin, p · texte numérisé non relu

Phèdre, trad. Cousin, p

innées vis-à-vis du monde extérieur, et le triomphe de la conscience substituée à l’observation. Cette haute et souveraine esthétique, l’artiste l’appliquait dans ses marbres, le poète la formulait dans ses vers; tel est le début de son admirable sonnet à Vittoria Colonna1 2 3, dans lequel il montre l’esprit parvenant à éveiller un écho dans les matières les plus rebelles : « un simple bloc de marbre renferme toutes les idées que l’artiste le plus éminent puisse concevoir; mais seule la main qui obéit à l’intelligence réussit à les en dégager ».

Dans un autre des sonnets adressés à Vittoria, Michel-Ange proclame que la conception de la beauté est supérieure à tous les accidents venant du dehors et oppose l’idéal qui s’est formé dans l’esprit à l’œuvre plus ou moins périssable qu’a pu enfanter le pinceau ou l’ébauchoir : « Si plus tard, le temps injurieux, âpre et barbare mutile, tord ou détruit entièrement cette œuvre, la beauté première s’en retrace dans la pensée, qui n’en a pas été frappée en vain. Ainsi, ton admirable beauté, image de ce bien qui fait l’ornement du ciel, offerte à nos yeux sur la terre par l’Artiste éternel, en s’évanouissant avec le temps et avec l’âge, ne se gravera que plus profondément dans mon cœur, car je penserai à cette beauté que ne peuvent changer ni les ans, ni l’hiver. »

Raphaël n’a pas moins dû à Platon, et il n’a fait que payer une dette en lui élevant un si splendide monument dans l’École d’Athènes. De même que Phidias, quand il faisait une statue de Jupiter ou de Minerve, n’avait pas sous les yeux un modèle particulier, dont il s’appliquait à exprimer la ressemblance, mais nourrissait au fond de son âme un certain type accompli de beauté, sur lequel il tenait ses regards, et qui conduisait son art et sa main, « de même Raphaël, il le déclare lui-même dans sa fameuse lettre à Castiglione, se servait d’un certain idéal qu’il se formait quand il manquait de beaux modèles. »

L’influence de Marsile Ficin éclate tout particulièrement dans Y Ecole d’Athènes. Le Conduit d’hommes nus et Y Enlèvement d’une Néréide par un Triton, représentés dans cette fresque, au-dessous de la statue d’Apollon, se rattachent de la manière la plus évidente à un passage des Commentaires sur la République de Platon. «.Apollon, y dit Marsile Ficin, est le dieu de l’harmonie, le médecin des passions (« Phœbus humani generis medicus »); grâce à cette harmonie (« temperantia »), nous triomphons de nos pires ennemis, la luxure (« libido ») et la colère (« iracundia »)"'. »

On ne saurait nier qu’à la longue les enseignements de Platon n’aient exercé une action débilitante. Ce spiritualisme à outrance, qui tient si peu de compte des données de la vie réelle, ce mépris pour les arts d’imitation, auxquels le

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