‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 85 sur 284 · ROME ET LES ETATS PONTIFICAUX. — ALEXANDRE VI. — PIE III. — JULES II · texte numérisé non relu

ROME ET LES ETATS PONTIFICAUX. — ALEXANDRE VI. — PIE III. — JULES II

1875-1876. — Les différents volumes de M. Bertolotti. — Pour les cérémonies et fêtes : Burchard, Diarium, édit. Thuasne; Paris, Leroux, i883-i885; 3 vol.: — Cancellicri, Storia de' solenni Possessi de ’ sommi Pontefci; Rome, 1802 ; — Altieri , Giuliano de' Medici clctlo Cittadino romane ovvero il Natale di Roma nel 1513, édit. Pasqualucci; Rome, 1881 ; — Palliolo, le Feste pel confinnamento del Patri^iato romano a Giuliano e Lorcmp de’ Medici ; Bologne, 1880 : — Ade niollo, Alessandro VI, Giulio II e Leone X nel Carnevalc di Roina\ Florence, 1886.

guerrières des Sixte IV, des Alexandre VI, des Jules II, mais encore par la direction imprimée au mouvement des lettres et des arts. Les écrivains les plus célèbres font leur résidence de la curie; Inghirami, Sadolet, Bibbiena, Bembo, y parviennent à de hautes dignités; Érasme, Balthazar Castiglione, l’Arioste, y font de fréquentes apparitions ou y fixent leur séjour. Quant aux artistes, le spectacle qu’ils nous offrent est éblouissant, étourdissant : églises et palais, statues et fresques monumentales, surgissent comme par enchantement; tantôt un pape y associe en un commun effort toutes les gloires des Écoles florentine et ombrienne (décoration de la chapelle Sixtine, sous Sixte IV); tantôt un autre confisque à son profit le génie d’un Bramante, d’un Michel-Ange et d’un

Raphaël. Là est véritablement le champ de bataille sur lequel se sont décidées les destinées de l’art moderne; là, devant ces glorieux témoins du passé, la Renaissance rivalise véritablement avec l’antiquité.

Le pape Alexandre VI.

(Fac-similé d'une gravure ancienne.

Sous le règne agité d’un Alexandre VI, au milieu du déchaînement de tant de passions, étrangères , hostiles à tout ce qui s’appelle amour de la patrie ou amour de la vérité, vertu, noblesse, poésie, il semble qu’il n’y ait point eu de place pour l’art1. Comment cette fleur délicate de l’imagination aurait-elle pu s’épanouir dans une société livrée aux calculs les plus égoïstes, aux distractions les plus coupables, ignorant la sécurité et, par suite, le recueillement, côtoyant sans cesse l’abîme? Qu’on ne nous objecte pas qu’Alexandre VI possédait quelques-unes des connaissances qui font l’amateur : l’eût-il voulu, son caractère, ses préoccupations, son entourage, les événements, tout l’eût empêché d’imprimer à l’art une direction nettement définie. Mais est-ce à dire que le travail latent qui portait les écoles italiennes à leur apogée, ait été arrêté par l’influence néfaste des Borgia? Nullement. Après une éclipse d’une dizaine d’années, à peine Jules II monté sur le trône, Rome se couvrit des chefs-d’œuvre qui font aujourd’hui encore sa gloire. Par la force même des choses, la période intermédiaire, si elle n’abonda pas en résultats brillants, ne fut point perdue, en dépit d’Alexandre VI, pour le perfectionnement des procédés, la pénétration réciproque des différentes écoles, en un mot pour ce vaste effort de concentration qui aboutit, dès les premières années du xvf siècle, aux splendides créations de Bramante, de Michel-Ange et de Raphaël.

Eu égard à l’architecture, le pontificat d’Alexandre VI est marqué d’abord

I. Bibl. : Leonetto, Papa Alessandro VI. Rome, 1880; 3 vol. — Gregorovius, Lucrèce Borgia, trad. franc. Paris, 1876; 2 vol. — Yriarte, Les Borgia. César Borgia. Paris, 1889; 2 vol. in-8°.

