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teurs florentins ; sous la recherche de la noblesse des lignes, il conservait cependant un vieux levain de réalisme, et, l'occasion se présentant, il savait aussi bien que n'importe quel autre artiste du Nord créer des types vulgaires ou laids : il l'a montré dans son Portement de Croix de l'église Saint-Didier à Avignon.
Nous rencontrons Francesco Laurana d'abord à la cour du roi René d'Anjou, pour qui il fondit, de 14O1 à 1400, diverses médailles; de i4(iM à 1471 il travailla en Sicile : à Palerme, il exécuta pour le dôme ime statue de la Fieri;e tenant F Enfant, d'un style simple et pur dans les draperies, avec une certaine vivacité dans la figure de l'enfant, et pour le couvent de San Francesco plusieurs sculptures; à Erice et à Noto, il sculpta également des statues de la Vierge. Après un court séjour en France, en 1473, il se rendit à Naples, où le roi Ferdinand lui commanda, en 1474, pour la chapelle du Château Neut, une statue de la Vierge, que M. de Fabriczy a retrouvée en place'. Puis il retourna en France et y créa une série d'ouvrages importants, avec lesquels nous aurons A faire connaissance plus tard.
« Padoue est la ville des bronzes, comme Florence est la ville des Madones. Pendant près de deux siècles elle a eu le privilège de fabriquer les beaux candélabres, les vases, les coupes, les flambeaux, les encriers, les sonnettes, les bas-reliefs et les figurines de haut style, qui forment aujourd'hui l'ornement de nos cabinets et de nos musées (Eugène Piot). v La sculpture en bronze d'une part, le culte de l'antique de l'autre, telles sont en eftet les marques distinctives et comme la raison d'être de cet antique foyer de la Renaissance.
Le principal élève et imitateur laissé par Donatcllo dans cette cité qu'il avait littéralement subjuguée fut le Padouan Bartolommeo Bellano ou \'ellano (né vers I43(.i, mort d'après les uns en 14')-, d'après les autres en i5o(.i ou même en i5o2). Ses progrès furent si rapides, raconte Vasari, et il fit concevoir de telles espérances à son maître, que celui-ci, avant de quitter Padoue, lui laissa tous ses ustensiles, ainsi que les dessins et les modèles des bas-reliefs en bronze destinés au « Santo ». J'ignore ce qu'il y a de fondé dans cette légende; mais il est avéré que Vellano ne commença les bas-reliefs du (^ Santo » que quelque vingt ans après le départ de son maitre (de 1484 à 14^0), et que s'il avait fait concevoir des espérances, il ne les justifia en aucune façon
Le mausolée à' Antonio Rosselli (« Antonius de Ruycellis », -\- 14OO), au « Santo » (basilique de Saint-Antoine de Padoue), est, ce semble, un des premiers ouvrages de Vellano. L'ensemble comme les détails rappellent l'arrangement des tombeaux florentins. Pilastres encadrant une arcade soutenue par des pilastres plus petits, festons, frises à palmettes et à mascarons, chapiteaux
1 . Summonte, l'.uiteur de la précieubt lettre adressée à M. .\. Michiel (p. 255), avait connaissance des travaux exécutés à Xaples par Laurana, car il indique « Francesco Schiavone » (évidemment notre artiste) comme l'auteur des sculptures de l'arc de triomphe du « Castel Nuovo )).
VELLAXO.
ornés de griffons, génies nus tenant les écussons : rien n'}- manque de ce qui caractérise l'architecture funéraire de la Toscane, rien, si ce n'est la netteté, l'élégance, le goût et le talent. Les pilastres et les festons sont d'une lourdeur excessive; les iîgures indécises el molles; aucun rapport — je ne parle même pas d'harmonie — n'existe entre les différents membres d'architecture.
A Rome, où il tenta la fortune au temps du pape Paul II, Vellano modela le buste en bronze de ce souverain pontife, placé au haut de l'escalier du palais de Saint-Marc; il exécuta en outre une foule de petits ouvrages en marbre ou en bronze. La seule oeuvre monumentale à laquelle il lui fut donné d'attacher son nom, la statue, plus grande que nature, du même pape, placée .'i Pérouse hors de la porte San Lorenzo, dans une niche formée de plusieurs sortes de pierres sculptées avec beaucoup de soin (1467), a malheureusement été détruite pendant les orages de la Révolution.
A partir de 14O9, Vellano travaille pour le « Santo >) et y sculpte les armoires en marbre de la sacristie, ouvrage pour lequel il reçoit oSo ducats ou 341 ô livres (les pavements s'échelonnent jusqu'en 147-).
L'artiste padouan semble d'ailleurs avoir souvent résidé à Venise : ainsi s'explique comment le Sénat de cette ville l'envoya en I47() à Constantinople, à la requête du sultan Mahomet IL Ainsi également s'explique comment (si le récit de \'asari mérite
créance) le Sénat eut l'idée de lui confier l'exécution du cavalier (le CoUeonc) destiné .1 prendre place sur le cheval de \'errocchio (p. 5(>?).
