‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 44 sur 284 · INFLUENCE DE L’ANTIQUITE SUR LE STYLE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L’ANTIQUITE SUR LE STYLE

canon, dans leurs attitudes, dans l’arrangement de leurs draperies, autant elle devait se garder de toute imitation proprement dite, sous peine de perdre non seulement l’originalité, mais encore la fraîcheur, le sentiment même de la vie; c’eût été s’attacher à la lettre de ces enseignements, non à leur esprit.

Malheureusement la tentation était trop forte. Il n’y eut guère de sculpteur qui ne se laissât aller à imiter plus ou moins directement, tantôt pour l’attitude générale et le mouvement, tantôt pour le type ou les draperies. Michel-Ange — qui ne connaît cette anecdote? — mit toute sa gloire à faire passer pour antique

Les Muses. Fac-similé de la gravure de Mantegna.

son Cupidon endormi ; il est vrai que plus tard il prit vaillamment sa revanche. Baccio Bandinelli et Jacopo Sansovino imitèrent Y Apollon du Belvédère , l’un dans son Orphée , l’autre dans son Apollon placé sur la loge du campanile de Saint- Marc à Venise. Bref, la manie Imitative paralysa, en dehors de Michel-Ange, l’essor que les sculpteurs du quattrocento avaient imprimé à leur art.

L’invasion de l’antiquité ne se fit pas moins sentir dans l’art du médailleur, si intimement lié aux vicissitudes de la sculpture proprement dite, dont il ne forme qu’une émanation. La finesse de la caractéristique et la liberté de la facture qui avaient signalé les médailles des Pisanello, des Matteo de Pasti, des Cristoforo di Geremia, se perdirent de plus en plus. Un instant les Caradosso et les Cristoforo Romano arrêtèrent leur art sur la pente fatale; mais déjà autour d’eux la décadence s’accusait, saut dans les portraits, qui conservèrent quelque temps encore de la vivacité et de la vigueur; sur les revers ce ne furent plus que réminiscences classiques (on compte à peine un sujet

chrétien contre dix sujets païens), personnages drapés à la romaine, etc., etc.

Il devint bientôt évident aux yeux de tous que l’essor de chacune des branches de l’art était en raison inverse de l’influence antique, ou plus exactement en raison directe des efforts nécessaires pour l’assimilation de ces principes; la peinture, qui montra le plus d’originalité et de puissance, était précisément la branche pour laquelle l’antiquité avait laissé le moins de modèles.

Les Primitifs n’avaient pas su tirer parti des modèles antiques pour l’arrangement des draperies. Ici encore Mantegna se lit l’initiateur de ses contemporains; sa science ne fut égalée que par l’extrême liberté et la grâce avec lesquelles son élève ou du moins son imitateur Melozzo da Forli drapa les anges de Y Assomption, aujourd’hui à la sacristie du Vatican. Raphaël fit un pas de plus : dans certaines figures

de Y Ecole d’Athènes et du Parnasse, dans la Didon, gravée par Marc -Antoine, il créa des arrangements de draperies exquis, étourdissants, à donner le vertige. Nul doute que la découverte de la fameuse statue couchée, la Cléopâtre ou YAriadne, ne lui ait permis de triompher des dernières difficultés.

Nous sommes en outre en droit d’attribuer à l’influence antique la clarté et la pondération qui s’introduisirent dans l’Ordonnance, science inaugurée par Mantegna et portée à sa perfection par Raphaël (voy. p. 86).

L’art de marier les figures, de relier les groupes les uns aux autres, de disposer ceux-ci harmonieusement à leur tour dans le cadre qu’ils sont appelés à remplir, autant de conquêtes dues aux deux grands assimilateurs de l’antiquité, Mantegna et Raphaël. Assurément, ce n’est pas aux fresques antiques de Rome, de Naples ou des environs, pour la plupart si mal pondérées, que ces deux maîtres ont demandé des leçons; ce n’est même pas aux bas-reliefs romains, si confus, de la colonne Antonine ou de la colonne Trajane, ou de l’arc de Septime Sévère : c’est aux beaux bas-reliefs grecs des sarcophages, peut-être aussi à ceux de l’arc de Titus; c’est surtout, et j’insiste sur ce rapprochement, aux édifices mêmes de l’antiquité, tous d’une ordonnance si belle et si claire. Je ne serais pas éloigné de croire qu’ici ce fut Bramante qui servit au Sanzio d’initiateur, Bramante qui avait poussé la sollicitude jusqu’à dessiner pour son jeune ami le merveilleux portique de Y Ecole d'Athènes.

Etude de draperie, par Léonard de Vinci. (Musée du Louvre.)

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