ROME

par une série de constructions religieuses ou civiles de la plus haute importance— le palais de la Chancellerie, etc., — qui seront décrites et appréciées

Buste en marbre du pape Alexandre VI (Musée de Berlin.;

plus loin, et en second lieu par l’apparition d’un artiste appelé à peser du plus grand poids sur les destinées de l’architecture, non seulement dans la Ville éternelle, mais dans l’Europe entière : je veux parler de Bramante. En même

temps que ce prince des architectes modernes, on trouve à Rome : Antonio da San Gallo le vieux, qui dirigea d’importants travaux au fort Saint-Ange; puis une série de débutants, Michèle San Micheli, Giovanni Maria Falconetto, etc., etc., attirés par les leçons incomparables que leur offraient les ruines antiques. C’est à cette réunion extraordinaire de souvenirs et de modèles qu’il faut, sans hésitation possible, attribuer l’affluence des artistes qui se pressèrent dès lors sur les bords du Tibre ; c’est à elle que l’Ecole romaine dut de prendre naissance et d’éclipser l’Ecole florentine.

Stimulés par l’exemple du Pape, les étrangers fixés à Rome élevèrent à l’envi églises et palais. Le cardinal espagnol Mendoza fit restaurer et embellir Santa Croce in Gerusalemme; ses compatriotes rebâtirent ou restaurèrent l’église Santa Maria di Monserrato et San Pietro in Montorio, qui s’enrichit à ce moment d’un des chefs-d’œuvre de Bramante, le petit temple circulaire (« il tempietto »); les Français de leur côté élevèrent la Trinité dei Monti ; les Allemands Santa Maria dell’ Anima.

Dans la sculpture, un événement non moins considérable que l’arrivée de Bramante se produit sous le pontificat d’Alexandre VI. A côté d’Antonio Pollajuolo (f 1498), qui venait d’achever le tombeau d’innocent VIII et son propre tombeau, apparut un autre Florentin, dès lors l’orgueil de ses concitoyens, le jeune Michel-Ange. En 1498 il commença pour la chapelle de la Madonna délia Febbri, à Saint-Pierre, la Pietà qui devait porter au loin sa gloire. Honneur à notre compatriote le cardinal de Groslaye de Milliers, qui eut l’idée de commander ce chef-d’œuvre! Un autre prince de l’Église, le cardinal RafTaello Riario, occupa le jeune sculpteur une année durant, mais sans que l’on sache au juste à quel travail.

Comme sculpteurs spécialement occupés par Alexandre VI, nous devons encore citer le Florentin Torrigiano, qui modela les stucs de l’appartement Borgia, puis quelques artistes obscurs, Johannes Pintor ou Pantera, Antonio et Bartolommeo ou Bartolo de Florence, Pietro de Sienne, Gabriele Avello de Milan, chargés de sculpter ou de fondre les taureaux dorés et les vases destinés à la fontaine de la place Saint-Pierre. Les noms de deux fondeurs d’artillerie (on sait que pendant la Renaissance c’étaient de vrais artistes) méritent égale ment d’être signalés ici : l’un, Ambrogio Gioardo, appartenait à une famille génoise, célèbre dans cette spécialité; l’autre, Patrice de la Mole, avait pour patrie la France.

La peinture, après avoir pris un si brillant essor sous Innocent VIII, retomba pour un temps. Alexandre VI, qui manquait de culture, n’avait d’yeux que pour le peintre amusant, mais incorrect et souvent vulgaire qui s’appelait Pinturicchio. Il lui confia le vaste travail de la décoration de l’appartement Borgia et l’embellissement non moins considérable du château Saint-Ange, aujourd’hui entièrement détruit.

Une nuée de plus en plus épaisse d’artistes italiens et étrangers s’abattit sur

Plan de la ville de Rome dans la première moit

Page 1