‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 31 sur 284 · LES SOURCES LITTERAIRES · texte numérisé non relu

LES SOURCES LITTERAIRES

des empereurs et des personnages célèbres de l’antiquité. Un peu plus tard, en i52I, la collection de portraits si précieuse, réunie par Paul Jove, passait déjà pour fort riche ', ce qui n’empêchait pas ce savant de publier des portraits de fantaisie lorsque les documents authentiques lui faisaient défaut : tel le portrait de Romulus publié en tête de ses Eloges.

Quelques fureteurs — Raphaël était du nombre — allaient jusqu’à mettre à contribution les manuscrits. Le célèbre Virgile du Vatican, qui date du ive ou du Ve siècle, et qui appartenait alors à Bembo, fournit au Sanzio un des motifs

La Peste de Phrygie.

Fac-similé d’une estampe gravée par Marc-Antoine d’après Raphaël.

de la Peste de Pbrygie ou Morbetto, gravée par Marc-Antoine, l’Apparition à Énée des Pénates de Troie1 2.

Pendant la période nouvelle dont nous nous occupons, les sources littéraires restèrent, à quelques exceptions près, les mêmes que chez les Primitifs : les Métamorphoses d’Ovide, l’Enéide, les Décades de Tite-Live, les écrits de Lucien (voy. t. I, p. 241-245), probablement aussi les Tableaux des Philostrate. Les tragiques et les comiques grecs ou latins, Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Plaute, Térence, Sénèque, furent à peine mis à contribution, par suite

1. Gaye, Carteggio, t. II, p. 1 5 1 . — Schmarsow, Meloçço da Forti, p. 2.38-242.

2. De Nolhac, Petites Notes sur l'Art italien , p. 1-4. Paris, 1887.

de je ne sais quelle paresse intellectuelle. Seul Michel-Ange, fidèle à son pessimisme, s’attaqua à quelques-unes de ces scènes si propres à faire ressortir la colère et l’inexorabilité des Dieux, le Châtiment de Protnéthée, auquel il faut ajouter la Chute des Titans et la Chute de Phaéton ' (voy. aussi ci-contre, p. 109).

La tendance à pénétrer plus profondément dans l’esprit de l’antiquité perce d’ailleurs en plus d’une occasion : on abandonne les Faldes d'Esope comme trop enfantines; 011 emprunte à Apulée le mythe de Psyché, aux Philostrate le tableau des Amours jouant avec des pommes (dessin de Raphaël, au Louvre). Parfois, la fantaisie individuelle s’en mêlant, on va jusqu’à déterrer les apologues les moins connus. Telle est cette variante de la légende d’Hercule entre la Vertu et le Vice, élaborée par le sophiste Prodikos et rapportée par Xénophon : « Minerve, debout à côté d’un jeune homme nu, assis, lui montre la Gloire et l’invite à la suivre; l’Oisiveté et la Paresse, derrière lui, le dissuadent. Dans le bas, une sorte de rustre, assis sur une écrevisse et ayant deux colimaçons sur les coudes; près de lui, une figure analogue avec un bouquet de pavots à la main. » Ce sujet fut traité en peinture par G. -F. Caroto, à Vérone, et plus tard par A. Carrache, à Rome, au palais Farnèse.

Veut-on toucher du doigt la différence entre le moyen âge et la Renaissance, entre Fart populaire et l’art aristocratique, la voici : au moyen âge, un artiste n’aurait pas traité un sujet qui n’eût pas été compris de la majorité des spectateurs; au xvi° siècle, il choisira le thème le plus spécial, comptant sur la sagacité des érudits pour le deviner, sur les mérites de l’exécution pour le faire accepter.

Grâce à la variété des matières qu’elles embrassent, les Métamorphoses d'Ovide forment comme le bréviaire des artistes de la Renaissance. Ceux-ci n’ont pas cessé d’y puiser à pleines mains, depuis les auteurs des plaquettes jusqu’à Pontormo, qui les peignit en 1 5 1 3 sur les chars de carnaval de Florence, jusqu’à Caraglio, qui publia les Amours des Dieux en quinze pièces, et les Divinités de la Fable en vingt (1026), jusqu’à Bonasone, Ghisi, et tant d’autres, jusqu’aux Dosso de Ferrare, dans leurs cartons de tapisseries. Le chef-d’œuvre d’Ovide jouit en outre

1 . On retrouve le mythe si ingénieux et si pathétique de Prométhée sur deux plaquettes en bronze (Molinier, t. II, p. 333, 58q). Quant à la Chute de Phaéton , elle reparaît sur une gravure d’Agostino Veneziano reproduisant un dessin de l’école de Raphaël, ainsi que sur une majolique (Delange, pl. LVI). Citons encore, dans le même ordre d’idées, deux gravures retraçant le Supplice d'Ixion et le Supplice de Tantale (Passavant, t. VI, p. 97, 107).

Pour éviter la multiplicité des renvois bibliographiques, on rappellera ici que la mention des plaquettes en bronze est empruntée à l’ouvrage de M. Molinier : les Bronzes de la Renaissance; les Plaquettes t Paris, Rouam, 1886, 2 vol. in-8°); celle des majoliques, au Recueil de Faïences italiennes des XVe, XVF et XVIP siècles , de MM. Delange et Darcel (Paris, 1869); celle des médailles, aux Médailleurs italiens , de M. Armand (Paris, 1888-1887; 3 vol.); celle des gravures, au Peintre graveur, de Bartsch (Vienne, 1803-1821 ; 21 vol.), ou au Peintre graveur, de Passavant (Leipzig, 1860-1864; 6 vol.). Quant aux sculptures ou peintures mentionnées dans ce chapitre, j’en ai emprunté la liste à Vasari, à moins d’indication contraire.

Page 1