‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 187 sur 284 · Lorenqo Ghîberti, p · texte numérisé non relu

Lorenqo Ghîberti, p

2. Je n’ai pas la prétention de dresser ici le catalogue complet de l’œuvre de Sansovino : on le trouvera dans les ouvrages de Perkins, de M. Schônfeld, de M. Bode. Ce dernier attribue entre autres à notre artiste deux bustes du Musée de Berlin (n'” 22.5, 226), le buste en marbre de Teodorina Cibo et le haut-relief, également en marbre, représentant le Cardinal Antonio del Monte.

cathédrale de Florence (i52i; le philosophe est représenté à mi-corps, de trois quarts, tenant un volume des deux mains) révèle également quelques-unes des qualités propres aux quattrocentistes : il y a de la vivacité, sinon de la vie, dans cette figure, qui se distingue en outre par la sobriété et l’esprit. Elle nous transporte à mille lieues du pathos cher dès lors aux sculpteurs florentins, et cependant la statue de Saint André, exposée dans le même sanctuaire, nous prouve que Ferrucci se plaisait par moments à s’inspirer de Michel-Ange : rien de plus tourmenté que ce morceau, avec son enchevêtrement de draperies.

Ferrucci jouissait d’une grande notoriété à Florence et au dehors : tout jeune encore il eut l’honneur d’être appelé à Naples (1487) pour y être attaché au service de la cour. De retour dans sa patrie, l’œuvre de l’église San Jacopo de Pistoja lui commanda la décoration de la chapelle baptismale, avec le Baptême du Christ, en haut-reliet, et des Scènes de la vie de Saint Jean, en bas-relief (l’ornementation de cet ouvrage n’est pas moins prétentieuse que le sujet principal). En 1 5 1 2, l’œuvre de la cathédrale de Florence le nomma directeur de l’atelier de sculpture attaché à ce monument et qui comptait un personnel de dix-huit maîtres. En 1 5 1 7 , le roi de Hongrie lui confia l’exécution d’une fontaine de marbre. Antérieurement, l’artiste avait sculpté pour un préiat hongrois, le cardinal de Strigonie, l’autel d’une chapelle située dans la cathédrale de cette ville '.

Fa réaction contre le style trop placide et trop facile des Eclectiques ne pouvait manquer d’éclater dans une fournaise telle que Florence. Verrocchio accentua la poursuite de la morbidesse ; il prit plaisir à recroqueviller et à chiffonner ses draperies, par opposition aux draperies d’un jet trop simple de Civitale, de Majano, de Sansovino. Pollajuolo de son côté s’attacha aux expressions violentes, à une sorte de fierté sauvage, conservant, jusque dans l’exécution définitive, tous les caractères de l’improvisation.

Ces novateurs — ainsi que l’ont fait observer avec sagacité MAI. Burckhardt et Bode — travaillaient de préférence le bronze, matière qui provoquait à toutes les audaces, en même temps qu’elle permettait de fouiller les draperies avec une ardente curiosité : les Éclectiques au contraire s’en tenaient au marbre, si propre

1 . A Fiesole, sa ville natale, Ferrucci orna la cathédrale d’un superbe retable où la souplesse du travail et l’ampleur des formes n’excluent pas encore la sincérité, la candeur. Ce monument s’impose à l’attention par la richesse de la matière première — du marbre violacé — non moins que par le charme de l’exécution. La Vierge et l’Ange Gabriel, inscrits chacun dans un médaillon, égalent, pour la science du rythme et la délicatesse de 1 expression, les plus pures créations du quattrocento.

Portrait d’Andrea Ferrucci.

(D’après la gravure publiée par Vasari.)

ANDREA FERRUCCI.

à traduire les sentiments plus calmes, l’élégance, la grâce, et qui comportait en outre un plus grand degré de fini.

