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Burckhardt, Cicerone, 5° édit., p

LES DIVINITÉS DE L'OLYMPE

Quant au cycle bacchique, il inspire, outre une foule de bas-reliefs en marbre ou en bronze, de gravures, de majoliques (Silènes, Satyres, Faunes, Cen-

Le Sacrifice à Priape. Fac-similé d'une gravure de Jacopo de' Barbarj.

taures, etc.), le Sacrifice à Priape (gravure de facopo de Barbarj; nielle décrit par Passavant), le Triomphe de Pan de Signorelli, les Bacchanales de Jean Bellin, de Piero di Cosimo, du Titien, etc.

Il est indispensable, ici comme pour tout l’ensemble du domaine mythologique, de faire la part de la fantaisie : satyres, faunes, nymphes, amours, griffons, etc., n’ont d’autre mission que d’amuser l’œil, sans avoir la prétention de parler à l’esprit, d’éveiller une idée, de donner une leçon. Parfois le choix de telle ou telle figure tenait à des coïncidences absolument fortuites : c’est ainsi que l’archevêque de Chypre, pour compléter la décoration de son jardin de Rome, dont une statue de Bacchus assis à côté d’un tigre occupait le centre, chargea Perino del Vaga de couvrir les murs de ce jardin de bacchantes, de satyres, de faunes et d’autres figurants du cortège bacchique. Le brave prélat

ne se doutait assurément pas des commentaires auxquels de telles allégories pouvaient donner naissance. Faisons comme lui, et répétons : Honni soit qui mal y pense !

Cette antiquité, les artistes de la fin du xve ou du commencement du xvic siècle auront d’ailleurs beau vouloir la rendre profane, pendant longtemps ils ne réussiront qu’à la montrer délicieusement fraîche, juvénile, candide. On a vu ci-dessus (p. ioi), dans l’estampe de Robetta, cette cérès portant sur ses bras un enfant qui pleure et ayant à côté d’elle un autre enfant — un petit satyre — qui sautille : est-il rien de plus chaste ni de plus printanier?

Le mythe, si populaire depuis, de Vertumne et Pomone ne se répandit que tardivement, après qu’un élève de Raphaël lui eut donné place dans la fresque du palais Borghèse, et Pontormo dans la salle d’honneur de Poggio a Cajano. On le rencontre dans la suite sur un nielle décrit par Passavant, sur une gravure de I.-F. Fiorentino (1642) d’après Bandinelli (Bartsch, t. XV, p. 602) et dans le tableau de Paris Bordone au Louvre. Mais ce furent surtout les admirables tapisseries, aujourd’hui exposées au Palais de Madrid, qui lui valurent sa grande vogue.

Il semblerait que les Italiens, grands commerçants devant l’Éternel, dussent avoir une dévotion particulière à Mercure. Les effigies de ce Dieu sont cependant loin d’abonder (citons les statues exécutées par Bandinelli et par Rustici), et il nous faudra aller jusqu’à fean Bologne pour en trouver une qui jouisse d’une popularité véritable. Assez rarement représenté sur les plaquettes, Mercure paraît sur les revers d’un certain nombre de médailles, sur des estampes, entre autres celles de Nicoletto de Modène, sur des nielles. Je signalerai en outre Mercure et Pandore, gravure anonyme de l’Ecole de Marc-Antoine (Bartsch, t. XV, p. 35). — De même que Diane, Mercure prend sa revanche en tant que divinité planétaire.

Mercure.

Fragment du Combat de l’Amour et de la Chasteté, par le Pérugin.

(Musée du Louvre.)

LES DIVINITÉS DE L’OLYMPE

Chacune des aspirations du siècle se trahit dans le choix de la divinité correspondante (on serait tenté de dire du saint correspondant), à laquelle, à défaut d’autels, on dresse des statues. Si Apollon, Minerve et Vénus jouissent du plus grand crédit, en revanche Mars n’éveille nulle sympathie chez le peuple qui s’est fait l’apôtre de la paix. En dehors de la statue colossale placée sur l’escalier des Géants, au Palais ducal de Venise, puis de quelques plaquettes et de quelques estampes (Passavant, t. V, p. 1 1, g8), où Mars incarne les combats sanglants, cette divinité se montre surtout en compagnie de Vénus, dont la mission est de l’apaiser (plaquettes; tableau de Piero di Cosimo ; nielle décrit par Passavant, etc.); parfois aussi, comme dans une gravure du Maître de 1 5 1 5 , l’Amour la maltraite sans pitié.

