TU RA ET COSSA
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son influence éclate à chaque pas, son intervention personnelle est douteuse.
Une partie des fresques de Schifanoja est irrémédiablement perdue; l’autre, retrouvée en 1840 sous un badigeon séculaire, déroule devant nous, sur deux parois, le plus bizarre mélange de réminiscences classiques et d’événements contemporains, d’allégories et de portraits. Le thème primordial, c’est l’illustration des Dou^e Mois, avec les Signes du Zodiaque, les Divinités qui président à chacun d’eux, et les Travaux des Champs. Mais sur ce canevas les artistes ont brodé une foule de motifs absolument étrangers à la donnée principale, et par cela même d’autant plus curieux, d’autant plus amusants : chas-
ses et divertissements du duc Borso, portraits des princes de sa famille, des bouffons de sa cour, et même des principaux chevaux réunis dans ses écuries; bref, une véritable encyclopédie de la vie publique et privée à cette époque. Ils ont divisé chaque compartiment en trois zones horizontales :
dans la zone supérieure, ils ont placé, sur des chars de triomphe, le
La Course d’Atalante, par Francesco Cossu,
dieu OU la déesse qu’ils (Musée de Berlin.)
avaient à glorifier; autour
d’eux, une foule d’épisodes; la zone centrale, sur tond bleu, a été consacrée à un des signes du zodiaque, entouré de figures allégoriques; la zone inférieure, enfin, à l’illustration des faits et gestes du duc Borso.
En 1469 Tura fut chargé de peindre la chapelle du palais de Belriguardo, et il poussa si rapidement ce travail, qu’au lieu des cinq années stipulées par le contrat, il n’en employa que trois au plus. Il l’orna d’une infinité de figures, soit peintes, soit en stuc'.
Francesco Cossa’, le collaborateur de Cosimo Tura au palais de Schifanoja, naquit à Ferrare vers iq38 et mourut à Bologne à l’âge de quarante-deux ans,
1. Les erreurs ont la vie si dure qu’il ne sera pas inutile de rappeler ici que les deux peintures du Musée de Cluny, les Pèlerins d’Emtnaiis et Y Incrédulité de saint Thomas, n’ont rien de commun avec Tura, auquel les donne le catalogue.
2. Bibl. : Article de M. Gustave Gruyer dans la Grande Encyclopédie. — Venturi : l’Art,
1 888, t. I, p. p3 et suiv., 96 et suiv. — Le même : Archivio slorico delT Ane, 1888.
E. Müntz. — II. Italie. L’Age d’Or.
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vers 1480. Indépendamment d’un certain nombre de tableaux de chevalet, il a laissé son œuvre maîtresse dans les fresques du palais de Schifanoja, où il peignit l’illustration des Mois de Mars, dû Avril et de Mai (des femmes qui tissent, des adolescents qui font de la musique ou se livrent à de doux entretiens, etc.; t. I, p. 3 1 5) . Les humiliations que lui infligea le duc Borso (il 11e lui paya que 10 bolonais par pied carré de peinture et fit retoucher nlusieurs de ses tètes par Baldassare d’Este) décidèrent Cossa à tenter la fortune à Bologne. Il y reçut un accueil empressé, bien fait pour consoler de ses déboires, et y exécuta de nombreuses peintures ou de nombreux cartons pour vitraux : Y Annonciation (Musée de Dresde), un Saint Marc (Musée de Francfort-sur-le-Mein), la Course d'Atalante (Musée de Berlin), la restauration de la « Madonna del Baracano », et enfin une Sainte Conversation, peinte en 1474 pour le « Foro dei Mercanti », également à Bologne. Ce dernier ouvrage, déclare M. Gustave Gruyer, nous montre en Cossa un peintre qui se plaisait à reproduire scrupuleusement la nature sans éprouver la moindre répulsion pour la laideur des types, mais qui rachetait cette laideur par la noblesse de l’attitude et de l’expression. Quand il se trouvait par hasard en face d’un beau modèle, il le rendait avec une étonnante fidélité. La souplesse des chairs, l’aspect plastique des figures, la multiplicité des plis cassés dans les draperies constituent aussi quelques-uns des traits caractéristiques de sa manière.
Un autre contemporain de T ura, Ercole dei Roberti (confondu depuis Vasari avec son compatriote et quasi-contemporain Ercole Grandi), vit le jour entre iq5o et 14O0'. Il subit, comme la plupart de ses compatriotes, l’influence de l’Ecole de Padoue, personnifiée par Squarcione, Jacopo Bellini et Mantegna. Fixé à Bologne vers 1482, il y exécuta, dans une chapelle de l’église San Pietro, les fresques de la Passion et de la Mort de la Vierge (détruites dans la première moitié de ce siècle).
