LORENZO COSTA
naquit à Ferrare en 1460'. Il eut, selon toute vraisemblance, pour maître Cosinto Tura, peut-être aussi Francesco Cossa et Ercole dei Roberti; un voyage en Toscane et en Ombrie compléta ses études. Malgré l’accueil favorable qu’il reçut de la maison d’Este, il quitta en iq83 sa ville natale, où aucune œuvre de sa main ne subsiste aujourd’hui, et alla se fixer à Bologne. Jean II Bentivoglio, tel fut de longues années durant son protecteur : Costa peignit dans son palais l’ Incendie de Troie et les Luttes des Grecs avec les Perses (fresques détruites en 1607); puis, dans l’église San Giaconro Maggiore, en 1488, la Famille Bentivoglio aux pieds de la Vierge (gravée t. I, p. 1 5 7), et enfin, dans la même église, le Triomphe de la Mort et le Triomphe de la Renommée (1490), d’après Pétrarque, ainsi que le paysage sur lequel se détache le haut-relief équestre d ’Annibal Bentivoglio , enfin des figures de Saints.
Il lait bon être réaliste lorsque l’on a le bonheur de rencontrer des modèles d’une laideur aussi caractéristique que les Bentivoglio et l’audace de pourtraire ces modèles sur le vif. Là se trouve le secret de la fascination qu’exerce le chef-d’œuvre de Francesco Cossa, la Famille Bentivoglio aux pieds de la Vierge. Le peintre s’y est montré impitoyable, inexorable. Le donateur Jean II Bentivoglio — ce séducteur qui laissa une progéniture de trente et quelques enfants, — y paraît sous les traits d’un
vulgaire bourgeois, digne en cela de son épouse; chez les quatre fils, une sorte d’orgueil stupide; chez les filles, une profusion de nez en forme de pieds de chaudron et de bouches en accent circonflexe.
Sa liaison avec Francesco Francia et leur association ne tardèrent pas à modifier profondément sa manière, en substituant à son réalisme la mollesse ombrienne. En 1490 les deux artistes occupaient en commun une maison qui leur servait d’atelier : à l’étage inférieur, Francia enseignait l’orfèvrerie, la gravure des monnaies et des sceaux; à l’étage supérieur, Costa enseignait la peinture.
Costa avait peuplé de ses travaux les églises de Bologne et des environs, lorsque l’expulsion des Bentivoglio d’un côté, la mort de Mantegna de l’autre, le décidèrent à s’établir à Mantoue, au service du marquis François II de Gonzague et de la marquise Isabelle (iSoG-iôop). La décoration du palais de Saint-Sébastien l’occupa de longues années : malheureusement les peintures dont il orna ce monument ont péri en 1609.
Portrait de Lorenzo Costa.
(D’après la gravure publiée par Vasari.)
I. Bibl. : Venturi : Archivio storico delV Arte, 1888, p. 241-266. — Frizzoni : Zeitschrift fur bild. Kunst, 1888, p. 299. — Article de M. Gustave Gruyer dans la Grande Encyclopédie, avec l’indication de toutes les sources.
Mieux partagé, le tableau allégorique destiné au « Studio » de la marquise, et qui la représente couronnée par l’Amour, au milieu de groupes de musiciens et de poètes, a trouvé un asile au Louvre, où il fait pendant à la composition du Pérugin, décrite ci-dessus (gravé p. 281). Ce voisinage, dû au hasard, se justifie par les affinités entre les deux compositions : l’une et l’autre se distinguent et par la mollesse du style et par l’éparpillement de la composition. Costa s’y montre aussi impuissant que le Pérugin à grouper les figures : il les dissémine dans un paysage sans accent. Les velléités archéologiques rendent sa composition particulièrement fade : il connaît l’antiquité juste assez pour lui emprunter quelques détails de costume et d’armement, quelques attributs; mais s’agit-il de donner à ses créations quelque couleur historique et quelque vraisemblance, ses forces le trahissent. Quoi de plus prétentieux que le personnage debout au premier plan, la poitrine couverte d’une cuirasse, les jambes protégées par des jambières et les pieds complètement nus1 2! Une sorte de grâce maniérée et le goût du joli ont remplacé l’âpreté ferraraise et ne choquent pas moins.
Le tableau du Louvre donne une idée véritablement peu avantageuse du mérite de Lorenzo Costa. L’artiste y essaye vainement d’élever l’allégorie au-dessus du genre. Si du moins ses portraits se distinguaient, je ne dirai point par un peu d’esprit — il n’en faut pas tant demander à Costa, — mais par un peu de précision, de netteté'! Vaine espérance. Rien n’est plus mou, plus flottant que ces figures qui n’auraient d’intérêt à nos yeux que si elles étaient des portraits et que nous hésitons à considérer comme tels, car elles manquent absolument d’individualité. M. A. Gruyer y signale la langueur de l’expression : malgré son euphémisme, cette expression traduit fidèlement notre pensée.
Le Musée du Louvre possède une autre composition de Costa, une Scène mythologique (Apollon, Vénus, l’Amour, Orphée, Mercure, etc.), également peinte pour le palais de Mantoue : cette peinture, des plus tourmentées, est en outre du faire le plus flou.
