TISME. SCRUPULES NOUVEAUX. MICHEL-ANGE ET LA COUR PONTIFICALE
VÉRONÈSE ET L'iNQUISITION. — III. L'EXPRESSION DU SENTIMENT RELIGIEUX DANS LES ŒUVRES D'ART.
armi les autres grands Licteurs de la vie sociale, la religion, que nous devons aimer et glorifier au même titre que tout idéal qui élève l'homme au-dessus des préoccupations de la vie matérielle, vient au premier rang. Est-il un moyen plus efficace pour maintenir la justice, pour rapprocher les distances, pour développer la charité et les plus généreuses passions? On ne se
figure pas ce que serait une société sans ce correctif de tous les instincts
individuels.
Le sentiment religieux a-t-il traversé en Italie la même crise que le sentiment national ? C'est une question fort controversée et qui réclame toute notre attention.
3o HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
S'il est certain que les progrès de la richesse et des lumières, puis, dans une certaine mesure, les relations avec l'Orient musulman', atténuèrent et a foi et le dévouement à l'Église; s'il n'est pas moins catégoriquement démontré que les membres du clergé donnèrent trop souvent en Italie, comme d'ailleurs en Allemagne, en France, en Angleterre2, les exemples les plus scandaleux, on ne saurait nier, d'un autre côté, que nulle part, sauf en Espagne, l'ordre et le calme ne furent aussi promptement rétablis.
De même que la Renaissance, la Réformation3 resta sans action sur les masses; celles-ci, prêtes à s'interdire toute discussion dogmatique, ne protestaient que lorsque l'on entreprenait de les soumettre à un contrôle vexatoire. Le gouvernement espagnol en lit l'expérience à Naples et à Milan lorsqu'il essaya, en 1647 et en i563, d'y établir l'Inquisition : devant la résistance de la population il dut renoncer à ses tentatives. (En Sicile, au contraire, l'Inquisition devint rapidement populaire.)
La bourgeoisie accueillit plus favorablement les idées nouvelles. Des églises plus ou moins importantes prirent naissance à Venise, à Mantoue, à Modène, à Ferrare, à Faenza, à Lucques, à Naples et dans diverses autres villes. Leurs membres n'hésitaient pas, comme le firent un siècle plus tard les protestants français lors de la révocation de l'édit de Nantes, à s'expatrier et à porter au dehors leur science ou leur industrie. C'est ainsi que bon nombre de Lucquois allèrent se fixer en Suisse''.
Dans les classes supérieures, seuls un certain nombre d'esprits curieux ou inquiets se laissèrent séduire par les novateurs, et encore compte-t-on parmi eux plus d'ecclésiastiques que d'humanistes". Quand nous aurons cité les jurisconsultes siennois Lelio Socini (i525-i562) et Fausto Socini (i53g-iÔ04), le nouvelliste Ortensio Lando, dont les Nouvelles parurent en i552, A. Paleario,
1 . Voyez, sur les effets de l'influence musulmane, la Cultur de Burckhardt (livre VI, ch. m) et la Contre-révolution religieuse au XVI" siècle de M. Philippson, p. g-10.
2. Sur l'effroyable corruption du clergé anglais avant la Réformation, il faut consulter les documents réunis par H. Taine dans son Histoire de la Littérature anglaise (t. II, p. 304-806).
3. Bibl. : Gerdès, Spécimen ItaVuc reformata. Leyde, 1765. — Cantù, Eretici d'Italia. — Comba, Storia délia Riforma in Italia, t. I, Florence, 1881. — Philippson, la Contre-révolution religieuse au XVI ° siècle. Paris, 1884. — Bertolotti, Marti ri del Libero Peusiero e Vittime délia Santa Inquisitione nei secoli XVI, XVII e XVIII. Rome, 1892.