‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 237 sur 257 · LE .MOBILIER · texte numérisé non relu

LE .MOBILIER

La COUTELLERIE sc tfanstomie de son côté en une brandie de l'art. On ne se contente pas de donner aux couteaux les formes les plus élégantes et les plus pures : on incruste les manches de pierres de couleur, par exemple de lapis-lazuli , d'émaux et surtout de nielles (Duchène décrit une quinzaine d'épreuves tirées sur des manches niellés et représentant tantôt des arabesques, tantôt une tête de Méduse, tantôt des instruments de musique, ou encore le Triomphe de Jules César, le Triomphe de Nepl/iiie. Y Histoire d'Holopherne, etc.). Plus souvent encore, on grava ou incrusta sur les manches les armoiries des possesseurs. Quant aux lames, elles se couvrirent, comme les armures, de riches damasquinures (voy. les gravures de la page 32).

Avec la sculpture en bois nous touchons à l'art du Mobilier.

Les meubles quittent de plus en plus les profils du moyen âge, tantôt trop rigoureusement architecturaux, tantôt trop fontaisistes, pour revêtir des formes à la fois aisées, amples et distinguées. Aux sièges fixes, richement sculptés ou incrustés, dans le genre des stalles, ou du trône de Julien de Médicis (attribué à Baccio d'Agnolo)', font pendant les fauteuils recouverts de velours, comme celui de Sixte IV dans la fresque de Melozzo da Forli, de Jules II ou de Léon X dans les portraits de Raphaël. Pendant toute cette période, la polj-chromie était inséparable du mobilier. Tantôt on décorait les lits, les bahuts, les coffres et les tables de véritables tableaux à l'huile, tantôt on les enrichissait de précieuses sculptures et marqueterie en bois, dont le contrat conclu en 1488 avec l'ébéniste Niccolo Paoletti peut donner une idée (Il Biionarroti, 1887, p. 408).

La M.\RClUETERiE continua pendant cette nouvelle étape à captiver la faveur des amateurs en même temps qu'à s'enorgueillir de la participation d'artistes véritablement éminents; les uns architectes célèbres, tels que les Majano, les San Gallo, Baccio Pontelli, Baccio d'Agnolo; les autres, dessinateurs du goût le plus du xvi-siède!^ pur, qui surent s'assurer l'immortalité dans cette technique si **s°'iuen" minutieuse: lesBariledeSienne(p. 226), Fra Giovanni de Vérone

le mystérieux Ercoie, dans lequel on a cru d'abord reconnaître Hercule de Pesaro, mais qui. d'après une découverte récente de M. Yriarte, est identique à Ercoie dei Fideli de Ferrare. I. BiBL. : L'Art, 1880, t. I, p. g- 10. — Schùtz, pi. 96-98.

E. Mùntz. — M. Italie. L'Age d'Or. 104

Epreuve tirée

sur un manche

de couteau niellé

826 inSTOIRK DE LART PENDANT LA RENAISSANCE.

(p. 296), Fra Damicino de Bergame (p. 3oo) et Fra RafFaello de Brescia (f iSSg).

Eli passant en revue, dans notre précédent volume (p. 708-709), quelquesuns des modèles, si parfaits, de la marqueterie conservés en Ombrie', et entre autres les stalles de la basilique inférieure de Saint-François, à Assise, exécutées en 1471 (et non en 1451 comme une erreur d'impression nous l'a fait dire) par Apollonio de Ripatronsone, et celles de l'église Saint-Pierre à Pérouse, exécutées en 1472, nous y avons constaté la franchise du travail, l'élégance des contours, la sobriété du modelé.

La nature morte, encore inconnue aux peintres, fait de bonne heure son apparition chez les artistes en marqueterie. Des vues d'édifices tormcnt le fond de la décoration des stalles de la cathédrale de Parme, exécutées en 1473.

Cependant, dès le dernier tiers du x\" siècle, une tendance fâcheuse commençait à se faire jour. Dans la porte de la salle de l'Horloge, au Palais \'ieux de Florence (p. 4'''>4), Benedetto da Majano eut l'idée de se servir, pour dessiner les portraits de Danle et de Pétrarque, non de morceaux juxtaposés et s'emboitant les uns dans les autres, comme dans les jeux de patience, mais de lamelles longues et flexibles qu'il courba et tordit en tous sens. Le désir de se rapprocher de la peinture et de fondre davantage le modelé lui dicta ces innovations que je n'hésite pas .1 qualifier de déplorables.

Domenico d'Antonio Lidivino de San Severino' fit à son tour usage dans les stalles de la basilique supérieure de Saint-François d'Assise, terminées en i5oi, tantôt d'acides donnant au bois une coloration plus claire ou plus foncée, tantôt de hachures remplies soit d'un mastic noir, soit de fragments de bois; c'étaient là des procédés aussi peu loyaux que celui imaginé par Benedetto da Majano.

En faisant intervenir les bois de couleur, Fra Giovanni de \'érone (7 i525) enrichit la marqueterie de ressources aussi fécondes que dangereuses. S'il faut applaudir à son innovation lorsqu'il se borne à composer des bouquets ou des vues d'édifices, il faut la condamner sans hésitation lorsqu'il s'efforce de composer de véritables tableaux; on ne saurait trop protester contre une telle confusion des genres, contre une telle perversion du goût'.

Les portes des Stances du Vatican, exécutées par Giovanni Barile sous la direction de Raphaël, gardent un juste milieu. On y voit des édifices, des

1. Cet artiste, qui cultivait la peinture en même temps que la m.trqueterie, est en outre l'auteur des belles incrustations de la cathédrale de San Severino. II mourut en i5o2 (Ricci, Memorie sloriche... délia Marca di Ancona, t. I, p. 236).

2. Dans les stalles de la cathédrale de Sienne (exécutées à l'origine pour le couvent de Monte Oliveto Maggiore), le goût de la nature morte d'un côté, des vues d'architecture de l'autre, a fait de sensibles progrés. Ces stalles, exécutées par Fra Giovanni vers l5o5, sont ornées de « tarsie » représentant des édifices, des ustensiles rehgieux (calices, ostensoirs, bénitiers), des oiseaux, un lièvre assis dans un paysage, etc. On y voit en outre les portraits d'un pape et d'un saint. Elles n'ont rien de décoratif, quoique exécutées avec soin, et jurent avec les magnifiques sculptures de bois qui leur servent d'encadrement.

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