C.HIRLANDAJC
encore attaché à la mamelle, meurt des blessures qu'il a reçues à la gorge en tétant non moins de sang que de lait. Si la pitié et la compassion, ajoute le biographe, disparaissaient jamais, ce spectacle suffirait pour les faire renaître. Il signale ensuite une femme qui se jette sur le ravisseur de son enfont, et le tire par les cheveux avec tant de vigueur, qu'elle l'arrête dans sa course et le force à se ployer en arrière. Au milieu de cette lutte l'enfant expire, étouffé entre les bras du bourreau, qui se venge ainsi, contre cette innocente créature, de la sainte fureur que déploie contre lui la mère infortunée.
Dans le dernier compartiment de cette série, Ghirlandajo a figuré la Mort de la Vierge et V Assomption de la Vierge; il y a multiplié les anges, les paysages et les ornements que son habile et facile pinceau savait prodiguer.
Le premier compartiment de la paroi opposée, consacrée, comme il a été dit, à saint Jean-Baptiste, contient Y Apparition de l'Ange à Zacharie. Cette composition est enrichie des portraits de beaucoup de citoyens florentins, entre autres de ceux de tous les Tornabuoni, jeunes et vieux. En outre, pour montrer qu'à cette époque les lettres étaient florissantes, Domenico plaça au bas de son tableau quatre personnages à mi-corps, qui ne sont autres que les hommes les plus instruits qui vivaient alors à Florence. Le premier, revêtu d'un habit de chanoine, est Marsile Ficin ; le second, couvert d'un manteau rouge et le cou entouré d'un ruban noir, est Landino; le troisième est le Grec Demetrius, et le dernier, qui lève un peu la main, est Politien. — Ajoutons que cette composition rappelle la Vocation des SS. Pierre et André, de la chapelle Sixtine. Ici encore, des spectateurs, en costume florentin du temps, assistent plus ou moins impassibles à la scène principale. L'artiste a séparé et délimité les groupes avec une netteté peut-être excessive. Fiiippino Lippi n'eût pas manqué de les relier les uns aux autres par des personnages accessoires, et, mieux encore, de les marier harmonieusement.
Le second compartiment représente la Visitation. Beaucoup de femmes coiffées à la mode du temps, et parmi elles la jeune et belle Ginevra di Benci, accompagnent sainte Elisabeth.
Le troisième compartiment est consacré à la Naissance de saint Jean . Sainte Elisabeth est couchée; ses voisines viennent lui rendre visite; Tune d'elles demande le nouveau-né à la nourrice, qui l'allaite, pour le leur montrer. Une campagnarde, portant des fruits et des flacons, complète la scène (gravures t. I, p. 844, SgS). L'aisance, le naturel, la distinction des acteurs de ces tableaux de moeurs, car en réalité les peintures de Ghirlandajo ne sont pas autre chose, méritent des éloges sans réserve. Pour lui, l'histoire sainte n'est qu'un prétexte; on dirait qu'il ne se doute même pas que ses héros et héroïnes ont vécu quelque quinze siècles auparavant. Observateur plus encore qu'inventeur, il puise à pleines mains dans la société de son temps. Les Florentines, minces et pâles, qu'il fait assister à la naissance de saint Jean-Baptiste ou à la naissance de la Vierge, sont bien les ancêtres de celles qui vivent de nos jours
sur les bords de l'Arno. Il s'en faut que l'ovale de leur visage soit parlait; mais la distinction tient lieu chez elles de beauté. « On passerait ici de longues heures, dit M. Taine, à contempler les figures de femmes; elles sont la fleur de la cité au xv" siècle, et les voilà telles qu'elles ont vécu, chacune avec son expression originale, et la charmante irrégularité de la vie, toutes avec ces traits florentins si intelligents et si vits; demi-modernes et demi-féodales. Dans la Nativité de la Vierge, la jeune fille en jupe de soie qui vient foire visite est la demoiselle de bonne condition, sage et simple; dans la Nativité de saint Jean, une autre debout est une duchesse du moyen âge; près d'elle, la servante qui apporte des fruits, en robe de statue, a l'élan, l'allégresse, la force d'une nymphe antique, en sorte que les deux âges et les deux beautés se rejoignent et s'unissent dans la naïveté du même sentiment vrai ' . » L'extrême sérieux, la conviction profonde avec lesquels ces scènes sont représentées, n'ajoutent pas peu à leur intérêt.
Dans le quatrième compartiment, Zacharie, qui n'a pas encore recouvré la parole, écrit, tout en regardant son fils que tient une femme agenouillée devant lui, son nom sur une feuille de papier placée sur son genou.
La Prédication de saint Jean occupe le cinquième compartiment. Les auditeurs, hommes et femmes, debout ou assis, sont revêtus de costumes variés. L'attention que ne manquent jamais d'exciter les paroles d'un novateur se manifeste sur tous les visages, et particulièrement sur ceux des scribes, qui expriment en outre la raillerie et même la haine.
Dans le sixième compartiment, on voit le Christ recevant le baptême. Au milieu d'hommes nus ou déchaussés qui attendent leur tour pour être baptisés, on en remarque un qui ôte ses souliers avec une vivacité extraordinaire. A gauche, une belle académie de jeune homme vu de profil.
Dans la dernière fresque de la série, la Présentation de la tête de saint Jean- Baptiste à Hérode, Ghirlandajo évoque un somptueux banquet florentin, avec trois tables dressées sous une voûte d'une extrême richesse et de nombreux convives, serviteurs ou musiciens ; c'est ainsi que Paul Véronèse, s'il avait vécu au xv" siècle, eût représenté les Noces de Cana.
Le Couronnement de la Vierge, peint dans l'abside, n'oflre, quoi que l'on dise, ni l'aisance de groupement, ni la fougue qui deviendront bientôt inséparables de cette scène auguste. Les personnages sont juxtaposés avec hésitation, au lieu d'être reliés d'une fliçon organique et vivante. Leurs attitudes et leurs gestes n'ont pas non plus la liberté — pour ne point parler de l'élégance — désirable. N'importe, cette page importante a eu l'honneur de servir de prototype à Raphaël pour sa fresque de l'église San Severo à Pérouse. *
Quant aux Évangélisfes peints sur la voûte, ils ont le tort de se trouver trop à proximité des Patriarches de Filippino Lippi : ils sont raides et archaïques autant que ceux de FiHppino sont vivants et mouvementés.