‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 81 sur 284 · PEROUSE · texte numérisé non relu

PEROUSE

de l’École des délia Robbia, la Vierge trônant, l’Enfant sur ses genoux (gravée p. 229); ailleurs ce sont d’admirables boiseries, exécutées en i5o3 par Fra Giovanni de Vérone, le célèbre incrustateur (transportées en partie au dôme de Sienne); mais le titre de gloire de Monte Oliveto, ce sont les fresques du cloître, peintes, les unes par Signorelli en 1497, les autres en i5o5 et i5o6 par le Sodoma, dont le compatriote lombard Domenico Airaldi de Lecco, supérieur du couvent, proclama le premier le génie.

Parmi les autres cités ou monastères situés dans l’orbite de Sienne, nous devons encore accorder une mention à Santa Anna in Creta, près de Pienza : le Sodoma en décora l’église, en i5o3, de fresques intéressantes.

Quant à Pienza, cette création si brillante, mais si éphémère et tout artificielle de Pie II, elle s’était vouée dès lors à l’effacement, et depuis quatre siècles l’ingrate favorite du Pape-humaniste n’a rien fait pour sortir de son obscurité.

Un mélange de férocité et de ferveur chez les grands, d’humilité, de mysticisme et d’extase dans la classe moyenne, une activité intellectuelle restreinte à quelques disciplines, mais qui, grâce à la petite Université locale, savait à l’occasion associer les choses de la littérature à celles de l’art, enfin un vif amour pour les beautés de ce paysage ombrien, relativement si souffreteux, voilà ce qui distinguait Pérouse1. Ses tyrans — les factions rivales des Oddi et des Baglioni — ignoraient la magnificence aussi bien que les goûts littéraires de la cour d’Urbin, de même que sa bourgeoisie ne pouvait qu envier de loin la prospérité des Siamois ou des Florentins.

Mais quand les passions n’étaient pas surexcitées, comme elles le furent trop souvent, ces hauteurs respiraient un calme et une sérénité infinis. Il devait

1. Pour la bibliographie, voy. Raphaël, sa vie, son œuvre et son temps, 2e édit, p. 29-53.

faire bon y vivre vers l’an 1604, au moment où le plus célèbre des citoyens de Pérouse, le Pérugin, alors dans toute la force de son talent, s’adjoignait pour collaborateur le jeune Raphaël d’Urbin.

Ce que fut l’Ecole fondée par le Pérugin, illustrée par Pinturicchio, par Raphaël, pour ne point parler du Spagna, de Domcnico Alfitni, d’Eusebio da San Giorgio, de l’Ingegno, de Manni , etc., etc., je m’efforcerai de

le montrer dans une autre partie de ce travail, celle qui est consacrée à la peinture; ici je voudrais seulement délimiter le champ d’action et analyser les ressources des Pérusins. Leur ambition se bornait à la peinture et à quelques branches secondaires, telles que l’orfèvrerie, où Cesarino di Francesco Rosetti et surtout Lautizio conquirent une véritable célébrité. S’agissait-il d’architecture ou de sculpture, ils se résolvaient sans peine à appeler des étrangers.

Même pour la sculp-

Tète de Saint. Fragment d'une lresque peinte par le Pérugin. 1

(Église Santa Maria Maddalena dei Pazzi à Florence.) tUt'e en bois et pour

la marqueterie, ils se

virent réduits à faire venir des Florentins, Domenico del Tasso et Baccio d’Agnolo. Plus tard seulement, pendant la dernière période de la Renaissance, ainsi après une incubation qui avait duré près d’un siècle, des architectes et des sculpteurs de mérite sortirent de Pérouse, les G. B. Caporali, les Galeazzo Alessi, les Vincenzo Danti.

L’exemple de Pérouse est bien propre à montrer combien, à défaut du patronage de l’État ou des municipalités, les artistes trouvaient à cette époque d’encouragements chez les fabriques des églises, les communautés religieuses, les corporations civiles ou chez les particuliers; il nous explique en même temps comment, au milieu des invasions étrangères ou des luttes intestines, la piété, la gloriole ou un culte désintéressé pour les choses de l’art suppléaient a la

Page 1