‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 77 sur 284 · Gaye, Carteggio, t. II, p · texte numérisé non relu

Gaye, Carteggio, t. II, p

L.-B. Alberti. Depuis l’achèvement de ce sanctuaire en 1476 jusqu’au milieu du xvf siècle, ces fins et ardents protecteurs de l’art ne cessèrent de travailler à son embellissement. Parfois ils lésinaient, comme avec Andrea del Sarto, qui ne reçut que dix florins pour chacune de ses premières fresques; mais, a l’occasion, ils savaient se montrer larges et généreux. C’est ainsi que, lorsque Léonard de Vinci leur offrit de peindre le retable du maître-autel, primitivement confié à Filippino Lippi, ils l’hébergèrent chez eux et le défrayèrent, lui ainsi que toute sa suite. Ce qui achève de prouver quel prix ils attachaient a obtenir le concours des artistes les plus célèbres, c’est qu’en i5o3, désespérant de voir Léonard achever le travail, ils le confièrent de nouveau à Filippino Lippi, et après la mort de celui-ci au Pérugin, qui acheva enfin le retable. On sait que cet ouvrage, une Crucifixion , se trouve aujourd’hui à l’Académie de Florence '.

La plupart des familles patriciennes de Florence avaient été trop éprouvées par la révolution de 1494 et par la chute des Médicis, auxquels tant de liens les unissaient, pour ne pas se condamner au recueillement, à l’abstention; les Strozzi, les Tornabuoni, les Martelli, les Capponi ne font plus guère parler d’eux, pas plus d’ailleurs que les adversaires des Médicis, les Pazzi et les Pitti. Parmi les Médicis de la faction dissidente, Lorenzo di Pier Francesco se signala seul en commandant à Michel-Ange la statue en marbre de Saint Jean-Baptiste (aujourd’hui au Musée de Berlin), et Pier Francesco en commandant à Baccio da Montelupo une statue d 'Hercule. Ce fut donc a des familles relativement nouvelles qu’incomba la protection des arts. Citons parmi elles les Pucci, qui commandèrent au Pérugin la fresque de Santa Maria Maddalena dei Pazzi (1492-1496), au prix dérisoire de 55 florins1 2, puis Angelo Doni, Lorenzo Nasi,

1. Le lecteur veut-il savoir ce que représente le bilan artistique d’une communauté telle que les Servîtes? Il n’a qu’à jeter les regards sur la statistique ci-dessous : Le portique fut construit par Antonio da San Gallo le vieux, le cloître et la chapelle des Peintres par le Cronaca probablement ; pour la sculpture et l’incrustation des stalles, les Servîtes firent choix d’artistes aussi célèbres que le Francione, Giuliano da Majano, Baccio d’Agnolo. A Giuliano et à Antonio da San Gallo ils demandèrent un Crucifix (1482), un Christ aux limbes en terre cuite vernissée à Buglioni (1484), un autre Crucifix à Baccio da Montelupo (i5o5), un Saint Rocli en bois à un sculpteur français du nom de Janni. Quant aux peintres employés par eux, la liste en est interminable : Cositno Rosselli peignit le retable de la chapelle Sainte-Barbe, et dans le premier cloître un épisode de Y Histoire de saint Philippe Benij^i; Antonio del Cerajuolo un Saint Michel pesant les dînes, Piero di Cosimo un autre épisode de Y Histoire de saint Philippe Bénirai', David Ghirlandajo exécuta la mosaïque (i.5o4-i.5i3) ; Andrea del Sarto commença en i509 le cycle de fresques qui a le plus fait pour sa réputation; en 1S10, Andrea Feltrini couvrit la façade de l’église de peintures en camaïeu, et un peu plus tard il exécuta les armoiries de Léon X, en concurrence avec Jacopo da Pontormo, qui enrichit en outre d’une fresque la chapelle des Peintres. Puis nous avons à enregistrer le Mariage de la Vierge, peint par Franciabigio , Saint François recevant les stigmates , peint par Domenico del Puligo aux frais de Francesco del Jocondo, etc., etc.

2. U. Medici, dell’ antica Chiesa dei Cisterceusi oggi S. Maria Maddalena de ’ Paggi ; Florence, 1880, p. 33-3q.

bl'UDE POUR LA T LT I DF. SAINT ZACHARIE, PAR ANDREA DEL SaRTO. (MuSl'.E 1)U LOUVRE.)

FLORENCE

Taddeo Taddei, les Dei, Bindo Altoviti ( 1 49 1 - 1 556) les del Giocondo, immortalisés par leurs relations avec Raphaël, Michel-Ange ou Léonard de Vinci; Fier Francesco Borgherini, un des protecteurs de Benedetto da Rovezzano et du Pontormo; les Gondi, qui firent construire leur palais par Giuliano da San Gallo, etc.

Seuls parmi les familles que noblesse obligeait, les Ruccellai continuèrent dans une certaine mesure leur rôle de Mécènes, et encore leur action se borna-t-elle à la littérature et cà l’art rétrospectil.

L’historien Bernard Ruccellai (1448 - 1 5 1 4) ’ , le fils de Jean et le beaufrère de Laurent de Médicis, avait songé dès la mort de son père à se construire une habitation sur les vastes terrains connus depuis sous le nom d’ « Orti Oricellarj » (aujourd’hui les jardins Orloff) ; ce 11e fut toutefois qu’en 1498 qu’il put donner suite à son projet. Le palais d’ailleurs ne fut à ses yeux que l’accessoire, les jardins l’objectif principal. Ces jardins, Bernard les fit orner de statues précieuses acquises à Rome et en Grèce, ainsi que des débris du Musée des Médicis, si malheureusement dispersé en 1494. Mais l’hospitalité offerte à l’Académie platonicienne fondée par Cosrne, le Père de la Patrie, contribua davantage à leur réputation. L’Académie comptait vers cette époque dans son sein Machiavel, les Alamanni, Pietro Crinito, Cristoforo Landino, Gio-

1. Voy., sur ces différents amateurs, Raphaël, sa vie, son œuvre et son temps (à la table). — La biographie d’Altoviti a été donnée par Moreni : lUustra\ione di una rarissima Medaglia rappresentante Bindo Altoviti, opéra di Michelangiolo Buonarroli. Florence, 1824.

2. Voy. t. I, p. 66. Jean Ruccellai mourut en 1477 et non en 1484, comme je l’ai imprimé d’après un renseignement erroné. A la liste des ouvrages consacrés à cette famille illustre il faut ajouter la savante monographie de AL Marcotti : Un Mcrcante dorent i no e la sua famiglia nel secolo XV (Florence, Barbera, 1881).

E. Müntz.

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