Piot, le Cabinet de V Amateur, t. IV, p
del Vaga)
Castor et Pollux, les artistes de la Renaissance semblent avoir ignoré leur existence, saut quand ils copiaient les statues colossales du Quirinal.
L’épouse peu aimable de Jupiter, Junon, ne reçoit, elle aussi, que de rares hommages. Les artistes ne s’apercevront de sa présence que lorsque le filon antique commencera à s’épuiser.
Autant Junon est délaissée, autant la déesse des plaisirs, des ris, des jeux, la souveraine de Chypre, de Gnide et de Paphos, la volupté des hommes et des Dieux, 1’ « aima Venus », compte d’adorateurs. Comment énumérer ici les fresques, les peintures à l’huile, les statues, statuettes et bas-reliefs, les estampes
et les médailles, que lui a consacrés cette époque voluptueuse, depuis la Naissance de Vénus de Botticelli, et la Vénus modelée en bronze par Adriano Fiorentino (collection de M. Foule) jusqu’à la Vénus sur la coquille , sculptée en marbre par J. Sansovino !
Que de fois Raphaël, à lui seul, n’a- 1- il pas célébré celle à qui , affirment les contemporains, il rendait un culte si ardent ! Le Sanzio nous montre tour à tour h Amour et Vénus sur la mer, Vénus assise sur un dauphin, Vénus sortant du bain, Vénus essuyant ses pieds mouillés, Vénus debout dans une niche, Vénus et Vulcain, Vénus debout sur des nuages, Vénus avec des Amours, toutes compositions gravées de son vivant ou peu de temps après sa mort.
La Fable d’Adonis a inspiré la statue de Michel-Ange, au Musée national de Florence; le dessin de Raphaël, à l’Université d’Oxford; le tableau du Titien, au Musée de Madrid, et plusieurs gravures (Passavant, t. V, p. 86 ; t. VI, p. 97 ; — Bartsch, t. XV, p. 42).
Cupidon ne le cède pas en vogue à Vénus. Michel-Ange a sculpté Cupidon endormi et Cupidon tendant l’arc; Raphaël a célébré ses triomphes dans les délicieuses fresques de la Chambre de bain de Bibbiena, où il l’a montré subjuguant les serpents, les escargots, les tortues; Bonasone a gravé 1 Amour monte sur un char triomphal traîné par des licornes (i5q5); un médailleur a adopté pour emblème l’Amour captif.
La Mort d’Adonis, par Raphaël. (Université d’Oxford.)
LES DIVINITES DE L’OLYMPE
Le mythe de Psyché, inconnu, si je ne m’abuse, au xv° siècle, doit sa vogue à Raphaël. Dans les fresques de la Farnésine (antérieurement, on ne rencontre
Amours vendangeurs.
Fac-similé d'une gravure italienne anonyme cl n xv" siècle. (Collection Albertine, à Vienne.)
qu’une gravure dans la manière du Maître de 1 5 1 5, représentant Cupidon et Psyché enchaînés : Passavant, t. V, p. ii5), le Sanzio — et nous devons la vérité à un si grand nom — n’a pas compris le sens délicat et profond du
mythe si indignement travesti par Apulée : il n’y a vu qu’un prétexte pour peindre de belles figures nues. L’action est mieux déduite dans ses dessins complétés par Michel Coxcie et gravés par le Maître au dé. N’importe, le Sanzio fit la fortune de l’imprudente amante d’Éros : Jules Romain peignit son histoire dans une des salles du palais du Té; Perino del Vaga la peignit au palais Doria à Gênes, Brusasorci au palais Murari à Vérone. Puis parurent les gravures de Pellegrino, de Ghisi, d’un anonyme qui a gravé en clair-obscur (Passavant, t. V, p. 189, 210; t. VI, p. 222), pour ne point parler des innombrables ouvrages inspirés par les estampes du Maître au dé : tapisseries, émaux, vitraux.
A Cupidon se rattache l’essaim folâtre des Amours, ces esprits familiers de la Renaissance, qui savent s’insinuer partout et se plier, avec une inépuisable obligeance, à toutes les missions et à tous les rôles (voy. t. 1, p. 899-900): ici ils procèdent à la toilette de Roxane (fresque du Sodoma, à la Farnésine), là ils soutiennent fièrement une inscription monumentale (fresque de Mantegna, au château de Mantoue), ailleurs ils tout la Vendange, non sans s’attaquer au jus divin qu’ils sont chargés de recueillir et sans commettre toutes sortes d’excès (gravure reproduite page précédente; autre gravure décrite par Passavant, t. V, p. 20, etc.).
L’époux contrefait de Vénus, le dieu du feu, Vulcain, figure avec honneur sur un certain nombre de monuments, occupé à diriger les travaux des Cyclopes (tableau de D. Ghirlandajo peint pour Laurent le Magnifique), forgeant les armes d’Achille ou d’Énée, ou les flèches de l’Amour (estampe de Nicoletto de Modène; nielle décrit par Passavant, nombreuses plaquettes de bronze). Il joue un rôle moins brillant lorsqu’on le représente en compagnie de Vénus (voy. notamment les plaquettes). Ses infortunes conjugales tonnent le sujet d’une admirable suite de tapisseries tissées au xvf siècle, d’après des cartons italiens '.
Raphaël a montré comment, par un ingénieux rapprochement, on pouvait rendre intéressante même cette figure ingrate : pour décorer la maison de la famille Battiferri (mot à mot : les batteurs de fer) à Rome, il y fit peindre Vulcain forgeant les flèches de Cupidon et les Cyclopes forgeant les foudres de Jupiter. On ne pouvait mieux trouver. Voilà comment il fallait s’y prendre pour donner à la Fable un regain d’actualité.
