‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 178 sur 288 · LES DELLA ROBBIA · texte numérisé non relu

LES DELLA ROBBIA

doit à son père a laissé des traces si profondes en lui, qu'il ne peut se soustraire à son influence. »

La frise et les médaillons de l'hôpital (« il Ceppo ») de Pistoja, les Sept Œuvres de Miséricorde, comprenant une centaine de figures, petite nature, et mesurant une quarantaine de mètres de long, non compris V Annonciation, la Visitation, V Assomption, etc., forment le chant du cygne des délia Robbia. Mais que nous sommes loin des principes du vieux Luca, ce styliste sévère ! Le réalisme y a pris la place de l'idéal; les types et les costumes du xvi'' siècle, la place des types et des costumes de convention en honneur si longtemps dans cette famille austère. On a beaucoup discuté dans les dernières années sur l'auteur de cette composition considérable, où la sculpture allégorique

Les Œuvres de Miséricorde. (Donner à boire à ceux qui ont soit.) Attribué à Giovanni délia Robbia. (Hôpital « del Ceppo » à Pistoià.)

coudoie parfois la sculpture de genre : MM. Cavallucci et Molinier, dont l'opinion est d'un si grand poids en pareille matière, se prononcent en faveur de Giovanni délia Robbia, peut-être assisté de Santi Buglioni et d'autres artistes.

Parmi les sculpteurs qui s'inspirèrent plus ou moins librement des délia Robbia*, rappelons les noms de Benedetto Buglioni (1461-1521), l'auteur de la Vierge exécutée pour l'hospice du Ceppo de Pistoja, et de son élève Santi, surnommé Buglioni (1494-1576). Un élève de Fra Bartolommeo délia Porta, Fra Paolino de Pistoja, passe pour être l'auteur du superbe groupe de la Visitation, dans l'église San Giovanni Fuorcivitas à Pistoja.

Quelques eflbrts que les derniers héritiers de Luca délia Robbia tentassent pour rajeunir leur art, celui-ci, en Italie du moins, ne survécut guère à la ruine de la sculpture polychrome. Proscrit des villes, il trouva pendant un temps

I. Il ne faut pas perdre de vue cette circonstance que les délia Robbia consentaient parfois à émailler les sculptures en terre de leurs amis ou confrères. Ils rendirent notamment ce service à Andréa Sansovino pour une Assomption, à Rustici pour un Christ apparaissant à Madeleine, etc.

E. Mùntz. — II. Italie. L'Age d'Or. 6i

encore un asile dans les campagnes, chez les pauvres et les simples, aux yeux desquels ces couleurs vitrifiées relevaient le prestige des Madones au regard timidement baissé, des saints marchant avec résignation au supplice.

A côté des délia Robbia, travaillait un groupe d'artistes que l'on peut qualifier d'Éclectiques, maîtres honnêtes, laborieux, distingués, mais sans parti pris et sans fougue. Benedetto da Majano, Civitale ou Civitali, Andréa Sansovino, tels sont les noms des plus célèbres dans cette phalange, somme toute si sympathique, et dont l'expansion a été brusquement arrêtée par l'apparition de Michel-Ange.

Perkins range Benedetto da Majano et Civitale parmi les disciples de Luca délia Robbia, en compagnie de Rossellino et de Mino da Fiesole. La recherche du fini qui caractérise ces maîtres fait toutefois contraste avec le style si large du vieux Luca. Il serait plus juste de dire qu'ils se sont inspirés de Ghiberti autant que du fondateur de la dynastie des délia Robbia, et que de ces éléments divers ils ont formé une agglomération qui a sa saveur particuHère. Si leur amour du détail rappelle Ghiberti et leur sécheresse Donatello dans ses moins bonnes productions, la pureté de leurs contours semble en effet procéder de Luca. En ce qui concerne spécialement Benedetto da Majano, M. Bode le rapproche d'Antonio Rosselhno : il révèle, dit-il, la même richesse de flmtaisie, le même sentiment de beauté, la même « maestria » dans le travail du marbre, mais ses figures sont plus pleines, leur expression a quelque chose de plus recueilli et de plus rêveur.

La biographie de Benedetto da Majano est déjà connue du lecteur : nous l'avons esquissée en étudiant les ouvrages d'architecture exécutés par le maître. Il nous reste à étudier ici son rôle comme sculpteur '.

Benedetto déploya de bonne heure une grande activité, sculptant à la fois des statues, des bustes, des chaires, des retables, des tabernacles, des tombeaux ; il compta pour tributaires non seulement la Toscane entière (Florence, San Gimignano, Sienne, etc.), mais encore l'Ombrie, les Marches et jusqu'au royaume de Naples.

D'après M. Bode, le tombeau de Saint Savin, dans la cathédrale de Faenza, serait un des premiers ouvrages du maître (il aurait été exécuté en 1471-1472, et non en 1498, comme le rapporte Perkins). Ce monument se compose d'un sarcophage à couvercle triangulaire, placé dans une niche circulaire et reposant sur quatre consoles qui répondent aux huit pilastres — accolés deux à deux — à l'aide desquels l'artiste a divisé la face du sarcophage en trois compartiments. Les niches pratiquées dans les extrémités du sarcophage

1 . BiBL. : Bode, dans Kunst iiinl Kùnstkr de Dohme, et dans le Repertoriiim fur Kunstivisseuschajt, ifiB'', p. 149-162. — Gianuizzi : Archivio storico deW Aile, 1888, p. 176-181. — Le testament de Benedetto a été publié dans le Carteggio de Gaye (t. I, p. 270); l'inventaire de son mobilier dans /(( Parrocchia di S. Martine a Meiirola. Florence, 1876.

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