Vasari, qui a encore vu cet ensemble important, n’hésite pas à en taire le plus grand éloge : la Cru.xijixion, dit-il, est peinte avec beaucoup de talent; outre la figure du Christ, qui est déjà mort, le tumulte des Juifs accourus pour voir le Messie en croix est parfaitement exprimé, et ce qu’il y a de plus merveilleux, c’est une si grande variété de têtes, que l’on comprend qu’Frcole s’est appliqué de tout son pouvoir à les rendre différentes. Il y a aussi quelques figures qui éclatent si douloureusement en pleurs, que l’on ne peut qu’admirer l’art qu’il déploya pour reproduire la nature. L’évanouissement de la Madone émeut jusqu’au fond de l’âme; mais on est encore plus ému en considérant la douleur des Maries, car elles sont pleines de compassion et affaissées sous le poids de l’angoisse. Parmi les autres figures remarquables se trouve Longin, à cheval sur une bête maigre en raccourci, qui a un très grand relief. De même
I. Birl. : Venturi : Archivio storico delf Arte, 1889, p. 339 et suiv. — L'Art, 1890, t. I, p. 49 et suiv.
EROOLE DEI ROBERTE
nous apparaissent, dans une attitude des plus singulières, quelques soldats qui jouent la robe du Christ; ils ont des types et des habillements étrangers. Les larrons attachés sur la croix sont aussi bien peints que bien inventés, et, puisque Ercole prenait plaisir à représenter ses ligures en raccourci, il fit, dans ce tableau, un soldat à cheval qui a les jambes de devant en l’air, de manière qu’il ressort au point d’être cru en relief. Le soldat qui le guide emploie toutes ses forces pour retenir une bannière agitée par le vent. On remarque aussi un saint Jean qui s’enfuit, enveloppé dans de longues draperies. Tous les soldats sont parfaitement représentés. Leurs mouvements sont les plus naturels et les plus vrais que l’on eût vus jusqu’alors. Il serait difficile de
La Nativité, par Francesco Cessa. (Pinacothèque du Vatican.)
faire mieux; c’est pourquoi nous sommes fondés à dire qu’Ercole avait une rare intelligence de son art, et n’épargnait aucune fatigue pour parvenir à son but. »
La prédelle du retable d’une autre église de Bologne, San Giovanni in Monte, a été mieux partagée que les fresques de l’église San Pietro : deux de ses fragments, le Christ au jardin des Oliviers (gravé p. 617) et le Christ conduit au supplice, sont entrés au Musée de Dresde; le troisième, une Pietà, à la Royal Institution de Liverpool.
Ces compositions, reproduites dans l’article de M. Venturi, prouvent que Roberti excellait à dérouler de nombreux cortèges, avec de nombreux épisodes et des acteurs à la mimique passionnée. Réaliste acharné, il y multipliait les portraits aussi bien que les scènes de genre, digne compatriote en cela du sculpteur Guido Mazzoni.
Outre la prédelle de l’église San Giovanni de Bologne, différents tableaux proclament dans les collections publiques ou privées les tendances réalistes de Roberti1.
] . La Déposition de croix (collection Blumenstil à Rome), avec deux personnages assis, vus d en
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De retour à Ferrare, en i486, Roberti ne tarda pas à entrer au service de la cour, pour laquelle il travailla régulièrement de 1487 à 1496, dorant les coffres destinés à contenir le trousseau d’Isabelle d’Este, organisant les fêtes du mariage de cette princesse, faisant des portraits, etc. La Sainte Conversation (Musée de Brera ; autrefois attribuée à Stefano de Ferrare) et la Mort de Lucrèce (galerie de Modène) appartiennent à cette seconde période, où l’artiste se laissa pénétrer par une inspiration plus douce. Dans la première, prenant exemple sur Tura, dans le retable du Musée de Berlin, il se plaît à un groupement et à des formes architecturales des plus prétentieux (quand des réalistes
de cette trempe veulent atteindre à l’élégance, il est rare qu’ils ne tombent pas dans la complication). Le centre du tableau est occupé par un trône d’une structure particulièrement savante, je veux dire disgracieuse, sur lequel ont pris place, outre la Vierge, deux saintes, tandis que deux saints se tiennent debout au pied. — L’esquisse du Massacre des Innocents , peint sur le soubassement du trône de la Vierge (collection LIis de la Salle, au Musée du Louvre), surprend par un mélange de personnages nus et de personnages armés à l’antique, tout à frit dans la manière de l’Ecole de Padoue.
Dans la Mort de Lucrèce, on remarque, à côté de deux guerriers aussi raides que prétentieux, maladroitement imités, eux aussi, de quelque modèle de Mantegna, la jeune femme, aux formes amples, aux traits pleins, quoique non exempts de lourdeur : elle forme comme le pressentiment des types de Garofalo.
Ercole dei Roberti mourut à Ferrare en 1496.
Le Sosie d’Ercole dei Roberti, Ercole Grandi (f 1 53 1), l’élève de Lorenzo Costa, appartient à la dernière évolution de l’Ecole ferraraise. Nous aurons l’occasion de reparler de lui.
Le plus artiste parmi les fondateurs de l’Ecole ferraraise, Lorenzo Costa,
dessous, dans le genre de ceux du retable de Tura (p. 608); le Sacrifice de Melchisèâech (collection du prince Mario Chigi à Rome), les Israélites recueillant la manne (collection Dudley à Londres), Un Concert (collection Sadling à Londres). — Quant au Saint Jean-Baptiste du Musée de Berlin, c’est une véritable caricature par la longueur du corps et la maigreur des membres. Quelques accents vénitiens percent dans sa tête, à la chevelure abondante, et dans le paysage, qui se compose d’un port de mer.
M. Venturi attribue en outre à Roberti un dessin de la collection de M. de Beckerath à Berlin, dessin dont il ne détermine pas le sujet, mais qui représente incontestablement la Justice de Trajan. Ce dessin, si tant est qu’il provienne de la main de Roberti, révèle l’imitation de Jacopo Bellini, à qui l’on pourrait même être tenté d’en faire honneur.
Portrait supposé d’Ercole dei Roberti.
(D’après la gravure publiée par Vasari.)