‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 22 sur 284 · CHANGEMENTS DANS L'ICONOGRAPHIE · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DANS L'ICONOGRAPHIE

Moïse exposé sur les eaux. D’après la Bible de Malermi.

Je ne parle pas, bien entendu, des facilités que les scènes de l’Ancien Testament offraient à certains artistes plus ou moins frivoles, tels que Benozzo Gozzoli, pour une mise en scène brillante, de nombreux acteurs, des costumes plus éclatants ou plus pittoresques que ceux des chrétiens primitifs, bref pour les pompes dont la peinture, plus que tout autre art, s’est toujours montrée friande.

Aux yeux de ces maîtres, la Bible était le prétexte; or je ne veux m’occuper que de ceux pour qui elle était un article de foi.

En traitant la question si controversée, et à mon avis si claire cependant, de l’influence de la Réforme sur

les arts, certains historiens ont affirmé que les réformateurs avaient eu le mérite de remettre en honneur les scènes de l’Ancien Testament, absolument négligées par l’art catholique. Dürer, Holbein, Cranach et tutti quanti auraient deviné les premiers la poésie grandiose de la Bible, trop facilement sacrifiée auparavant au sentimentalisme qui distingue les Evangiles et les Vies des Saints.

Une telle assertion ne saurait tenir un instant contre la statistique la plus élémentaire : il suffit, pour la réfuter, de rappeler les Scènes de l'Ancien Testament , sculptées par Ghiberti sur la seconde porte du Baptistère de Florence ; peintes par Paolo Uccello sur les murs du fameux cloître vert de Sainte- Marie -Nouvelle, dans la même ville; par Benozzo Gozzoli sur les murs du Campo Santo de Pise;

par Michel-Ange sur le platond de la chapelle Sixtine; par Raphaël sur les coupoles de la Galerie des Loges, ou encore les illustrations de la fameuse Bible de Malermi, publiée à Venise en 1490. Ces compositions, d’inspiration si différente, révèlent chez leurs auteurs, aussi bien que chez le public, une connaissance approfondie de l’histoire du peuple d’Israël, et un goût des plus vifs pour tant de pages tour à tour sombres et puissantes, ou fraîches et gracieuses comme une idylle. Et quelle place Patriarches, Prophètes, Sibylles, ne se sont-ils pas taillée dans Part qui a précédé la Réforme!

Pour les représentations religieuses d’ailleurs, comme pour les représentations historiques, le succès fut en raison de la liberté laissée à l’artiste. Du jour où la Réforme, d’un côté, le Concile de Trente, de l’autre, prétendirent imposer leur programme, l’inspiration disparut. On compta encore des pages savantes, mais adieu désormais l’émotion, la verve, les accents vibrants, tout ce qui avait donné la vie aux créations de la Renaissance.

Cette prédilection pour l’Ancien Testament se maintint quelque temps encore : les fresques de Michel-Ange sur la voûte de la chapelle Sixtine et celles de Raphaël sur les coupoles des Loges en sont un exemple mémorable. Mais comparons ces motifs mêmes de l’Ancien Testament, tels que Michel-Ange et Raphaël les ont interprétés et fixés, aux compositions similaires du xve siècle : quel abîme! Les Primitifs avaient choisi les scènes les plus calmes, alors toutefois qu’ils ne s’étaient pas contentés de juxtaposer leurs personnages, comme des spectateurs indifférents, et ils y avaient ajouté un luxe sans fin d’accessoires oiseux. Le Buonarroti et le Sanzio au contraire résumèrent l’action en un petit nombre de figures, et quelle grandeur, quel paroxysme de passion ou quelle sérénité idyllique ils surent mettre dans l’action ainsi resserrée. Dieu séparant la lumière des ténèbres , le Déluge , la Rencontre de Jacob et de Rachel, le proclamèrent avec éloquence.

En ce qui concerne le Nouveau Testament, il était naturel que, la dévotion et l’humilité ayant diminué, l’art religieux abordât plus rarement les sujets lugubres ou poignants, tels que les Scènes de la Passion ou le Jugement dernier (seuls Signorelli, Pra Bartolommeo et Michel-Ange reprirent ce thème autrefois si populaire), ou que, forcé d’aborder ces sujets, il les interprétât dans une donnée moins réaliste. La popularité des Chemins, de Croix baissa de jour en jour; la Renaissance aimait bien trop à vivre et à jouir pour s’arrêter à ce s images attristantes. Dans les Crucifixions, les Mises au tombeau, les Scènes de martyre, l’expression de la souffrance physique fit place à l’expression de la douleur morale, comme dans le Portement de croix de Raphaël ou dans l’admirable Saint Sébastien du Sodorna. Que dis-je! La résignation, la sérénité, l’extase, tendaient à éclipser complètement les idées de douleur ou de tristesse. En spiritualistes véritablement dignes de ce nom, les cinquecentistes donnèrent à leurs, héros assez de force d’âme pour entrevoir, à travers les tortures de la chair, la félicité de la vie tuture. Tels sont la Sainte Catherine d'Alexandrie et la Sainte Cécile de Raphaël, ses Cinq Saints.

Léonard et Michel-Ange, dans leur culte ardent, pour ne pas dire excessit, de la forme, n’avaient prêté à l’iconographie sacrée qu’une attention en quelque sorte intermittente. Raphaël, par contre, avec son esprit si merveilleusement pondéré, reprit tout le vieux fonds iconographique constitué par le moyen âge, gaspillé et dénaturé par le xv|J siècle, lui rendit sa cohésion, le renouvela et le rajeunit. En fidèle disciple des Ombriens, il rentra dans l’interprétation loyale,

Sainte Cécile entourée de Saints, par Rapiiaëi* ( Pinacothèque de Bologne)

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