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Perkins, les Sculpteurs italiens, t. II, p. i

2. Je ne serais pas éloigné d'attribuer cette exagération à l'influence de Mantegna. Les draperies des Mantegazza, ces draperies en zinc, avec leurs lignes brisées et -leurs cassures innombrables, offrent de singuliers points de contact avec celles du peintre padouan, notamment dans ses gravures (la Vierge et l'Enfant assis, la Crucifixion , la Mise an tombeau'). On retrouve, d'autre part, dans certaines sculptures de la Chartreuse de Pavie (par exemple la Résurrection, de la façade) la recherche des effets de perspective chers à Mantegna : l'attitude d'un des gardiens du tombeau du Christ, vu en raccourci, procède en droite ligne d'un de ses modèles.

le prix de la statue, y compris la dorure ; il stipulait en outre que les deux artistes recevraient un cheval pour leur servir de modèle. Mais le projet n'eut pas de suite.

Le Louvre possède deux petits hauts-reliefs, la Vierge agenouillée au pied de la croix et Saint Jean, que le catalogue attribue avec raison aux Mantegazza. La Vierge, représentée comme une vieille femme, se fliit remarquer par la petitesse de sa tête, par ses mains énormes, par ses abondantes draperies chiffonnées. C'est une figure grimaçante, mais pleine de caractère et de vie. Le Saint Jean, qui lui fliit pendant, n'est pas moins expressif; avec ses mains jointes, sa bouche tordue par un sanglot, il touche presque à l'éloquence. Les deux morceaux sont d'une facture excessivement serrée.

Au Louvre également, on remarque deux Anges (debout, portant des candélabres, attribués à l'École milanaise de la fin du xv' siècle), vraies caricatures pour la maigreur.

Un bas-relief de la collection de M. Louis Courajod, avec la Foi, V Espérance et la Charité, est absolument caractéristique pour la manière des Mantegazza, pour l'abondance et la rigidité des plis.

Le plus considérable des sculpteurs lombards de l'Age d'Or, Giovanni Antonio Amadeo, Omodeo ou Homodeo, naquit en 1447 'i^^^s une ferme située près de la Chartreuse de Pavie : dès l'âge de dix-neuf ans il fut attaché aux travaux de ce sanctuaire avec son frère Protasio (1466); travaillant à côté des Mantegazza, il subit pendant un temps leur influence. « Comme eux, il taillait profondément le marbre; comme eux il disposait ses draperies en plis secs et aigus, et dans l'exécution recherchait le traitement par surfoces planes, alors même qu'il sculptait en haut relief; mais sa manière se caractérisait par des différences essentielles » (Perkins).

Avec les travaux de la Chartreuse alternèrent différents ouvrages exécutés soit à Pavie (monument de Saint Lanfranc dans l'église de ce nom), soit à Bergame (1471-1477), soit à Milan (cathédrale, à partir de 1475), soit à Crémone, où Omodeo sculpta les bas-reliefs de la chaire du dôme (1482).

Le tombeau de Medea Colleone, la fille du célèbre condottiere (autrefois à Basello, aujourd'hui réuni au tombeau de son père), et les sculptures de la chapelle élevée par le Colleone à Bergame même, près de l'éghse de Santa Maria Maggiore, marquent une date capitale dans l'évolution de la sculpture milanaise. On s'arrête avec surprise, mais non sans intérêt, non sans plaisir, devant ces figures aussi originales que nettes, aussi sèches qu'expressives, avec leurs 4^peries très écrites et cependant très amples. La bizarrerie de l'invention (par exemple dans les trois cariatides assises, se montrant de profil, qui supportent le sarcophage du père; gravées t. I, p. 198) n'exclut ni la sève ni l'émotion. Si certains morceaux offrent de l'indécision (les pilastres qui encadrent le tombeau de Médée, les rideaux — atrophiés — qui garnissent la partie supérieure, etc.),

OMODEO.

dans d'autres l'artiste se montre absolument familiarisé avec les conquêtes de la Renaissance; je dirai même que l'ornementation (génies nus tenant des cornes d'abondance, etc.) est plus avancée dans la chapelle du Colleone que dans les sculptures, cependant postérieures, de la Chartreuse de Pavie. Omodeo y a juxtaposé les souvenirs de l'antiquité et du christianisme : les Scènes de la Genèse et de la Passion coudoient les Travaux d'Hercule; les portraits de César, de Trajan, à' Auguste et ai Hadrien, ceux des saints. Dans cette manière indépendante, fière et vigoureuse, il y a comme un écho du style de Jacopo délia Quercia. A la Chartreuse de Pavie, Omodeo passe pour avoir sculpté la partie inté-

