LES ETUDES D'HISTOIRE NATURELLE
tement : cet artiste entretenait plusieurs modèles, et il ne se passait pas de
Étude d’arbre, par Léonard de Vinci. (Bibliothèque de la Reine à Windsor.)
jour sans qu’il dessinât d’après le nu ; il disséquait également, à l’hospice de Sainte-Marie Nouvelle.
Ces scrupules, ce besoin de se retremper sans cesse au contact de la nature subsistent également chez un certain nombre de portraitistes. Dans les portraits de Sebastiano del Piombo, l’extrême liberté de l’attitude et de l’expression s’allie à une minutie non moins grande dans le rendu des accessoires. Dès l’époque de Vasari on y admirait l’habileté prodigieuse avec laquelle étaient traitées les étoffes, — velours, atlas, damas, drap, etc.; — dans l’un d’eux on comptait jusqu’à cinq ou six nuances de noir.
Si, laissant de côté la figure humaine, nous nous attachons à la reproduction de l’ensemble des êtres, des produits ou des phénomènes qui constituent la nature , ici encore les scrupules les plus touchants alternent avec la tendance à se contenter d’une approximation. Envisageons l’œuvre de Léonard de Vinci : avec quel respect religieux n’étudiaitîl pas jusqu’aux animaux, jusqu’aux plantes les plus infimes ! A quel labeur infini ne s’assujettissait -il pas pour rendre la coloration et les jeux de lumière, pour donner à la peinture le relief, la corporalité ! Ce souci peut-être excessit de la fidélité plastique, cette probité à toute épreuve, expliquent l’extrême lenteur avec laquelle il produisait. En cela il se montrait le digne héritier des Primitits.
Nous rencontrons des préoccupations analogues chez un des chefs de l’Ecole de Ferrare : le Garofalo, affirme Vasari, dessinait les moindres choses d’après nature.
Descendons maintenant de quelques degrés et attachons-nous, non plus à un peintre d’histoire, mais à un simple peintre d’ornements, tel que Jean d’Udine. Ici encore se révèle la plus vive passion jusque pour les représentants les plus modestes du règne animal ou du règne végétal, une connaissance approfondie des habitudes de la gent volatile, de la structure des plus rares fleurs de la forêt ou de la montagne. « Où trouver, s’écrie Vasari, des oiseaux
LE COSTUME
Ces traditions salutaires, déjà bien affaiblies chez les élèves de Raphaël, et plus encore chez les imitateurs de Michel -Ange, finirent par passer pour des manies. Girolamo de Trévise (mort en 1544) est bien le représentant de la nouvelle École, qui se contente d’à peu près : il disait à Perino del Vaga, en manière de reproche : « A quoi servent les cartons? pour moi, j’ai mon art au bout de mon pinceau (Che cartoni e non cartoni? io, io, ho Parte su la punta del pennello). »
plus vivants que ceux qui fourmillent dans les Loges ? Et les oiseaux de toutes les espèces n’y sont-ils pas réunis, les uns perchés sur des fleurs, les autres suides épis de blé, de millet, de maïs, en un mot sur toutes les sortes d’herbes, de plantes et de fruits que la nature a pro-
duites de tout temps pour leur nourriture J et pour leurs besoins ? Comment énumérer les poissons, les animaux aquatiques et les monstres marins que Giovanni a rassemblés dans le même lieu ? Il vaut mieux les passer sous silence que de tenter l’impossible. Que dire de ces fruits et de ces fleurs de tous les genres, de toutes les qualités, de toutes les couleurs, de toutes les saisons, de toutes les contrées? Comment décrire tous ces instruments de musique, qui sont aussi vrais que la réalité même ? Qui ne sait que Giovanni ayant peint au bout des Loges des tapis sur des balustrades, un palefrenier, cédant à l’illusion, courut un jour à la hâte pour les prendre, afin de les étendre sous les pieds du pape, qui se rendait au Belvédère ? »
Le Costume au xv* siècle.
T „ , ..... Figure de saint. Fragment.
Le Costume, un des auxiliaires les plus Par A. Borgognone. (Chartreuse de Pavie.)
puissants du Réalisme, puisqu’il change de
génération en génération et qu’il exige, par suite, une interprétation toujours nouvelle de la part des artistes, 11e pouvait manquer de se régler sur les besoins et les goûts nouveaux, et cette évolution eut lieu dès les premières années du siècle, non a partir de 1 53o seulement, comme l’affirme un écrivain spécial'.
1. Weiss, Kostiim-Kunde, p. 662. Sur le costume au xv‘ siècle, voy. notre t. I, p. 3oq -320.
Chez Borgognone, Pinturicchio, Signorelli, Carpaccio, chez l’illustrateur du Songe de Polyphile (1499), même chez Raphaël, pendant sa période ombrienne, les modes diffèrent peu encore de celles de l’âge précédent. C’est un accoutrement à la lois fier et pittoresque, parfois trop raide et trop maigre; des culottes et des justaucorps trop collants chez les jeunes gens, des manteaux trop lourds chez les vieillards, des robes trop empesées chez les femmes. Puis, presque sans transition, l’arrangement général acquiert une ampleur et une liberté admirables; sans cesser de dessiner les formes essentielles du corps, couvre-chefs, vestons, manteaux, chausses et chaussures prennent un tour plus aisé, moins archaïque, on serait tenté de dire moins pédant. L’indépendance et
la pondération qui sont dans les esprits se reflètent jusque dans des accessoires humbles entre tous. Alors même que la coupe des manches, du corsage, du col, n’aurait pas changé, l’ensemble devait fatalement produire une impression toute nouvelle, puisque l’on faisait usage, non plus de lourds brocarts, raides comme des feuilles de zinc, mais de tissus souples, aux ondulations infinies, d’une extrême mobilité, qui n’excluait d’ailleurs pas une extrême richesse. Rien que dans la manière de les attacher ou de les nouer, on sent le laisser-aller et la fantaisie propres aux époques qui peuvent faire la part de l’imprévu, parce qu’elles savent que leur instinct ne les induira pas en erreur. En un mot, si tout, au xv1' siècle, rappelle l’étiquette timorée, chère à de braves bourgeois, tout, au siècle suivant, proclame la mâle confiance d’une génération assurée des suffrages des contemporains et de la postérité. Aussi l’ensemble des figures de cette époque, dans l’Ecole romaine aussi bien que dans l’Ecole vénitienne, a-t-il quelque chose de calme, de reposé, parfois d’un peu trop robuste : une grâce imposante y tient lieu de solennité comme elle y tient lieu de mièvrerie.
Mais, me dira-t-on, les peintres en prenaient à leur aise avec les modes contemporaines : ils peuplaient leurs tableaux de costumes de fantaisie; ces changements que vous signalez n’existent que dans l’imagination des artistes du temps. « Si les artistes et les littérateurs, a déclaré quelque part un historien du costume, avaient eu le pouvoir de faire la mode, ils auraient ressuscité le
costume antique Mais ceux qui passent pour les rois de la mode n’en sont
que les propagateurs. Ils ont au-dessus d’eux le fabricant, appliqué à mettre en circulation des produits nouveaux, l’ouvrier industrieux, qui sait changer le jeu de son métier, de ses ciseaux, de son aiguille1. » j. Quicherat, Histoire du Costume en France, p. 35 1.
Le Costume à la fin du xvc siecle.
Coupe de Castello. (Musée du Louvre.)
Étude pour les cavaliers du portement de croix, par Raphaël, (Collection Albertine, a Vienne.)