D’après Vasari, Costa peignit encore pour les Gonzague : Latone métamorphosant les paysans en grenouilles, Hercule conduisant le marquis François au sommet d'une montagne consacrée à F éternité, le Marquis tenant le bâton de commandement, des Personnages nus offrent un sacrifice à Hercule, avec les portraits du marquis et des membres de sa famille, le Marquis Frédéric
1. Dans une attachante lecture faite à l’Institut, M. Anatole Gruyer a démontré que ce personnage n’est autre que Balthazar Castiglione. ( Le comte Balthasar Castiglione et son portrait par Raphaël au Musée du Louvre ; Paris, 1879, p. 16 et suiv.)
2. j’ignore si certain portrait de la tribune du Musée des Offices représente la marquise Isabelle d’Este, et j’aime à en douter, car je ne voudrais pas me figurer vieille, ridée et flétrie à ce point cette âme généreuse dont Léonard de Vinci et Cristoforo Romano ont essayé de reproduire la grâce ineffable. Mais, en tout état de cause, cette effigie molle, flasque, sans vie et sans poésie, serait digne du pinceau de Lorenzo Costa.
PEINTRES EERRARAIS DIVERS.
armé d’un bâton de général de l’Église. Toutes ces peintures ont disparu.
Il n’entre pas dans mes vues de décrire les très nombreuses peintures religieuses de Costa : Saint Sylvestre recommandant à la Vierge le peuple de Mantoue (église Sant’ Andrea, a Mantoue), le portrait d’homme du palais Pitti (n° 379), le polyptyque de la National Gallery (i5o5), la Présentation au temple (i5o2) et le Christ mort (i5o|), tous deux au Musée de Berlin, etc., etc.
Costa mourut à Mantoue, le 6 mars 1 535, riche et honoré, après avoir formé de nombreux élèves, les deux Dosso, Garofalo, etc., qui ne tardèrent pas toutefois à sacrifier à une manière plus décidée, à montrer plus de parti pris.
Quelques notes, pour terminer ce paragraphe, sur les peintres ferrarais de moindre importance.
Baldassare d’Este, ou Baldassare de lveggio (t. I, p. 141) ', était fils naturel du marquis Nicolas III et par conséquent frère de Lionel, de Borso et d’Hercule. Il naquit à Reggio vers 1448, fit ses débuts à Milan, 011 on le trouve dès 1461, et se fixa plus tard à la cour de Ferrare. Sa parenté avec la maison régnante lui valut de nombreuses commandes, ainsi que la nomination au poste de capitaine d’une des portes de Reggio, fonction qu’il occupa environ vingt ans. Comme peintre, cet artiste n’est connu que par son portrait en profil de Tito Stropgi, dont on a perdu la trace il y a une vingtaine d’années et que l’on dit peint dans la manière de Cosimo Tura. On lui lait en outre honneur d’une Mort de la Vierge, conservée dans la collection Lombardi à Ferrare. Comme médailleur, Baldassare manque de vigueur dans la caractéristique, comme le prouvent ses médailles du duc Hercule.
Domenico Panetti (né entre îqSo et 1460, mort vers 1 5 1 2) , après avoir sacrifié au début aux tendances de ses compatriotes et montré une dureté excessive (Madone avec des donateurs, à la cathédrale de Ferrare; Pietà, au Musée de Berlin, etc.), subit plus tard l’influence de l’Ecole bolonaise. Sa Sainte Conversation (collection particulière à Berlin; gravée dans Y Archivio storico dell’ A rte, 1888, p. io5) offre des types à la façon de Francesco Francia et de Timoteo Viti, avec les leçons desquels alternaient celles de Lorenzo Costa et de Garofalo, que Vasari donne toutefois pour élève à Panetti. Au Musée du Louvre, une Nativité frappe par la pauvreté des figures et la monotonie du coloris, malgré les efforts tentés par l’artiste pour obtenir des contrastes.
Michèle Coltellini, qui travaillait entre i5o2 et 1 5 4 2 , nous offre, d’après
1 . Bibl. : Crowe et Cavalcaselle, Histoire de lu Peinture eu Italie, t. V. — Heiss, les Medailiturs de la Renaissance. Niccolo. — Venturi : l’Art, 1 884 , t. II, p. 161-166. — Archivio storico dell' Arte, 1888, p. 241 et suiv. — Atti e Memorie délia R. Dépit lapoue di Storia patria per le Provincie di Romagna, t. VI, 1888-1889, P- '■''77 et suiv. — Motta : Archivio storico lombarde, 1889, p. 403-409.
MM. Cavalcaselle et Crowe, un mélange peu réjouissant de la manière ferraraise et de la manière flamande. Plus tard, il subit l’influence de Costa et de Francia et finalement celle de Panetti et de Garofalo.
Accordons enfin une mention à Francesco Bianchi (f i5io), le maître du Corrège, qui s’inspira successivement de Tura et de Costa, et qui se fixa en 148!) à Modène. Le Musée de cette ville possède de Bianchi une Annonciation, que l’on dit très intéressante, et le Musée du Louvre expose sous son nom une Vierge entre saint Benoit et saint Quentin, d’un coloris clair et tranquille, mais un peu pauvre, avec des types peu généreux. Dans les anges percent des réminiscences vénitiennes. Sur le soubassement du trône on voit la Tentation T Adam et cTÈve et la Fuite en Egypte, traitées en camaïeu, dans un style assez maniéré.
Génies soutenant l’écusson de la corporation de la Soie. Par Andrea délia Robbia. (Or San Michèle.)
Le Christ au Jardin des Oliviers, par Ereolc dei Roberti. (Musée de Dresde.)