LES LOMBARDI
statue de Saint Apollinaire, l'autre une statue de Lio)i, emblème de la domination vénitienne. Lombardo exécuta en outre le tombeau de Dante (^i/[82; gravé p. 67), oeuvre sans vie et sans accent.
A Venise même, Pietro dirigea l'exécution du tombeau du doge P. Mocenigo (entre 1478 et 1481), à SS. Giovanni e Paolo, et probablement aussi du tombeau de Jacopo Marcello (f 1484), aux « Frari ».
Dans le tombeau de Mocenigo, Pietro (assisté de ses fils Antonio et Tullio) eut évidemment à compter avec les exigences de la famille, qui réclamait tout un peuple de statues (le monument en contenait à l'origine dix-sept, toutes de grandeur nature) ; à force de multiplier lès figures, il enleva à son œuvre toute unité et toute sévérité; l'inégalité des dimensions aggrave encore ce défaut.
Nous avons d'abord les trois statues de Guerriers qui servent de cariatides au sarcophage, puis trois autres statues, parmi lesquelles le Doge, debout sur le couvercle du sarcophage, puis, de chaque côté, dans des niches, de nouvelles statues de Guerriers, puis les statues de Saint Georges,
de Saint Théodore et d'Hercule ; enfin, au sommet, celle du Christ entre deux anges, sans préjudice des bas-reliefs représentant V Entrée de Mocenigo à Scutari, la Remise de la ville de Faniagosta, la Résurrection du Christ. Il n'y a plus nulle trace de l'humilité chrétienne dans la fière inscription : « A l'aide des dépouilles conquises sur les ennemis (ex hostium manubtis) ».
Le tombeau de Jacopo Marcello nous montre trois personnages courbés dans une attitude assez disgracieuse et servant de cariatides au sarcophage, qui est double. Au-dessus, la statue du défunt debout entre deux pages, d'un dessin charmant, qui tiennent l'écu, chacun un bras appu3^é sur la hanche.
E. Muntz. — II. Italie. L'Age d'Or. ^7
Mausolée de Leonardo da Prato.
(Église SS. Giovanni e Paolo à Venise.)
53o HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
L'ensemble du monument est étriqué; mais ces figures juvéniles suffisent pour nous désarmer.
Décorateurs avant tout, les Lombardi célèbrent leur triomphe dans les sculptures de l'église « Santa Maria dei Miracoli « (p. 427) '. Partout, à l'intérieur comme sur la façade, portes et fenêtres, piliers et chapiteaux, galeries et parois disparaissent sous des figures de saints, des « putti », des sirènes, des lézards, des couleuvres, des coqs, des ornements de toute nature. Ces sculptures, fouillées comme des ouvrages d'orfèvrerie, ont autant de grâce que d'originalité; elles ont surtout une spontanéité, une fraîcheur, un parfum de jeunesse, qui en font le plus printanier et le plus exubérant des poèmes taillés dans la pierre, à cette époque fortunée. Les auteurs, héritiers de la fantaisie et de la sève inhérentes au style gothique, croient évidemment aux figures fantastiques qu'ils évoquent, par exemple à ces sirènes qu'ils ont prodiguées sur la base des piliers : elles sont pour eux, avec les hippocampes, les génies familiers de la Reine des mers. Si, par leur profusion, ces sculptures rappellent celles du temple des Malatesta à Rimini, combien ne l'emportent-elles pas sur celles-ci par leur ingénuité, leur abandon, leur suavité ! C'est l'éternel contraste entre l'École florentine et l'Ecole vénitienne, l'Ecole des dessinateurs et l'École des poètes.
La ville de Trévise s'enrichit également de deux tombeaux importants dus à Pietro : celui de l'évêque Giovanni Zanetti (au dôme) et du sénateur Onigo (f 1490), dans l'église San Niccolô. Perkins vante la finesse du premier : ses sculptures, dit-il, semblent exécutées avec une aiguille, non avec un ciseau.
Vers la fin de l'année 1496 ou le commencement de l'année 1496, Pietro Lombardo fut chargé par le marquis François de Mantoue de sculpter les ornements d'une chapelle votive en souvenir de la bataille de Fornoue; de longues années durant il s'occupa de cet ouvrage, mais le manque de subsides de la part du marquis en empêcha l'achèvement".
1. Les travaux durèrent de 1481 à 1489. Nous possédons le contrat conclu par Pietro Lombardi pour la construction et la décoration de la façade : Pietro s'engageait, moyennant la somme de i 000 ducats, à exécuter les trois portes, avec des sculptures de la Vierge, de deux Anges et de deux Prophètes. Il était stipulé que les marbres seraient fournis aux frais de l'artiste, ainsi que tous les autres matériaux, qu'ils seraient tirés soit de Carrare, soit de la Grèce, et qu'ils seraient entremêlés de pierres de Vérone noires et rouges (G. Boni, Santa Maria dei Miracoli. Venise, 1887). — On range en outre parmi les productions de Pietro Lombardi et de son atelier diverses sculptures du palais des Doges, de la « Scuola di San Marco », de la chapelle Giustiniani à San Francesco délia Vigna. — Quant aux sculptures — véritablement exquises — de l'église San Giobbe, et notamment ces « putti » d'une souveraine élégance, placés dans les pendentifs de la voûte, on ignore s'ils peuvent être inscrits à l'actif des Lombardi. Rien n'égale la suavité et la distinction de ces ligures si variées d'attitudes, les unes revêtues de la cuirasse, d'autres couvertes de longues tuniques, d'autres encore toutes nues. Impossible d'imaginer une antithèse plus complète à la sécheresse et au maniérisme florentin ou padouan. La décoration de la porte, avec ses rinceaux indécis occupant toute la hauteur des pilastres et ses palmettes un peu monotones, offre moins d'intérêt.
2. A. Luzio et R. Renier : Archivio siorico deW Arte, 1888, p. 433-438.