LES FLEUVES, LES SAISONS, LES HEURES
jeune fille qui s’élancent l’un vers l’autre pour s’embrasser, l’Automne par une nuée d’enfants occupés à dépouiller un cep de vigne, etc.
Les Heures ont également trouvé en lui un interprète inspiré; il les a esquissées pour les bordures des tapisseries, pour les fresques de la villa Borghèse.
Pour énumérer et décrire la masse des autres motifs empruntés à l’antiquité — les Parques (si admirablement caractérisées par Raphaël dans les bordures des tapisseries, et d’une façon si médiocre dans le tableau du palais Pitti attribué à
L’Ame de délia Terre dans le Paradis.
Bas-relier en bronze par Riccio. (Musée du Louvre.)
Michel-Ange), les Génies, Victoires, Sphinx, Harpies, animaux réels ou fantastiques (lions, aigles, phénix, hippocampes, griffons), Fontaines de Jouvence, Nefs de Fortune — un volume suffirait à peine. Nous ne les mentionnons ici que pour mémoire.
Nul doute qu’en étudiant le choix immense de pierres gravées que nous a léguées l’antiquité, on n’y retrouve aussi une foule de symboles dont le sens nous échappe, à nous historiens de la Renaissance ; c’est affaire aux archéologues voués à l’antiquité classique.
Sous l’action de l’antiquité, l’Allégorie, à peu près délaissée pendant le siècle précédent (voy. t. I, p. 2 74) , refleurit de plus belle. Bientôt il n’y eut plus de science, d’art, de force morale, de qualité, de notion, de sentiment, quelque
E. Müntz. — II. Italie. L’Age d’Or. 16
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subtil qu’il tût, que l’art ne se glorifiât de produire sous une forme tangible et concrète : depuis la Religion, la Loi, la Paix, la Noblesse, le Commerce, la Marine, la Navigation, l’Abondance, la Culture du bétail, l’Agriculture, la Viticulture, peints par Raphaël dans la chambre d’EIéliodore; depuis la Guerre, la Concorde, la Renommée; depuis la Navigation, l’Abondance, gravées dans la manière de Pellegrino, jusqu’à l’Espérance ou la Fortune, que deux médailleurs anonymes adoptèrent pour emblèmes, jusqu’au Triomphe de Ici Science sur P Ignorance , jusqu’au Triomphe de F Urbanité sur la Grossièreté , jusqu’à la Fontaine de F Amour et de la Discorde (Passavant, t. V, p. 23, q5, 2 1 5 ; t. VI, p. 173, 181).
La netteté de la caractéristique formait, on le devinera sans peine, une équation parfaite avec le degré de culture littéraire de chaque artiste. Autant Raphaël mettait de clarté dans ses personnifications, autant son disciple et interprète, le pauvre Marc-Antoine Raimondi, par exemple, la main la plus habile et l’esprit le plus lourd, éprouvait-il d’angoisses toutes les fois qu’il voulait représenter quelque allégorie en dehors de celles que lui fournissait son maître. Prenons la pièce décrite par Bartsch sous le numéro 385 : Heineken y a vu Adam et Eve; Bartsch et Passavant, Deux Hommes nus debout; M. Delaborde, le Bienveillant et F Envieux. Même embarras pour l'Homme frappé avec une queue de renard ou le Paresseux fustigé , pour l'Homme montrant une hache à une femme ou l'Homme condamné au travail, pour le Serpent parlant à un jeune homme ou Y Entraînement et la Résistance. L'Union indissoluble ou le Bâton recourbé n’a pas prêté à moins de controverses : un homme nu reçoit un anneau qu’une jeune femme agenouillée lui passe à l’index; de la main droite cet homme saisit une tige flexible en demi-cercle qu’un personnage, plus âgé que lui, s’apprête à convertir en un cercle parfait par le rapprochement des deux extrémités. Cette scène bizarre semble signifier le respect des engagements pris et l’union indissoluble '. Pour personnifier l’Espérance et le Découragement, Marc-Antoine nous montre un jeune homme et un vieillard; pour personnifier l’Avarice, il choisit un cardinal allant au marché.
Les Saisons.
Bordure des tapisseries de Raphaël.
L’invention, on le sait, n’était pas la qualité maîtresse de la Renaissance ; la