Autant l’Italie éprouve d’indifférence pour le farouche Dieu de la guerre, autant Hercule, le grand justicier, lui inspire de vénération. Elle ne se lasse pas de multiplier son image, en marbre et en bronze, avec le pinceau et avec le burin, sur les places publiques et dans les cabinets de travail, sur les meubles, sur les médailles, sur les plats en majolique (Delange, pl. LXX, LXXII).

Tantôt, sur la place de la Seigneurie, dans la statue colossale (si médiocre) de Bandinelli, le fils d’Alcmène se montre vainqueur de Cacus, le brigand du Mont Palatin (encore un souvenir national!), tantôt il terrasse Antée (gravure de Mantegna et gravure de Marc-Antoine d’après Jules Romain). Baccio de Montelupo sculpte sa statue pour P. -F. de Médicis, le Sodoma le peint terrassant l’hydre de Lerne, dans le cloître de Monte Oliveto Maggiore; d’autres le cisèlent sur des nielles (Passavant, t. I, p. 317-819), ou le modèlent sur le revers de médailles, principalement de médailles exécutées en l’honneur d’homonymes du héros (Armand, t. II, p. 6, 67, etc.); les graveurs lui consacrent des estampes ou des nielles par douzaines.

Parmi les divinités des eaux, la principale, Neptune, a quelque peine à lutter contre la popularité des di minores : Amphitrite, Galatée, les Tritons, les Néréides, les hippocampes, les nymphes, et tous les figurants de son interminable

Neptune calmant les flots. (Fragment.) Gravure de Marc-Antoine, d’après Raphaël

cortège. J. Sansovino taille sa statue pour l’escalier des Géants au palais ducal de Aenise; un certain nombre d’autres sculpteurs le prennent pour héros de leurs plaquettes; Marc-Antoine le montre calmant les Ilots, dans la fameuse gravure Ou os ego..., tandis que, dans une estampe de Nicoletto de Modène, Neptune, assis, tient un trident et s’appuie sur une urne.

Les divinités de la mort et de l’enfer n’ont rien qui effraye l’Italien de la Renaissance, mais rien non plus qui l’attire. Pluton et son sombre cortège ont à peine laissé leur trace dans l’art des xve et xvT siècles. De loin en loin, un Enlèvement de Proserpine. Cette indifférence se comprend : un tel mythe touchait de trop près à l’essence des convictions chrétiennes; il froissait trop de consciences. Seul Charon, le lugubre nautonier, « navita tristis », remis par Dante en possession de son privilège, continue à passer les âmes sur l’Achéron ou le Styx; Michel-Ange fait de lui un des acteurs du Jugement dernier.

On peut citer, à titre d’exception et comme un exemple du plus mauvais goût, les bas-reliels tondus par Briosco-Riccio pour le tombeau de l’anatomiste Marc-Antonio délia Torre. Le passage du Styx y est figuré absolument comme dans les bas-reliefs païens et l’on se croirait reporté de quelque quinze siècles en arrière. « Le sculpteur a représenté vers la gauche, sortant d’une caverne, tous les monstres inventés par les poètes de l’antiquité, et, en reproduisant sous les traits les plus hideux les harpies, les centaures, les gorgones, et la chimère, qu’il a faite semblable à celle qu’on retrouva en Toscane au xvp siècle, il en a ajouté d’imaginaires qui ne sont pas les moins farouches. Ces êtres abominables sont mis en émoi par le voisinage d’une âme que l’on voit, sous la forme d’un jeune homme, endormie au pied de l’arbre des songes; c’est celle de délia Torre, qui a quitté son corps et que nous reverrons ainsi rajeuni dans le séjour des élus. Du côté droit l’on voit le vieux Charon assis dans sa barque et paraissant fort indécis; on comprend qu’il écoute, sans être encore gagné, les instances de dix petits génies qui, réunis en troupe sur le bord du Styx, intercèdent en laveur de délia Torre qui les aima sur la terre. »

Voyons maintenant comment délia Torre est récompensé dans l’autre monde : « En un lieu planté d’arbres qui se détachent sur un fond de montagnes, l’on reconnaît l’âme de délia Torre; il est nu et coifié de fleurs; une nymphe l’entraîne en dansant, qui le caresse d’une main et retient de l’autre le même génie de l’étude que nous avons vu déjà deux fois; l’on retrouverait facilement la troupe entière, car, très près de là, trois sont réunis, lisant ensemble dans un livre que tient l’un d’eux; plus loin d’autres dansent, deux accompagnent avec des instruments de musique, et vers le haut l’on remarque un petit génie seul et buvant dans un courant d’eau qui descend de la montagne. Vers la gauche est un homme de formes épaisses, assis nonchalamment, ayant à ses côtés un enfant et une femme coiffée de pampres, et cet homme cherche à

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