LES FLEUVES, LES SAISONS, LES HEURES
retenir l’âme élégante qui s’éloigne de lui; les Grâces sont groupées en arrière, et non loin sont deux jeunes gens qui se tiennent embrassés, en présence d’une femme portant le flambeau de l’hymen1. »
Si nous voulions passer en revue les divinités secondaires, les héros, les nymphes, les personnages plus ou moins fabuleux qui ont séduit les artistes et le public du xvie siècle, quel cortège interminable! Tantôt c’est Jason épousant Médée (gravure anonyme dans le goût de Mantegna : Passavant, t. V, p. 1 1 ô) , tantôt Thésée tuant le Minotaure ou abandonnant Ariadne (plaquettes; gravure anonyme décrite par Passavant, t. V, p. 20), tantôt Narcisse contemplant son image dans la source (plaquette décrite par M. Molinier; plat de Castel Durante, au Musée Correr à Venise; tableau de la collection de Mme Édouard André), tantôt Persée coupant la tête de Méduse (peintures de Peruzzi dans la loge de la Farnésine à Rome) , ou délivrant Andromède (tableau de Piero di Cosimo, aux Offices), tantôt Méléagre tuant le sanglier de Calydon (plat de Castel Durante, au Musée Correr), tantôt Thisbé se poignardant sur le cadavre de son cher Pyrame (gravure de Marc-Antoine avec la date de i5o5; revers d’une médaille de Vittoria Colonna), ou encore Céphale tuant Procris (tableau de Piero di Cosimo, à la National Gallery).
Les personnifications <Ju système planétaire participèrent de la faveur dont jouissait l’astrologie : peintres et graveurs s’empressèrent à l’envi de les célébrer, continuant ainsi une tradition inaugurée au xive siècle2. Le Pérugin les peignit au Carnbio de Pérouse; Raphaël pour les mosaïques de la chapelle Chigi, ainsi que pour les gravures de Marc- Antoine ; ses élèves Perino del Vaga et Jean d’Udine pour la Salle du Vatican dite des Planètes, en attendant que Paul Véronèse leur fit les honneurs de la villa Barbaro. La gravure ne resta pas en arrière : Baldini, puis l’auteur anonyme du Jeu de Cartes, Reverdino, Florio Vavassore de Venise et une infinité d’autres burinistes les répandirent sous forme d’estampes (Passavant, t. V, p. 88, 1 25), leur donnant des traits tour à tour gracieux ou sévères.
Les Eléments, les Fleuves, les Cités, les Divisions du temps, les Heures, le Jour et la Nuit, l’Aurore et le Crépuscule (statues de Michel-Ange sur les tombeaux des Médicis; l’Aurore sortant du sein de l’Océan, gravure de Marc-Antoine), les Mois, les Saisons, les Ages, autant de thèmes propres à être traduits en sculpture ou en peinture. Le Tibre, l’Arno, le Pô, reprennent la forme humaine et s’accoudent de nouveau sur l’urne consacrée; les cités rentrent en possession de leur couronne murale. Les Vénitiens, dans l’excès de leur patriotisme et de leur orgueil, ne se lassent pas de donner à leur ville natale les traits
1. Barbet de Jouy, Catalogue de la Sculpture moderne au Musée du Louvre, p. 1 3- 1 4 .
2. Voy. Rabhaël, son œuvre, sa vie cl son tembs, 2° édit., p. 5l0-5l2.
d une divinité, tantôt trônant, un glaive dans une main, une balance dans 1 autre, tantôt assise sur un lion et posant le bonnet 'ducal sur la tête du doge agenouillé devant elle, tantôt encore disputant à Neptune l’empire des mers (fresques, gravures, médailles, etc.).
Parfois, comme dans les bordures inférieures des tapisseries de Raphaël, exécutées non par le maître, mais par ses élèves, ce polythéisme à outrance devient fastidieux; on y voit : Florence cherchant à séparer des partis ennemis
L’Enseignement de délia Torre.
Bas-relief en bronze par Riccio. (Musée du Louvre.)
qui en sont venus aux mains, Florence pleurant le départ des Médicis, Rome tendant la main au futur Léon X, etc.
S’agit-il de représenter les Mois, la Renaissance, du moins pendant la période que nous étudions, éprouve parfois le besoin de s’affranchir de la tradition antique. D’ordinaire elle s’en tient aux Signes du Zodiaque; mais à l’occasion elle ne recule pas devant une interprétation plus réaliste, interprétation d’ailleurs bien ancienne elle aussi : elle illustre des travaux correspondant à chacune des douze divisions de l’année. Telle fut la donnée imposée à Peruzzi par le pape Jules II pour la décoration d’une volière du Vatican.
Raphaël, qui a si souvent fixé et codifié l’iconographie, a représenté les Saisons dans les bordures verticales de ses tapisseries et il l’a tait avec une élévation et un charme indéfinissables, symbolisant le Printemps par un adolescent et une