CHAPITRE I
I.A SCIENCE ET LA LITTERATURE ITALIENNES A LA FIN DU XVe ET AU COMMEN- CEMENT DU XVIe SIÈCLE. — POÈTES EPIQUES ET DRAMATURGES. — SANNAZAR ET L’ARIOSTE. — ACTION DES LITTERATEURS SUR LES ARTISTES. — POURQUOI I.’ART L’a EMPORTÉ SUR LA LITTÉRATURE.
ar un effort suprême, cette époque favorisée a réussi a porter simultanément à la perfection toutes les forces intellectuelles de l’Italie, les sciences positives, les belles-lettres, 1 érudition, aussi bien que la musique ou les arts plastiques.
La science italienne, après un temps d’arrêt, reprend son essor avec « il sornino Leonardo », en attendant qu elle atteigne avec Galilée à son point culminant. Dans l’intervalle se placent une foule de noms célèbres et de découvertes importantes, que nous ne saurions songer à mentionner ici : des physiciens tels que Porta de Naples (1040- 1 6 1 5), des naturalistes tels que Salviani de Città di Castello (i 5 1 j(-i5~c),
1 auteui du célébré ouvrage sur les poissons; des géomètres tels que Maurolico de Messine (1494-1575), des mathématiciens tels que Tartaglia (-[- i55“) et Catdano de Pavie ( 1 5 0 1 — 1 5 7 6) , qui brilla également en chimie et en astronomie, puis les premiers ingénieurs du temps.
Si les noms que nous venons de rapporter ne jouissent pas de la même
popularité que ceux des Paracelse, des Conrad Gesner, des André Vésale et des Ambroise Paré, des Copernic et des Tycho-Brahé, il faut du moins reconnaître combien la plupart des savants étrangers ont dû à l’enseignement et aux collections italiennes, depuis Copernic jusqu’à Vésale, de combien de découvertes l’Italie a donné le signal. Si parfois l’autorité attachée à quelque doctrine antique erronée a pu arrêter pour un temps les progrès d’une science, cet inconvénient, absolument isolé, est-il comparable à tant de services hors ligne,
l’affranchissement de la pensée, la méthode retrouvée , la somme des connaissances triplée et quadruplée! On ne comprend pas comment Libri, dans son ouvrage si partial et si déclamatoire, a pu mettre en cause cette influence, lui attribuer le ralentissement de l’évolution scientifique '.
Les Italiens prirent surtout pour thème de leurs méditations l’homme , abandonnant aux nations du Nord l’étude des autres branches du règne animal ou du règne végétal : de là leur supériorité dans l’anatomie, la physiologie et la médecine. Rappelons ici les travaux de Marc Antonio délia Torre, l’anatomiste ami du Vinci (f 1 5 1 2), d’Achillini de Bologne (1463-1512), de Fallopio de Modène (iSao-iSôa), de Jacopo Berengario de Carpi, d’Eustachio da San Severino (7 iSpo), de Mattioli de Sienne (i5oi- 1077), d’Andrea Césalpin ( 1 5 1 g- 1 6o3) . La sculpture et la peinture ne furent pas des dernières à profiter du progrès de ces sciences; on sait quelle place l’anatomie tient dans les études et dans l’œuvre de Léonard de à inci et de Michel-Ange.
En étudiant le milieu dans lequel s’étaient développés les Primitifs, nous avons eu à déplorer l’insigne infériorité de la poésie vis-à-vis de l’art : vers la
1. Histoire des Sciences mathématiques eu Italie, t. II, p. 241-242.