LES LOMBARDI
Pietro prit en outre part, ainsi que son fils Antonio, à la décoration de la chapelle Zeno, dans la basilique de Saint-Marc.
Cet artiste éminent mourut, d'après une découverte récente, au mois de juin i5i5.
Antonio Lombardo', l'un des fils de Pietro, est surtout connu par son basrelief en bronze du « Santo » de Padoue (i5o5) : Saint Antoine faisant proclamer par un enfant l'innocence de sa mère. Perkins qualifie la composition d'œuvre de second ordre : « Les figures, dit-il, grossièrement proportionnées, raides de pose, manquent de vie. » Le Cicérone, au contraire, signale les analogies de ce bas-relief avec les stèles antiques et en loue l'ordonnance, « la beauté, qui n'est pas toutefois exempte de froideur, ainsi que l'excellence du modelé ». — Antonio Lombardo s'établit la même année à Ferrare, où il fit souche, et où il mourut en i5i6.
Un autre fils de Pietro, Tullio Lombardo, dont la vie se prolongea jusque fort avant dans le xvf siècle (voy. p. 426), le plus occupé et, au jugement de MM. Burckhardt et Bode, le moins doué parmi les membres de cette famille célèbre, prit part, avec son père et son frère, à la décoration de « Santa Maria dei Miracoli », ainsi qu'à l'exécution du mausolée de P. Mocenigo. Il sculpta en 1484 les quatre Anges agenouillés servant de support à un autel de l'église San Martino, et, à quelque temps de là, le Couronnement de la Vierge, bas-relief de l'église San Giovanni Crisostomo. On lui attribue en outre diverses sculptures de la façade de la « Scuola di San Marco », la Pieta de San Lio et la Pietà de « Santa Maria délia Sainte ». A Padoue, Tullio exécuta deux bas-reliefs en bronze destinés au « Santo » : Saint Antoine guérissant le jeune homme qui s'était coupé le pied et Saint Antoine découvrant une pierre à la place du cœur de F avare (commandés en i5oi, livrés en i525). Ce sont des compositions pures, mais froides, sans force de caractéristique, sans énergie dans les gestes, d'un faire mou et lisse, en un mot sans âme. Et cependant, que de prétentions dans ces bouches entr'ouvertes, destinées à donner aux personnages un air inspiré, dans ces bras levés, dans ces cheveux arrachés ! Rien qui sente davantage le style académique. On y reconnaît sans peine l'auteur des Vertus placées sur le tombeau du doge Vendramin.
Un autre sculpteur vénitien, Alessandro Leopardi, tantôt l'associé et tantôt
I. On attribue à Antonio et à Tullio Lombardo les bas- reliefs en marbre de la collection Spitzer, provenant du palais de Sassuolo, près de Modène. Ces bas-reliefs, exécutés pour le duc Alphonse d'Esté en i5o3, représentent la Forge de Vutcain et la Dispute de Minerve et de Neptune pour ta possession de VAttique. Les compositions sont remarquables par un mélange de froideur et de douceur : c'est ainsi que l'on comprenait l'interprétation de l'antique vers la fin de l'Empire et le commencement de la Restauration. Tullio Lombardo eût été digne d'être l'ancêtre de Canova (Piot : Gaietle des Beaux-Arts 1878, t. Il, p. 5Qg et suiv. — Perkins, tes Sculpteurs italiens, t. H, p. 222, et Historical Handbook, p. 40,3).
le rival des Lombardi, occupe à côté d'eux le premier rang parmi les maîtres qui ont illustré Venise vers la fin du xv'' et au commencement du xvi" siècle. On ignore ses débuts comme artiste. Le mausolée du doge Andréa Vendramin (f 1478), dans l'église SS. Giovanni e Paolo, qu'on lui attribue généralement, mais à l'exécution duquel Tullio Lombardi eut certainement une part importante, est probablement un de ses premiers ouvrages. C'est un modèle au point de vue de l'architecture en môme temps qu'au point de vue de la sculpture. Une niche supportée par deux colonnes (et non plus par deux pilastres; prenons acte de cette substitution) et flanquée de deux ailes en retraite sert de cadre à de nombreux bas-reliefs et statues. Sur le socle, des Génies (vêtus) tenant l'épitaphe, puis d'autres Génies (nus) chevauchant sur des chevaux marins, etc. Plus haut, le sarcophage, contenant, dans des niches, cinq statues de Vertus, dont le style châtié, mais timide, et l'expression sentimentale et déclamatoire trahissent la main de Tullio Lombardo. Le sarcophage sur lequel repose le doge — les mains croisées sur la poitrine — a pour support des aigles, d'un dessin assez disgracieux; il est entouré de trois Anges tenant des torches, trois des plus belles figures de l'art vénitien, de tout point dignes de se mesurer avec les créations des Bellini et de Cima de Conegliano. Les deux statues de Jeunes Guerriers, debout sous les niches pratiquées dans les parties en retour, brillent par la fierté en même temps que par une grâce juvénile. Je passe sur les autres figures (^Annonciation, Sirènes supportant le médaillon qui couronne le monument, etc.) de cet ensemble si vivant, si harmonieux, et d'une inspiration si foncièrement chrétienne, qui suffirait pour assurer l'immortalité au nom de Leopardi'.
En 1487, Leopardi se compromit par un faux en écriture privée, qui lui valut d'être banni de Venise. Rien d'ailleurs ne nous autorise à tirer de ce péché de jeunesse, cruellement expié, une conclusion trop défavorable sur le caractère de l'artiste.
Après la mort de Verrocchio, le Sénat rappela Leopardi, comme étant le seul maître capable de mener à fin la statue du CoUeone (p. 5o5). Sur la part précise que l'artiste vénitien eut à l'exécution de la statue même, les avis sont partagés. Mais nous savons pertinemment qu'il a le droit de revendiquer pour sa propriété exclusive la décoration du socle. Ce piédestal gigantesque est flanqué de six colonnes composites, aux proportions et à l'agencement très étudiés. Les ornements, fort sobres, se composent d'écussons, de palmettes, d'oves, de denticules, etc.; sur la frise, des hippocampes, des trophées, etc.
I. Ce mausolée, autrefois placé dans l'église des Servîtes, a été considérablement modifié lors de sa translation dans l'église de SS. Giovanni e Paolo. Les deux statues de Sainte Madeleine et de Sainte Catherine qui l'ornent aujourd'hui sont l'œuvre de Lorenzo Bregno. Par contre, les deux statues à' Adam et à'Ève qui en faisaient partie autrefois, se trouvent aujourd'hui, la première dans la collection de M. Henri Péreire à Paris, la seconde au palais Vendramin à Venise. Les deux Pages du couronnement ont été acquis en 1841 par le musée de Berlin {Annuaire du Musée de Berlin, t. X, p. 2()5).