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CHAPITRE II

ROME ET LES ETATS PONTIFICAUX. — ADRIEN" VI ET LA REACTION CONTRE LA RENAISSANCE. — CLEMENT VII ET LE SAC DE ROME. ■ — PAUL III ET LES FARNÈSE. — LES DERNIERS PAPES HUMANISTES. — SIXTE-QUINT.

uand on met en parallèle Jules II et Léon X, d'un côté, leur successeur Adrien VI (l522-i523), de l'autre, on trouve à satiété, dans l'histoire même, des traits que la poésie n'eût pu inventer sans manquer à la vraisemblance. Quel contraste entre ce lourd et obscur Flamand et les deux brillants Mécènes italiens ! Si Adrien VI n'avait été qu'un ennemi de la Renaissance, on serait forcé de compter avec lui ; mais c'était un petit esprit, ce qui est bien autrement impardonnable. L'ambassadeur vénitien Gradenigo raconte qu'il disait chaque jour ses prières canoniques, qu'il se levait la nuit pour réciter matines et se relevait à l'aurore pour dire sa messe, qu'il faisait preuve d'une sobriété excessive (chacun de ses repas ne lui coûtait même pas un ducat), qu'en toutes choses il procédait avec une circonspection infinie, enfin qu'il parlait peu et avait l'humeur solitaire '.

On juge de l'indignation ressentie et manirestée, non seulement par la nuée de littérateurs et d'artistes groupés autour de Léon X, mais encore par la population romaine tout entière, habituée à vivre des largesses des souverains pontifes. Aussi, lorsque Adrien mourut, après un règne de vingt mois, sa dispa-

I. Baschet, la Diplomatie vénitienne au XVI° siècle, p. 180. E. Muntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance.

Médaille d'Adrien VI.

Par un anonyme italien.

rition provoqua-t-elle une joie universelle ; le lendemain on trouva la porte de son médecin, Giovanni Autracino, ornée de guirlandes de fleurs, avec cette inscription : « Le Sénat et le peuple romain au libérateur de la patrie ' ».

Le pontificat du successeur d'Adrien VI, Clément VII de Médicis (iÔ23l534), s'ouvrit sous les auspices les plus riants. En réalité peu de papes ont

fait autant de mal à l'Église et à l'Italie. Que de désastres, sans parler du sac de Rome : la suprématie de Charles-Quint et de l'Espagne, la rupture avec l'Angleterre, provoquée par le refus d'autoriser le divorce de Henri VIII avec Catherine d'Aragon, et bien d'autres calamités encore ! On peut hardiment affirmer qu'en tant que souverain, Clément VII a mérité toute la haine de ses contemporains, tout le mépris de la postérité : fourbe, insatiable, faible et lâche, sachant mener une intrigue jusqu'à l'avant- dernier acte, mais faisant manquer le dénouement par son indécision2.

Dans les annales de l'art, c'est encore, somme toute, une page glorieuse que ce pontificat. Bénéficiant de l'effort gigantesque tenté par Léon X et Jules II, Clément VII s'enorgueillit du concours des derniers représentants de l'Age d'Or. Une décadence dont les coryphées s'appellent Michel - Ange,

Antonio da San Gallo, Baldassare Peruzzi, pour ne point parler de Jules Romain , de Sebastiano del Piombo, de Cellini, a droit à toute notre admiration. Les archives romaines sont relativement pauvres en documents sur les travaux d'art entrepris par Clément VII : il faut ajouter que, par suite d'un éparpillement excessif, les efforts tentés par ce pape n'offrent pas l'impression d'une action des plus énergiques. Par la distinction de son goût et sa libéralité, c'était cependant un vrai Médicis : le souverain qui a attaché son nom à la villa Madame et à la chapelle de Michel-Ange a sa place marquée à côté des plus clairvoyants et des plus opiniâtres d'entre les Mécènes du xvie siècle.

Médaille de Clément VII.

Par Bernardi

de Castelboloenese.

1. Sismondi, Histoire des Républiques italiennes ait moyen âge, t. XV, p. 61.

2. Les ambassadeurs vénitiens nous montrent en Clément VII un prince prudent et sage, mais long à se décider. « Il discourt bien, ajoutent-ils; il voit tout, mais il n'a point d'initiative. En matière d'État, personne ne peut rien sur lui; U les écoute tous, puis n'en fait qu'a son sens. Il est juste et il est en Dieu. Il n'a point cet esprit de libéralité particulier à Léon X, bien que faisant beaucoup d'aumônes. Sa continence est très grande. Il vit économiquement, il ne veut ni bouffons ni musiciens, et n'est point chasseur. Depuis qu'il est pontife, on ne l'a vu sortir de Rome que deux fois pour aller à la Magliana. » Paul Jove confirme ce témoignage

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