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LES SCULPTEURS DE LA CHARTREUSE

des grands généraux, des grands hommes de l'antiquité (Nabuchodonosor, Cyrus, Darius, Alexandre le Grand, Judas Machabée, Romulus et Remus, Numa Pompilius, etc., Cicéron, les empereurs romains jusqu'à Constantin, Attila, etc.), bref les représentants du pouvoir temporel'.

Mais ce n'est là qu'une entrée en matière. Négligeant, saut de rares exceptions, l'histoire de l'Ancien Testament, si populaire cependant à cette époque, les artistes consacrent principalement leur ciseau à la glorification du Christ, de la Vierge, des saints; ils accordent une préférence bien marquée à l'élément lyrique sur l'élément narratif (exemple : aux différents épisodes du chemin de la croix ils substituent des anges portant les instruments de la Passion). La principale exception à cette règle est V Histoire de la Fondation de la Chartreuse, qui est retracée en huit bas-reliefs distincts.

A travers cette iconographie des plus flottantes perce la tendance à choisir des sujets en rapport avec la destination des différentes parties de l'édifice : sur les piscines ou lavabos, on représente le Christ assis près d'un puits et donnant audience à la Samaritaine, ou le Christ lavant les pieds des apôtres.

Dans ma rapide excursion à travers cette forêt de statues, de statuettes, de bustes et de bas-rehefs, je m'attacherai uniquement au portail de la façade, à quelquesuns des bas-reliefs de l'intérieur, et aux terres cuites des cloîtres.

Le portail, d'un aspect si monumental, fut élevé, à partir de i5oi, sur les dessins de Benedetto Briosco, qui devait recevoir pour ce travail 8000 livres impériales. Il a pour principaux ornements une frise formée de quinze médaillons, avec les anges tenant les instruments de la Passion; puis, sur la voussure même, douze petits médaillons encadrés par des rinceaux encore à moitié gothiques, et huit grands bas-reliefs rectangulaires, retraçant l'Histoire de la Fondation de la Chartreuse. On fait honneur, comme on l'a vu, à Omodeo des petits bas-reliefs, d'un sentiment si suave. Quant aux grands bas-reliefs, que l'on attribue d'ordinaire à Briosco (p. 809), il ne serait pas impossible qu'ils eussent été exécutés sous la direction de ce maître par le Bambaja; la longueur des figures, leur mièvrerie, leur sentimentalisme, rappellent d'une façon saisissante plusieurs de ses ouvrages authentiques, entre autres sa Présentation au temple.

Ornement tiré

de la

Chartreuse de Pavie.

I. Ces médaillons gigantesques sont en partie des reproductions de médailles antiques ou de médailles de la Renaissance (voyez la Renaissance an temps de Charles VIII, p. 246). Je signalerai parmi elles la copie de la curieuse médaille de Constantin qui est décrite dans l'inventaire du duc de Berry et dont un exemplaire fait partie du Cabinet des Médailles.

Le haut-relief du tympan de la porte, la Vierge trônant entre des donateurs appartenant à Tordre des Chartreux, jure par sa gravité et en même temps par son ampleur avec le raffinement des sculptures qui l'entourent. C'est une page forte et émue.

Un des tabernacles du chœur, dû à Stefano da Sesto (peut-être le frère de l'élève de Léonard de Vinci), est enrichi d'une Vierge trônant entre des anges et les apôtres, d'une Cène (imitée de celle de Léonard) et d'autres sujets. Cet artiste se plaît à accumuler les motifs, sans réussir à produire un effet d'ensemble bien satisfaisant. La recherche du mouvement dans les draperies s'allie chez lui à je ne sais quoi de timoré dans l'attitude des personnages. Le style est mesquin tout comme la conception. L'interversion de certains ornements, tels que les candélabres placés horizontalement, au lieu d'être placés verticalement, montre une singulière inexpérience. — Le tabernacle de Bigio da Vairano (i5io), qui fait pendant au précédent, révèle des imperfections analogues.

Dans la salle destinée aux ablutions, le lavabo en marbre attribué à Alberto de Carrare est enrichi d'un réservoir que surmontent deux dauphins (d'un dessin assez timoré), d'un buste d'homme (assez vigoureux), puis d'un basrelief semi-circulaire représentant le Christ lavant les pieds des disciples, et le Christ au jardin des Oliviers. Dans sa partie supérieure le lavabo contient deux médaillons avec les figures à mi-corps de la Vierge et de VAnge Gabriel. Malgré de certaines duretés et de certaines vulgarités, l'ensemble ne manque ni de saveur ni de mouvement. Les arabesques des pilastres et les deux médaillons font penser à un disciple de l'École florentine.

La porte de la salle des ablutions et la porte de l'ancienne sacristie, avec les bustes ou les médaillons — très fins et très précis — des princesses et des princes de la maison Visconti et de la maison Sforza, constituent un mélange attrayant de motifs empruntés à la réalité ou à l'histoire contemporaine, d'armoiries médiévales et d'ornements classiques (oves, rais de cœur, cordons de perles, rinceaux, etc.).

Les terres cuites du grand et du petit cloître torment à elles seules tout un monde : elles se composent de milliers de figurines et de bustes : prophètes, saints, anges en adoration, génies foLâtrant, etc., etc. Beaucoup de ces bustes sont des portraits excellents, d'une exécution très précise, parfois très libre et très spirituelle. Je ne serais pas étonné d'apprendre que tous les moines de la Chartreuse ont défilé tour à tour devant le pourtraiteur.

Après cette digression nécessaire, je reprends la série des notices biographiques individuelles.

Cristoforo Solari, surnommé, comme son père, « il Gobbo » (le Bossu), cumulait la pratique de l'architecture avec celle de la sculpture. Ayant échoué

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