La Charité, l'Espérance et la Foi, par les Mantegazza. (Collection de M. Louis Courajod.)

rieure de la porte du petit cloître (1470-147 1), le portail qui conduit du vieux cloître à la sacristie, une margelle de puits dans la salle des ablutions, plusieurs des bas-reliefs du mausolée de Jean Galéas Visconti, et enfin (à partir de 1491) bon nombre d'ornements de la façade, notamment les fenêtres, d'une richesse éblouissante, et peut-être les médaillons du portail, avec les Anges tenant les instruments de la Passion.

La porte de marbre du petit cloître, ouvrage authentique d'Omodeo, offre un mélange de réminiscences gothiques et d'éléments nouveaux. Les rinceaux, aux contours assez mous, n'ont rien de la netteté classique; il en est de même des festons qui régnent sur l'architrave et des coquillages ou palmettes qui se détachent en silhouette sur le tympan. Par contre, les figurines de génies nus sculptées dans les chambranles témoignent de certaines velléités archéologiques. La composition du tympan, la Vierge qui trône entre des anges, des saints et des donateurs, a quelque chose de dur, de saccadé et de haché, qui nous montre en Omodeo un adepte de l'ancienne École.

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A une époque qui n'a pas été déterminée encore, Omodeo sculpta pour l'église San Pietro in Gcssate de Milan les tombeaux de Jean Borroinée et d'un autre membre de sa famille (transportés depuis à Isola Bella). Perkins fait le plus grand éloge de ces deux ouvrages, dont il donne une description détaillée.

Omodeo cumulait avec ses sculptures la direction de constructions d'une importance exceptionnelle (à un moment donné, il était à la fois architecte en chef de la Chartreuse de Pavie, de la cathédrale de Pavie et de la cathédrale de Milan). A partir de 1499, il dut s'établir à Milan pour y diriger la construction de la coupole de la cathédrale. Il mourut le 27 août i522.

Omodeo ayant conçu et dirigé, du moins dans ses lignes générales, la décoration de la façade de la Chartreuse (à partir de 1491), il me paraît opportun de grouper autour de son nom quelques notes sur cet ensemble riche entre tous.

La décoration de la Chartreuse est une œuvre collective (on connaît les noms d'une trentaine de sculpteurs qui ont travaillé rien qu'à la façade), dans laquelle les ambitions individuelles se sont éteintes au milieu de l'effort commun. A cet égard, le sanctuaire de Pavie n'a rien à envier à n'importe quelle cathédrale gothique. Ce qui n'est pas moins digne de sympathie, c'est la sérénité dont cette armée de travailleurs a fait preuve au milieu des luttes les plus cruelles. Admirable pouvoir de l'art! Par l'exubérance de la fantaisie, les sculptures de la Chartreuse rappellent également les merveilles du style gothique. Ici ce sont des oiseaux folâtrant, béquetant des fruits, donnant à manger à leurs petits, le pélican qui se sacrifie à sa progéniture, le hibou qui médite; ailleurs nous rencontrons des femmes étendues sur le dos de dragons et tenant une écharpe; puis des candélabres, des bucranes, des centaures, des sphinx, des hippocampes, des sirènes, au milieu desquels détonnent les motifs religieux : le Premier Péché, le Sacrifice â'Isaac, Moïse recevant les tables de la Loi, etc. Une série de médaillons nous offre une collection de types (beaucoup d'entre eux ne manquent pas d'afféterie; tels sont les adolescents à la chevelure retombant en tire-bouchons) et une collection de coiffures : adolescents couronnés de lauriers, musulmans coiffés du turban, philosophes antiques au front découvert, etc.

Le fonds d'idées dans lequel ont puisé les sculpteurs de la Chartreuse est d'ailleurs encore foncièrement chrétien ; les éléments profanes n'y figurent que d'une manière accidentelle et à peu près uniquement dans le domaine de l'ornementation, où ils ne tirent pas à conséquence (je signalerai toutefois jan Hercule étouffant Antée). Malgré l'absence d'un programme général quelque peu raisonné, malgré la confusion et les superfétations qui en résultent, on devine cependant le désir d'étayer du moins ce vaste ensemble iconographique sur ce que l'on pourrait appeler des arêtes. La galerie de portraits sculptés en médaillon sur le soubassement déroule devant nous la succession des souverains.

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