La déesse du feu, Vesta, ne jouit pas de la même popularité que Vulcain; peut-être les souvenirs qu’évoque son nom paraissaient-ils trop austères à cette époque joyeuse.
1 . Histoire générale de la Tapisserie , éditée par la maison Dalloz.
LES DIVINITÉS DE L’OLYMPE
Apollon, dieu de la lumière et de la poésie, se montre à nous tantôt avec la lyre ou le violon ( École d'Athènes et Parnasse de Raphaël), tantôt comme vainqueur du Python (médailles décrites par M. Armand, t. II, p. 92; gravures du Maître au dé; plaquettes, etc.), tantôt encore occupé à poursuivre Daphné (trois gravures du Maître au dé, etc.).
La Lutte d'Apollon et de Marsyas, si populaire auprès de la génération précédente (t. I, p. 2?7, 262), n’a point encore lassé la curiosité publique : elle inspire le délicieux petit tableau du Louvre attribué à Raphaël, ainsi que trois compositions absolument authentiques du même maître, la fresque de la Chambre de la Signature, le stuc des Loges, le dessin gravé par le Maître au dé. Le Corrège la peint sur un couvercle de clavecin. On la rencontre jusque sur une majolique du Musée Correr à Venise.
Le Châtiment inflige par Apollon à Midas le cède quelque peu en popularité à la Lutte d'Apollon et de Marsyas : on en trouve des représentations dans les estampes de Benedetto
Montagna et de G. Mo-
La Lutte d’Apollon et de Marsyas.
Plat en majolique. (Musée Correr à Venise.)
cetto.
Pégase devient, est-il nécessaire de le dire, l’emblème des poètes : revers des médailles de Bembo, de Vida, de Flavius Flermès, etc.
Mantegna et Raphaël célèbrent le Parnasse, l’un dans le tableau du Louvre, l’autre dans la fresque du Vatican. Et que de lois les Muses ne reviennent-elles pas sous le pinceau ou le burin des cinquecentistes : fresques du Spagna transportées au Capitole, fresques de Vincenzo Tamagni sur la façade du palais dell’Aquila à Rome, tableau de Timoteo Viti, autrefois au palais d’Urbin, estampes de Marc-Antoine d’après Raphaël, estampes de Pellegrino, du graveur anonyme du Jeu de cartes (Passavant, t. V, p. 121), etc.!
Signalons, à la suite des Neut Sœurs, les Trois Grâces : parmi tant de pages dont elles sont les héroïnes, il suffira de citer le merveilleux petit tableau de E. Müntz. — II. Italie. L'Age d'Or. t5
Raphaël, acquis par le duc d’Aumale. (Ne pas confondre les Trois Grâces avec les Trois Nymphes gravées par Marc-Antoine d’après un bas-relief antique et souvent reproduites depuis, par exemple sur un plat de maestro Giorgio da Gubbio, daté de 1 525 : Delange, pl. EX VI).
Peu de sujets égalèrent la popularité des Sibylles : depuis celles du temple des Malatesta, à Rirnini, jusqu’à celles de Michel-Ange, de Raphaël, de Beccafumi, sans omettre les fresques de Pinturicchio dans l’appartement Borgia, du Pérugin au Cambio de Pérouse, les gravures de Baldini, de G. -A. de Brescia, de Nicoletto de Modène, du Maître avec le nom de Jésus, de Baptiste de Parme :
ici elles se montrent inspirées et effrayantes, là pleines de mélancolie.
Quelque variée que fiât sa mission, la sœur d’Apollon, Diane, Hécate, Phébé ou Artémis, comme on voudra l’appeler, doit surtout sa popularité à sa qualité de divinité planétaire. La Renaissance la représente plus rarement brûlant pour Endymion (gravure de Marc-Antoine) ou changeant Actéon en cerf (gravure d’un anonyme de l’Ecole de Marc- Antoine; Bartsch, t. XV, p. 40, etc.). Quelle différence avec l’art français, où Diane jouait un rôle si considérable! Il est vrai que l’Italie ne possédait pas une Diane de Poitiers, prompte à encourager les adulateurs.
Latone, la mère de Diane et d’Apollon, fournit à Lorenzo Costa le sujet d une peinture destinée au château de Mantoue.
Quant à Niobé, la victime des enfants de Latone, ses malheurs ne touchent que de rares artistes (on sait que les fameux marbres, aujourd’hui conservés au Musée des Offices, ne furent découverts qu’en 1 583) . Elle inspire les peintures de Polydore de Caravage et de Maturino sur une maison de la « via délia Maschera d’oro » à Rome1 , et la gravure d’un anonyme florentin de l’année 1 5q2 (Bartsch, t. XV, p. q3).
Pour les rivales de Diane, je veux dire Minerve et Cérès, supputer les statues ou bas-reliefs, les fresques ou tableaux de chevalet, les gravures, les médailles, les plaquettes, bref les ouvrages sculptés, peints, burinés ou ciselés en leur honneur, serait une entreprise aussi chimérique que fastidieuse. Nous 11e saurions songer à l’entreprendre ici.
L’Italie, malgré sa sobriété, ne se montre pas moins prodigue d’hommages envers Bacchus. Botticelli le célèbre avec le pinceau, Michel-Ange, Sansovino et divers autres avec le ciseau.
Génie monté sur Pégase.
Revers de la médaille de Flavius Hermès.