I. Cancellieri, Storia de' salami Possessi, p
moins que dans celle des artistes. A ce double titre, nous ne saurions nous dispenser d'en retracer ici les péripéties. D'un côté nous trouvons des combattants valeureux : Benvenuto Cellini, qui se vantait d'avoir pointé de sa main la coulevrine dont la décharge tua le connétable de Bourbon ; puis le sculpteur Raf. da Montelupo et le peintre Lorenzo Lotto ', qui servirent avec lui comme canonniers au fort Saint-Ange ; ou encore l'orfèvre Bernardino dei Passeiï, qui se fit tuer sur la brèche de la Porta San Spirito ; de l'autre côté, des victimes sans nombre. A lire ce long martyrologe, il semble que, plus qu'aucune autre classe de la société, les artistes aient servi de cible aux barbares conquérants de la Ville éternelle. Ne serait-ce pas aussi qu'ils avaient, plus que tous autres, contribué à rendre plus mondaines encore les pompes de l'Église ! Plusieurs d'entre eux furent tués, tel le graveur Marco Dente. Une infinité d'autres furent rançonnés ou maltraités avec tous les raffinements de la cruauté, tels Perino del Vaga, qui pensa devenir fou de douleur, Marc Antoine, qui se trouva quasi réduit à la mendicité, le Rosso, qui dut se résigner à porter des fardeaux, Giulio Clovio, qui endura de telles souffrances qu'il fit vœu d'entrer en religion s'il échappait à ces nouveaux Pharisiens, ou encore le peintre Lappoli, qui fut à la fois torturé et dépouillé de tout. Le Parmesan, surpris en travaillant à la Vision de saint Jérôme, fut d'abord traité avec égards, mais plus tard les soudards lui enlevèrent tout l'argent qu'il portait sur lui. Aussi ce fut un sauve-qui-peut général. Vinc. da San Gimignano et son compagnon Schizzone, Maturino et Pol. de Caravage, J. Sansovino, Agostino Veneziano, Bal. Peruzzi, se réfugièrent, qui à Florence, qui à Sienne, qui à Mantoue, qui à Venise; ils arrivaient par bandes, dénués de tout, la plupart en haillons. Un des moins éprouvés fut le Baviera, l'ancien aide et confident de Raphaël : il vint généreusement au secours de ses confrères et assista entre autres Perino del Vaga.
Il résulte toutefois jusqu'à l'évidence, des documents conservés dans les archives romaines, que si cette épreuve cruelle ralentit la production artistique de la Ville éternelle, les travaux, contrairement à l'opinion commune, ne reprirent qu'avec plus d'intensité vers i53o. On sera plutôt dans la vérité en reconnaissant que, par suite d'une loi historique inéluctable, l'art italien suivait dès lors la pente fatale de la décadence , qu'aux géants des pontificats de Jules II et de Léon X, les Bramante, les Raphaël, les Léonard de Vinci, avaient succédé les épigones (Michel-Ange seul restait debout, isolé dans sa farouche grandeur), que le niveau général du talent avait baissé chez les artistes, comme le niveau général du goût avait baissé chez les amateurs. Les conjonctures politiques, impuissantes à provoquer le libre essor du génie, étaient impuissantes également à le comprimer.
On est surpris, d'autre part, de voir avec quelle rapidité, après une épreuve
I. Gregorovius, Storia délia città di Roiua, t. VIII, p. 746.