« Dans la sculpture et la peinture, nous dit Vasari, le style de Verrocchio conserva quelque chose de dur et de cru, comme il était naturel chez un artiste qui devait plus à l’étude qu’à la nature : « Corne quello che con inhnito studio

Retable sculpté par Andrea Ferrucci. (Cathédrale de Fiesole.)

se la guadagnô, più che col benefizio o tacilità délia natura » Cet arrêt porté sur l’auteur de Y Incrédulité de saint Thomas , du David de bronze, du Colleone, peut paraître sévère, mais, après un examen approfondi, on ne saurait entièrement donner tort au biographe. Par le temps qui court, par cette marée montante de l’anarchie et de l’impuissance, il est de mode, en effet, de confondre les hypothèses avec les vérités démontrées, les efforts avec les résultats, les

I. Bibl. : Bode : Annuaire îles Musées de Berlin, t. III, p. 91, 2.35, 266. — Le même, Italienische Bildbauer. — Paul Durrieu, Un Tableau de l'atelier de Verrocchio au Musée du Louvre. Paris, 1 883 (extr. de V Art).

E. Müntz. — II. Italie. L’Age d’Or. 63

chercheurs avec les trouveurs. Chercheur, certes, Verrocchio le fut au souverain degré, de même que son immortel élève Léonard, et nul critique impartial ne saurait nier que ses efforts ne fussent éminemment suggestifs. Mais que de fois le sculpteur florentin n’a-t-il pas dû s’en tenir à l’intention seule !

Andrea del Verrocchio naquit à Florence en iq35. Son père, Michèle di Francesco de Cioni, appartenait a cette classe si féconde de petits industriels : il exploitait un four (de briques?). L’enfant commença par l’étude des sciences et cultiva particulièrement la géométrie, comme l’avaient fait Brunellesco, Piero délia Francesca et tant d’autres artistes fameux. Ce n’était guère alors une position sociale; aussi ses parents mirent-ils le jeune Andrea en apprentissage chez l’orfèvre Verrocchio, dont l’élève reconnaissant adopta dans la suite le nom. D’après Baldinucci, Andrea aurait également reçu les leçons de Donatello et aurait assisté celui-ci dans l’exécution du lavabo en marbre de la sacristie de Saint- Laurent (gravé t. I, p. 420). Mais cet ouvrage offre tous les caractères du style d’Antonio Rossellino. Ce qui est certain, c’est qu’Andrea, semblable en ceci à l’immense majorité des artistes ses compatriotes, débuta par la pratique de l’orfèvrerie.

Les connaissances acquises comme orfèvre, cette initiation à un métier délicat et difficile entre tous, ne furent pas inutiles à Verrocchio lorsqu’il aborda la pratique de la sculpture ; elles l’habituèrent à approfondir en tout et pour tout les secrets de la technique, à donner a ses ouvrages le fini qui les distingue; on admirait notamment son habileté dans le travail du bronze.

Parmi les ouvrages d’orfèvrerie de Verrrocchio, Vasari cite quelques boutons de chape, conservés de son temps au dôme de Florence, et des pièces de vaisselle. L’une de celles-ci, une tasse, jouissait d’une grande célébrité; elle se distinguait par une frise composée d’animaux, de feuillages et d’autres ornements. Une seconde tasse avait pour décoration des Enfants dansant, d’une grande élégance (« Un ballo di puttini molto bello »). Mais des nombreux bijoux et pièces d’orfèvrerie inventés et ciselés par le maître — agrafes, reliquaires, vases, coupes, statuettes d’argent des douze Apôtres, exécutées pour le pape Sixte IV, etc., — aucune n’a échappé à la destruction. Verrocchio orfèvre ne nous est plus connu que par un bas-relief, la Décollât ion de -saint Jean-Baptiste, ciselé entre 1477 et 1480 pour le fameux autel d’argent du Baptistère de Florence. Pris dans son ensemble, l’autel, à l’exécution duquel collaborèrent Pollajuolo, Bernardo Cennini, Antonio de’ Salvi et Francesco di Giovanni, n’a rien qui séduise; l’arrangement est encore tout gothique; nulle netteté, nulle distinction dans l’ordonnance; on dirait que la Renaissance n’a pas encore pénétré

Portrait de Verrocchio.

(D'après la gravure publiée par Vasari.)

VERROCCHIO

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