‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 17 sur 288 · Phèdre, trad. Cousin, p · texte numérisé non relu

Phèdre, trad. Cousin, p

innées vis-à-vis du monde extérieur, et le triomphe de la conscience substituée A l'observation. Cette haute et souveraine esthétique, l'artiste l'appliquait dans ses marbres, le poète la formulait dans ses vers; tel est le début de son admirable sonnet A Vittoria Colonna', dans lequel il montre l'esprit parvenant à éveiller un écho dans les matières les plus rebelles : « un simple bloc de marbre renferme toutes les idées que l'artiste le plus éminent puisse concevoir; mais seule la main qui obéit à l'intelligence réussit à les en dégager ». Dans un autre des sonnets adressés à Vittoria, Michel-Ange proclame que la conception de la beauté est supérieure à tous les accidents venant du dehors et oppose l'idéal qui s'est formé dans l'esprit à l'œuvre plus ou moins périssable qu'a pu enfmter le pinceau ou l'ébauchoir : « Si plus tard, le temps injurieux, âpre et barbare mutile, tord ou détruit entièrement cette œuvre, la beauté première s'en retrace dans la pensée, qui n'en a pas été frappée en vain. Ainsi, ton admirable beauté, image de ce bien qui fait l'ornement du ciel, offerte à nos yeux sur la terre par l'Artiste éternel, en s'évanouissant avec le temps et avec l'âge, ne se gravera que plus profondément dans mon cœur, car je penserai à cette beauté que ne peuvent changer ni les ans, ni l'hiver. »

Raphaèl n'a pas moins dû à Platon, et il n'a fait que payer une dette en lui élevant un si splendide monument dans V École d'Athènes. De même que Phidias, quand il faisait une statue de Jupiter ou de Minerve, n'avait pas sous les yeux un modèle particulier, dont il s'appliquait à exprimer la ressemblance, mais nourrissait au fond de son âme un certain type accompli de beauté, sur lequel il tenait ses regards, et qui conduisait son art et sa main, « de même Raphaël, il le déclare lui-même dans sa fameuse lettre à Castiglione, se servait d'un certain idéal qu'il se formait quand il manquait de beaux modèles. »

L'influence de Marsile Ficin éclate tout particulièrement dans Y École d'Athènes. Le Combat d'hommes nus et l'Enlèvement d'une Néréide par un Triton, représentés dans cette fresque, au-dessous de la statue d'Apollon, se rattachent de la manière la plus évidente à un passage des Commentaires sur la République de Platon. «Apollon, y dit Marsile Ficin, est le dieu de l'harmonie, le médecin des passions (« Phœbus humani generis medicus »); grâce à cette harmonie (« temperantia »), nous triomphons de nos pires ennemis, la luxure (« libido ») et la colère (« iracundia »)"•. »

On ne saurait nier qu'à la longue les enseignements de Platon n'aient exercé une action débilitante. Ce spiritualisme à outrance, qui tient si peu de compte des données de la vie réelle, ce mépris pour les arts d'imitation, auxquels le

Page 1