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LE COSTUME
Heureusement, nous savons de source certaine qu’en Italie bon nombre de peintres avaient la spécialité de composer des modèles de costumes réels, à l’occasion de cérémonies ou de fêtes. A Florence, les déguisements du carnaval et l’organisation des chars de triomphe mettaient en mouvement toute la gent artiste. Francesco Granacci était réputé maître dans l’art d’inventer de beaux ajustements et de beaux décors : on recourait à ses lumières de près et de loin. Le lugubre Piero di Cosirno lit lui-même acte de costumier en organisant le fameux Char de la Mort.
Étant données les habitudes du xvT siècle, je suis intimement convaincu que les modes avaient alors pour arbitres, non les tailleurs et les couturières, comme aujourd’hui, mais les peintres et les sculpteurs.
La réglementation du costume préoccupait jusqu’à de graves magistrats.
En i502, la veille du départ des ambassadeurs chargés de complimenter Lucrèce Borgia sur son mariage avec le prince héritier de Ferrare, le Sénat vénitien se réunit pour examiner les vêtements neufs des deux ambassadeurs, consistant en manteaux de velours de soie cramoisi garnis de fourrure, avec des capuchons pareils. « Plus de quatre mille personnes, ajoute le chroniqueur, se tenaient dans la salle du Grand Conseil pour les admirer, et la place Saint-Marc était remplie de monde qui se pressait pour les voir comme des bêtes curieuses. L’un de ces deux manteaux d’Etat était de trente-deux et l’autre de vingt-huit aunes de velours. » L’événement ne répondit d’ailleurs pas aux vues du Sénat. « Les ambassadeurs, après avoir revêtu leurs superbes manteaux pour prononcer devant la princesse une longue harangue en latin et une seconde en italien, se retirèrent dans une antichambre, ôtèrent les manteaux et les envoyèrent à Lucrèce comme cadeau de noces de la République. La nature du présent et le pédantisme des deux Vénitiens excitèrent au plus haut point les railleries de la cour de Ferrare'. »