‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 43 sur 284 · INFLUENCE DE L’ANTIQUITE SUR LE STYLE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L’ANTIQUITE SUR LE STYLE

dont l’art moderne s’enorgueillisse, le Triomphe de Jules César, l'École d'Athènes, la Bataille de Constantin. Comme les acteurs de l’histoire romaine y portent le véritable costume et les

véritables armes de leur temps, comme ils s’expriment, se meuvent et agissent dans la plénitude de leur rôle! On ne devine véritablement pas ce que les siècles suivants ont pu ajouter à ces étonnantes évocations, ni pour l’exactitude du détail archéologique, ni pour l’intuition même de la manière d’être et de la manière de penser des anciens. Bien plus, si la couleur historique si juste, les restitutions archéologiques si respectueuses de Mantegna et de Raphaël jurent avec les bizarres travestissements des Primitifs flamands et italiens, elles ne jurent pas moins avec les mascarades théâtrales romaines et grecques du xvii1' et du xvme siècle.

Un instant, l’école de Raphaël, associée par lui à ses patientes investigations archéologiques , poursuivit cette voie; mais bientôt le sentiment de sa science dégénéra chez elle en indolence :

muni des notions archéo-

Saint Sebastien, inspiré d’une statue antique. Fac-similé d’une gravure italienne anonyme. (Ancienne collection E. Galiclion.)

logiques qu il s’était assimilées avec plus de facilité que de protondeur, Jules Romain se crut dispensé à tout jamais de n’importe quelle recherche; une fois fixé à Mantoue, il improvisa par douzaines, sous forme de fresques ou de car

tons de tapisseries, les scènes de la mythologie, les batailles ou les triomphes antiques. Nous aurons à caractériser, dans notre troisième volume, cette abondance stérile.

Mais la recherche de la couleur locale ne forme qu’un épisode dans ce vaste travail de reconstitution; ce qui importe infiniment plus, c’est de savoir dans quelle mesure l’antiquité modifia le style même des compositions, dans quelle mesure elle remplaça le réalisme qui, malgré de brillantes exceptions, avait formé la note dominante de l’art du quattrocento.

Ce que les Grecs et les Romains pouvaient enseigner de plus fécond à la génération nouvelle, c’était le culte de la forme et la noblesse des expressions, avec leurs diverses manifestations; l’étude du corps nu prise comme base invariable de l’art et substituée à l’étude des costumes et des modes, qui sont essentiellement éphémères, la pureté des contours, le rythme, l’ampleur, c’est-àdire autant de qualités peu familières au moyen âge et que la Première Renaissance elle-même n’avait que fort imparfaitement connues. En effet, si pour l’architecture Brunellesco et Alberti, pour la sculpture Donatello, Ghiberti et Rossellino, se sont inspirés avec le plus vif succès des modèles antiques, chez leurs contemporains, et notamment chez les peintres, ces imitations sont d’ordinaire plus ou moins maladroites. Rien, pour ne citer qu’un exemple, ne s’éloigne plus de la simplicité de lignes ou de l’ampleur d’une statue grecque qu’une statue de Mino, de Desiderio, de Civitale ou de Verrocchio, avec son visage anguleux, ses membres grêles, ses draperies tour à tour trop régulièrement plissées ou trop capricieusement chiffonnées.

L’architecture la première sentit s’appesantir sur elle le joug classique. A l’étude directe des monuments mêmes se joignit, pour séduire et subjuguer les successeurs de Brunellesco et d’Alberti, ce que l’on pourrait appeler la manie Vitruvienne, la soumission de plus en plus passive à ce code inflexible de l’art de bâtir, des proportions, des ordres, rédigé par le théoricien romain. Adieu désormais l’originalité et la fantaisie : imiter, servir, se faire esclaves, quand, avec les trésors laissés par la Première Renaissance, ils pouvaient continuer à créer, comme il convient à des hommes libres, telle sera bientôt leur ambition suprême. Heureusement, les anciens Romains n’avaient pas laissé de modèles ni de préceptes pour tous les genres d’édifices; sinon églises et palais auraient fini par ne plus être que des reproductions absolument serviles. Heureusement aussi, certains maîtres, Bramante en tête, possédaient encore assez de vigueur d’esprit, même pendant la période où ils sacrifièrent le plus à l’influence antique, pour combiner avec une hardiesse surprenante certains éléments que les anciens n’avaient pas songé à associer, pour asseoir, à Saint-Pierre de Rome, la coupole du Panthéon sur les voûtes de la basilique de Constantin.

Autant la Renaissance était fondée à s’inspirer des statues antiques dans leur

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