LA LOMBARDIE
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façade particulièrement maussade, la physionomie de cet édifice. Un de ses fils, l'historien Paul Jove (i483-i552), jeta dans la suite un certain lustre sur sa ville natale par sa belle collection de portraits.
A Legnano, les guides ne signalent que l'église San Magno, commencée en i5o4, et un retable de Luini, qui appartient d'ailleurs déjà, d'après la division que nous avons adoptée, à la dernière période de la Renaissance.
A Lodi (t. I, p. 190), la merveilleuse église de 1' « Incoronata »
(1488- i5i3) tient lieu d'autre ornement.
A Pavie (t. I, p. 188- 190), toutes les fondations se trouvent reléguées dans l'ombre par les travaux d'embellissement entrepris à la Chartreuse : la décoration de la façade, due à Omodeo, aux Mantegazza, à Benedetto Briosco ; les tombeaux des Visconti et des Sforza, dus à G. Pellegrini, à Omodeo, à Cristoforo Solari et à Gian Cristoforo Romano; les fresques ou les retables, dus à Borgognone, à Bartolommeo Montagna, à Macrino d'Alba, au Pérugin, à Andréa Solari. Grâce à la riche dotation laissée par les Visconti et respectée par les envahisseurs, les travaux purent se poursuivre au milieu des troubles qui bouleversèrent la Lombardie.
Dans la ville même de Pavie, le fait le plus considérable est l'apparition de Bramante, qui fournit des
plans pour le dôme, ainsi que pour l'église Canepanova. Le château de Pavie (t. I, p. 184), qui servait de résidence, il serait plus exact de dire de prison, à l'infortuné Jean-Galéas Visconti, le souverain légitime du Milanais, ne reçut que peu d'embelHssements nouveaux, en raison même de la situation effacée à laquelle ce prince était condamné.
Vigevano, la résidence favorite de Ludovic le More, puis des Trivulce, compta souvent pour hôte Bramante, qui ajouta une loge à l'antique château
Le Palais municipal de Brescia.
{Frasïment de la façade.)
des Visconti, et Léonard, qui y composa certainement plusieurs de ses traités. Cette ville servit ensuite d'asile à un très intéressant atelier de tapisseries, dont les productions, les Dou:ie Mois, d'après les cartons de Bramantino Suardi, ornent aujourd'hui encore le palais Trivulce à Milan.
Plus au nord, Abbiate Grasso et Busto Arsizio s'honorent chacun d'une église, chef-d'œuvre de Bramante.
Dans la Suisse italienne, Lugano se recommande par le portail de San Lorenzo, probablement décoré par Tommaso Rodari.
Par l'intensité du mouvement intellectuel, par l'importance et la variété des ouvrages qui y prirent naissance pendant ce tiers de siècle d'une fécondité vertigineuse. Milan n'a de comparaison à accepter qu'avec Rome et Venise. Vérone, Padoue, Mantoue, Ferrare, Bologne, Naples, Florence même, pâlissent en regard des radieux chefs-d'œuvre dont l'enrichissent deux maîtres illustres entre tous, Bramante et Léonard de Vinci'. Quelle somme de génie que celle dépensée à Santa Maria délie Grazie, à San Satirott au Castello di Porta Giovia, dans la Cène et dans la statue équestre de F. Sforza, et quelle dette de reconnaissance la postérité n'a-t-elle pas contractée envers le prince, aussi coupable qu'infortuné, qui a rendu possibles de telles merveilles !
Me reprochera-t-on de m'attacher trop exclusivement au point de vue de l'art et de trop sacrifier celui de la morale, je répondrai qu'étant donnés deux princes également ambitieux ou cruels, mettons César Borgia et Ludovic le More, il n'est qu'équitable d'accorder la préférence à celui qui professait du moins le culte des belles choses et de le placer au-dessus de celui dont aucune qualité ne rachetait les défauts ou les crimes.
Ludovic le More, dont j'aurais voulu placer le portrait sur le frontispice du présent volume, entre ceux de Jules II et de Léon X, n'a pas seulement été, en effet, le Mécène intelligent et libéral que l'on connaît : il a vécu en communion d'idées avec^les grands hommes dont il avait deviné le génie, et leur a communiqué cette délicatesse, ou plutôt encore cette subtilité, grâce à laquelle l'architecture et la peinture ont atteint au dernier degré de la perfection. Sans la critique minutieuse et pénétrante à. laquelle il soumit leurs ouvrages — c'était son défaut comme sa qualité, — Bramante, Léonard et tous ceux qui l'approchèrent, le miniaturiste Antonio da Monza aussi bien que l'orfèvre-sculpteur Caradosso, se fussent laissés aller à des créations plus robustes peut-être, mais assurément pas d'une distinction ni d'un fini aussi admirables. Le lecteur voudra bien me croire ici sur parole, en attendant que dans un travail spécial je fournisse la démonstration mathématique de ce que certains peuvent quant à présent considérer comme un paradoxe.
1. BiBL. : T. I, p. 175. Piot, k Cabinet de V Amateur, i862-l863, p. g et suiv. — La Renaissance au temps de Charles VIII, p. 208-273. — M"^<= James Darmesteter (Mary Robinson) a consacré des pages attachantes aux princesses milanaises dans Tîie End of the Middle Ages, p. 3oo et suiv. Londres, 1889.