‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 232 sur 288 · GHIRLANDAJO · texte numérisé non relu

GHIRLANDAJO

Dans d'autres compartiments, on voit Saint François refusant l'héritage de son père, Saint François obtenant du pape Honorius la confirmation des règles de son ordre et lui présentant les roses de Janvier. Cette dernière scène se passe dans la salle du consistoire, où siègent des cardinaux, et à laquelle conduisent des escaliers ornés de rampes et occupés par des figures à mi-corps, parmi lesquelles on remarque le portrait de Laurent le Magnifique. — On y constate une tendance fâcheuse à séparer les personnages et à scinder les groupes, au

ieu de les relier les uns aux autres : c'était la conséquence fatale de l'intercalation des portraits des amis et des connaissances de l'artiste, étrangers à

'action principale. Quel trésor d'observation d'ailleurs dans les tètes , les costumes, les édifices, et comme on aimerait à s'arrêter devant ces fresques pour en épeler les figures une à une !

Plus loin, Ghirlandajo a peint Saint François recevant les stigmates et la Mort de saint François. Des religieux entourent le corps du bienheureux, et l'un d'eux lui baise les mains avec effusion. On remarque en outre un

évêque qui , le nez surmonté de lunettes, i . \^ " .

chante les vigiles avec tant de naturel qu'on spectateurs des Funérailles

le croirait vivant. Les portraits du fondateur, „ de Santa Fma.

■T ' Fragment, par Ghu'landajo.

Francesco Sassetti, de sa femme, de ses fils (Ksiise coiiéariaie de San Gemiimano.)

et de ses filles, les Sibylles, etc., complètent ce

cycle, qui forme la digne préface des fresques de l'église Santa Maria Novella.

Celles-ci, commandées par Giovanni Tornabuoni l'année même où furent achevées les fresques de la chapelle Sassetti, occupèrent Domenico et David Ghirlandajo depuis le mois de mai i486, jusqu'au mois de mai 1490'.

Je mettrai à contribution ici encore la description de Vasari pour donner

I. Le contrat, en date du i" septembre 1485 (publié par M. Milanesi dans II Biiouarroti, 1887, t. II, p. 335-358), porte que Domenico et David s'engagent à peindre dans un délai de quatre ans (mai i486 à mai 1490) : sur les voûtes, les Quatre Évangélistes; — sur la paroi de droite, sept Histoires de la vie de la Vierge (la Naissance de ta Vierge, les Fiançailles et le Mariage de la Vierge, l'Annonciation, la Naissance du Christ avec l'Adoration des Mages, la Purification, le CJjrist au milieu des docteurs, la Mort de la Vierge) ; — à gauche, sept Histoires de la vie de saint Jean-Baptiste (Zacharie au temple, la Visitation, la Naissance de saint Jean, Saint Jean partant pour le désert, la Prédication de saint Jean, le Baptême du Christ, le Festin d'Hérode et la Décollation de saint Jean). — Au fond ils devront placer les figures de Saint Antonin, de Saint Thomas d'Aquin, de Saint Dominique, de Sainte Cattierine de Sienne, de Saint Vincent, de Saint Pierre Martyr, et enfin le Couronnement de la Vierge.

Avant de commencer le travail, les deux frères sont tenus de soumettre à Tornabuoni une esquisse, que celui-ci sera libre de modifier à son gré. (Plusieurs des sujets mentionnés par le contrat ont en efli'et été remplacés par d'autres : le Massacre des Innocents a pris la place de la Ptirijîcation, etc.) Le prix pour le tout était fixé à i ion florins seulement (environ 55 000 francs), et encore les deux frères s'engageaient-ils à ne ménager ni l'or, ni le bleu d'outremer, et à faire murer à leurs frais 1' « oculus « existant au fond de la chapelle.

une idée de cet ensemble unique dans les fastes de la peinture florentine.

Le premier compartiment, à droite, en commençant par le bas, représente Joachini chassé du Temple. On lit sur son visage la patience et la résignation, et sur ceux des Juifs la haine et le mépris que leur inspiraient les hommes impuissants qui venaient au temple. On remarque dans cette composition, du côté de la fenêtre, quatre personnages peints d'après nature. Celui qui est vieux et sans barbe est Alesso Baldovinetti, qui enseigna la peinture et la mosaïque à Domenico; celui qui a la tête nue, la main sur le flanc, et un petit pourpoint bleu sous un manteau rouge, est Domenico lui-même ; celui qui a une longue chevelure noire et de grosses lèvres est Bastiano Mainardi, son élève et son parent; enfin, celui qui tourne le dos au spectateur, et qui est coiffe d'un petit béret, est David Ghirlandajo.

Le second compartiment contient la Nativité de la Vierge. On y admire, entre autres, une fenêtre qui éclaire la chambre où se passe la scène, et qui est un véritable trompe-l'œil. Sainte Anne, étendue sur son lit, reçoit la visite de ses amies; quelques femmes lavent l'enfant avec précaution; l'une apporte de l'eau, l'autre prépare des langes; en un mot, chacune s'utilise comme elle peut, tandis que celle qui tient l'enfant la fait rire par ses agaceries.

Le troisième compartiment est consacré à la Présentation de la Vierge au Temple. On y admire un édifice dont la perspective est des mieux entendues, ainsi qu'un personnage nu qui, malgré ses imperfections, fut beaucoup admiré à cette époque.

Le Mariage de la Vierge forme le sujet de la quatrième fresque. Parmi les nombreux acteurs de la scène, on distingue ceux qui brisent de colère les verges qui n'ont pas fleuri comme celle de Joseph.

La cinquième fresque, V Adoration des Mages, avec son brillant cortège de personnages, les uns agenouillés, les autres debout, tous plein de ferveur ou de recueillement, avec ses chevaux, son arc de triomphe, son riche paysage, se détache par sa valeur transcendante sur cet ensemble si intéressant. Ghirlandajo y atteint à une chaleur de composition, à une harmonie et une vigueur de groupement, que je n'hésite pas à qualifier d'admirables. Il est à jamais regrettable que cette fresque, ainsi que plusieurs autres de la même paroi, soient si gravement endommagées.

Avec les riches fonds d'architecture alternent des paysages accidentés et fouillés. Ghirlandajo, fidèle à ses principes, y consulte la nature avec discrétion, l'interprète avec finesse, en un mot subordonne le réalisme aux exigences de l'art monumental. *

Dans la composition suivante, le Massacre des Innocents, Ghirlandajo se laisse aller, par exception, à l'émotion, à la fougue. Nous assistons à une mêlée horrible; les mères luttent désespérément avec les bourreaux. Vasari accorde la palme à cette page inspirée. Il nous montre les soldats d'Hérode, sans pitié pour les mères, tuant ces pauvres petits enfants. L'un de ces derniers,

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