HANC.LMKNTS DANS LK STYLE
Baccio da Montelupo, les Ricciarelli de Volterra, pour ne point parler des Ammanati, des BandintUi et d'autres médiocrités aussi prétentieuses que malfaisantes! Le seul maitre qui marque en Italie après Michel-Ange est un étranger, un enfant de Douai, Jean Bologne. L'École italienne, peutêtre en raison même de la tacilité et de la banalité introduites par une étude trop assidue des modèles antiques, avait dès lors vécu. C'est dans notre pa3-s, moins gagné par cette contagion, qu'il faut chercher la fraîcheur et l'originalité. On trouve ces qualités au plus haut degré chez Jean Goujon et chez Germain Pilon, maîtres exquis que leur sentiment de la grâce
La Sculpture au xvi" siècle.
La .Mise au Ir.nibeau, par .Andréa Riccio. (Colleclion de .M. G. Dreyfus.)
pouvait si aisément consoler d'ignorer les grands effets de théâtre et le pathétique.
La peinture avait échappé plus que les autres arts à l'influence de l'antiquité, et cela pour une bonne raison, c'est que ni Zeuxis, ni Apelle, ni Protogène, ni aucun autre peintre célèbre n'avait laissé la moindre production. On était réduit i en étudier les principes soit dans les mosaïques, soit dans les fresques plus ou moins fragmentaires des thermes de Titus, de la pyramide de Cestius et de divers autres monuments. Cette rareté des spécimens de la peinture antique eut une conséquence difficile à prévoir : en désespoir de cause, bon nombre de peintres introduisirent dans leurs compositions des copies de statues, en d'autres termes ils transportèrent dans le domaine de la peinture des effets propres à un art absolument différent. Raphaël entra un des pre-
miei's dans une voie si funeste, que Jules Romain, les peintres de l'École de Fontainebleau et tant d'autres, jusques et y compris Louis David, parcoururent jusqu'au bout.
Ce n'est là toutefois qu'un des côtés du tableau, un épisode, un accident; la peinture moderne avait été trop longtemps réduite à ses seules ressources pour n'avoir pas été obligée de développer une iorce d'initiative qui lui eût permis à la rigueur de se passer des leçons de l'antiquité. Grâce à l'ambition de mieux faire, grâce à l'ardeur et à la fougue que l'affranchissement définitif de l'artiste
mit au cœur des plus timides, elle tenta d'eclipser à la fois et l'antiquité et le xV siècle, et elle y réussit. Comme l'action est resserrée, vive et pathétique dans les œuvres de l'Ecole nouvelle ! Quelle éloquence dans les expressions et dans les attitudes; quelle verve et quelle puissance dramatique en regard des tresques si placides du x\''' siècle ou de celles, souvent incohérentes, de Pompéi ! Le peintre est enfin maître de son sujet; il excelle à le développer sous toutes ses faces; il n'est plus uue difficulté dont il ne bride de triompher, plus une corde qu'il ne sache faire vibrer. Alors même qu'il a l'air de copier une a'uvre du xv'' siècle, il la transfigure et y introduit le mouvement, la liberté, le drame, qui sont comme la signature des champions de l'art nouveau. Comparez le Mariage lie la J'ierge de Raphaël au Mariage Je la J'ieige du Pérugin, qui lui a servi de modèle: quel abime entre les deux! Ici des personnages raides, juxtaposés, la plupart indifférents à l'action principale; I.'i des acteurs pleins d'animation, reliés entre eux par un intérêt commun; la vie et l'émotion régnant dans les moindres parties de la composition. Et encore ne s'agit-il que d'une œuvre de la jeunesse de Raphaël. Chez le Titien , le paysage même, les nuages, les arbres, interviennent comme éléments actits et rentorcent l'action.
Ici encore, une différence fondamentale s'impose à tous les regards : autant
Type cIl- la Sainte Vicige au xv siècle, par Francesco Francia. (.Madone de la Galerie Borghèse, à Rome.)