‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 101 sur 288 · MILAN · texte numérisé non relu

MILAN

Quelques points de repère d'abord pour la biographie de cet homme extraordinaire, si astucieux et si pusillanime, si actif et si raffiné. Ludovic était le second fils de François Sforza, né en 1451 (après l'élévation de son père au trône ducal, circonstance dont il se prévalut pour soutenir qu'il avait seul la qualité d'héritier légitime, son frère Galéas- Marie étant né avant que son père devînt duc de Milan). A la mort de son frère, il ourdit intrigues sur intrigues contre la régente, sa belle-sœur Bonne de Savoie. Exilé pendant quelques années, il revint en triomphateur en 1479, fit exécuter Simonetta, le

Ludovic le More remettant un acte de donation au prieur de Sainte-Marie des Grâces. (Miniature de la collection du marquis d'Adda à Milan.)

ministre tout-puissant de Bonne, et à partir de ce moment jusqu'à l'invasion de Louis XII, exerça l'autorité absolue, d'abord comme tuteur de son neveu Jean Galéas, puis comme souverain du duché.

Pour n'avoir plus besoin de revenir sur l'histoire politique du Milanais, rappelons tout de suite que, conquis par Louis XII en 1499, repris par Ludovic le More en i5oo, puis presque immédiatement reconquis par Louis XII, le duché fut occupé par la France, sous l'administration réparatrice du maréchal Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont, jusqu'en i5i2. A ce moment, le fils de Ludovic, Maximilien Sforza, s'empara de nouveau de sa capitale, qu'il reperdit, puis regagna l'année suivante. En i5i5, la victoire de Marignan rendit Milan à la France, qui la reperdit en i52i, époque à laquelle les troupes impériales s'en emparèrent pour le compte de François II Sforza, qui régna jusqu'en i535.

Il y avait en Ludovic — dont un contemporain, le chroniqueur Corio, a tracé le portrait de main de maître — une agitation perpétuelle, une recherche fébrile du mieux : avec un architecte de la valeur de Bramante, il eût pu se

dispenser de recourir aux lumières des autres. N'importe : pour mener à fin la coupole de la cathédrale, il appela tour à tour ou simultanément les architectes aothiques de Strasbourg, le Siennois Francesco di Giorgio Martini, le Florentin Luca Fancelli, sans parler des architectes indigènes. Grâce à une émulation si soigneusement entretenue, il réalisa les miracles que l'on sait.

Dans sa suggestive étude sur l'orfèvrerie milanaise, Eugène Piot n'a pas exagéré en affirmant que vers l'année 1490, si l'on jette un coup d'œil sur le reste de l'Italie, on ne trouve que l'art florentin capable de faire contrepoids aux élégantes constructions élevées en Lombardie par Bramante. Et encore, ajoutet-il, trouve-t-on dans les œuvres improvisées (c'est à dessein qu'il se sert de ce mot) par cet artiste une grâce particulière, une sorte d'ingénuité adorable, bien rare en architecture, et que l'on ne rencontre pas ailleurs.

Associons au souvenir de Ludovic celui de son épouse, Béatrix d'Esté, la fille du duc Hercule de Ferrare et la sœur de la marquise Isabelle de Mantoue. Quoique toute jeune (née en 1473, mariée en 1491, morte en 1497), elle exerça une grande autorité sur son mari par son énergie et son ambition. La netteté de ses vues ne contribua pas médiocrement à donner de la cohésion à ce qu'il pouvait y avoir de trop flottant dans les décisions de Ludovic. L'Arioste a parlé en historien, plutôt qu'en poète habitué à la flatterie, quand il nous rappelle que, « du vivant de Béatrix, Ludovic, les Sforza et les

Portrait du chroniqueur B. Corio.

(Kac-similc d'une Ljravure du xvi' siècle.)

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