De 1484 à 140'), comme il a été dit, Vellano modela et tondit, pour le chœur du « Santo », dix bas-reliefs représentant le Sacrifice de Caïn, le Sacrifice d'Abel et la Mort cl'Abel (en un seul compartiment), le Sacrifice d'Abraham, Joseplj vendu par ses frères, Pl.kiraoïi el son année noxes dans la Mer Rouge, V Adoration du Veau d'or, le Serpent de broii-e, Saiiison renversant les colonnes du temple, David vairhjueur de Goliath, \c Jugenwnt de Salonun, et Jonas jeté à la mer.
Si ces compositions se distinguent par quelques-uns des défauts qui caractérisent la dernière manière de Donatello, elles n'offrent en revanche aucune des qualités propres au maître. Elles pèchent tout d'abord par la mesquinerie de la conception, par le manque de vérité et de vie. Dans l'Histoire d'Abel et dans l'Histoire de Jonas l'artiste a éparpillé les figures d'une façon ridicule et s'est complu dans des détails absolument enfantins. Aussi les contemporains ne lui ménageaient-ils pas leurs critiques; Gaurico l'appelle « ineptus artitex ».
En I4<)i, Vellano commença, pour l'église San Francesco de Padoue, le mausolée du Vénitien Pietro Roccabonella , professeur de médecine et de philosophie. Ce monument, en bronze, achevé en 1498 par Andréa Riccio,
E. Munlz. — n. Italie. L'.\fe'c d'Ur. '«'■
Portrait de Vellano.
(D'après la gravuie publiée
par Vasaii.)
HISTOIRE DI-: LAKT l'KNDANT LA RENAISSANCE.
représente le professeur assis devant son pupitre, un livre à la main; des deux côtés, des » putti » d'un style gracieux tenant un écusson; plus loin, un basrelief représentant la Vierge avec l'Enfant Jésus assis sous un baldaquin, avec saint François d'Assise et saint Pierre Martyr. Perkins a jugé sévèrement cette dernière composition, à laquelle il reproche la petitesse des têtes, la longueur des corps, la dureté des draperies découpées en losanges et en carrés. Mais je serais tenté de plaider les circonstances atténuantes : si le style a quelque chose de heurté, il est aussi, par contre, mouvementé et savoureux. La ronde d'enfants ou plutôt la course d'enfants, ciselée sur le socle du trône de la \'ierge (quel apropos!), est tout à fait spirituelle et charmante; elle doit certainement être mise au compte de Riccio.
Andréa Briosco, surnommé Riccio (en latin " Crispus »), probablement à cause de ses cheveux crépus, était le fils d'un orfèvre milanais — Ambrogio — fixé à Padoue : il naquit le i"' avril 14711. l^lève de ^'ella^o, il dut sa réputation à son incomparable habileté de fondeur et de ciseleur, plutôt qu'à des qualités transcendantes d'invention ou de style. Ce n'est pas qu'il manquât d'esprit ni même de charme (son portrait et la statuette à'Aiioii, tous deux entrés au Louvre avec la collection Davillier, le prouvent surabondamment); mais l'abus des réminiscences classiques d'une part, et, de l'autre, une facilité excessive, une production véritablement industrielle, enlèvent à son œuvre beaucoup de son intérêt. Toufiues, riches, parfois amusantes, ses compositions n'offrent que trop souvent la banalité inséparable d'une fécondité aussi excessive. Il s'est chargé de démontrer par son exemple où devaient conduire logiquement, fatalement, les principes de Donatello poussés à leurs dernières conséquences, et quel danger présentait l'introduction des motifs antiques dans des scènes avec lesquelles ils n'avaient aucun rapport. Le maître avait domié l'exemple dans ses bas-reliets de VHisloirc de Saint Aiiloiiif : le disciple usa et abusa de ces intercalations vides de sens; il ne prenait même plus la peine d'amener pkis ou moins ces plagiats, mais les prodiguait au hasard. Donatello d'ailleurs n'était pas seul responsable de ces exagérations : nous avons le droit de mettre en cause l'esprit même de la Renaissance. Toute tentative de résurrection d'un style éteint implique des emprunts plus ou moins nombreux. L'École de Pise en avait donné l'exemple longtemps avant Donatello, et puisque je viens d'évoquer le souvenir de Niccolô Pisano, je signalerai les analogies, peut-être fortuites, mais à coup sur frappantes, entre les démons si bizarres inventés par ce glorieux précurseur, entre son génie au masque (Jugement dernier du Baptistère de Pise) et les
Andréa Riccio, par lui-même.
Buste en bronze.
(Collection Davillier. au Musée
du Louvre.)