PAUL III ET LES FARNÈSE
suite de l'extinction des Farnèse, la propriété des Bourbons de Naples. Longtemps encore après la mort de Paul III, le cardinal Alexandre Farnèse s'assura l'estime et le respect de tous, grâce à la dignité de son caractère, ^ràce à sa passion pour les belles choses.
Un archéologue érudit, un collectionneur ardent, qui entra vers i55^ au service des cardinaux Alexandre et Ranuce Farnèse, le Romain Fulvio Orsini ' (i5'2Cj-i6oo), les seconda dans ces entreprises, organisa et classa leur biblio-
Le Palais Fai'nèse à Rome.
thèque et leur musée, en même temps qu'il réunit pour son compte personnel une bibliothèque et un cabinet qu'il légua, saut quelques exceptions, la première à la Vaticane, le second au cardinal Od. Farnèse. Son cabinet comprenait plus de 400 pierres gravées, Il3 peintures ou dessins de Raphaël, de Michel Ange, du Titien, de Sebastiano del Piombo, de Durer, de Léonard de Vinci, de Jean Bellin, de Giorgione ; 56 bustes ou bas-reliefs, 70 médailles d'or, environ 1900 médailles d'argent, plus de 5oo médailles de bronze, et en outre une intéressante série de portraits contemporains.
Dans le Sacré Collège, il n'y eut guère de prélat qui ne se lit remarquer,
1. La vie et l'œuvre d'Orsini ont fourni à M. de Nolhac la matière d'une attachante monographie : la Bibliothèque de Fulvio Orsini. Paris, 1887. -- Voy. aussi les Mélanges de l'École de Rome de 1884 et la Galette des Beaux-Arts de 1884 (t. I, p. 427 et suiv.).
non seulement par son faste, mais encore par son goût pour l'art. Les cardinaux Andréa délia Valle (-J- 1 534) et Rodolfo Pio da Carpi (f 1564) réunirent une collection d'antiques d'une grande richesse, de même que le cardinal E. Cesi (14(87-1537); le cardinal Ricci de Montepulciano (f 1674) )eta les fondements de la villa Médicis.
Parmi les cardinaux étrangers fixés dans la Ville éternelle, plus d'un rivalisa de magnificence avec ses collègues italiens. Si l'Anglais Reginald Pôle (i5ooi558), plus occupé de devoirs religieux que de distractions profanes, se contenta de commander à Sebastiano del Piombo le beau portrait conquis de nos jours par la galerie de l'Ermitage, notre compatriote Jean du Bellay (1492-1560) se piqua tout ensemble d'organiser les fêtes les plus brillantes, — cette Sciomachie de i5qg, à laquelle Rabelais fit l'honneur de la décrire dans un volume spécial, — et de réunir dans son palais des Saints-Apôtres, ainsi que dans sa villa du Quirinal, une collection d'antiques qui compta au nombre des plus considérables de Rome. Son neveu Joacbim du Bellay fit plus encore pour les ruines augustes au milieu desquelles il vivait : il les chanta dans le Premier Livre des Antiquités de Rome (i558), où perce une mélancolie si touchante.
Parmi les amateurs laïques, Jeanne d'Aragon (-J- 1 5 7 7) , la belle-sœur de Vittoria Colonna, se signala en fusant élever pour les jésuites l'église Sant' Andréa.
Citons encore un jeune gentilhomme romain, Tommaso dei Cavalieri, que Michel-Ange honora d'une vive amitié et pour qui il dessina, entre autres, Y Enlèvement de Ganymède, le Suppliée de Titien (de Prométhée ?), la Chute de Phaéton, une Bacchanale d'Enfants et une série de têtes. Cavalieri, qui s'était familiarisé avec la pratique de l'architecture, dirigea, après la mort de son maître, la construction des palais du Capitole. Il avait réuni un certain nombre d'antiques, dont on trouvera la liste dans le catalogue d'Aldroandi.
Quelle était, à cette époque, la physionomie de Rome? On peut affirmer que la Ville éternelle n'offrait, à aucun degré, la maussaderie qui l'a distinguée depuis. Partout, sur les façades, des peintures, des bas-reliefs, des incrustations de marbres antiques ; partout la vie, le mouvement et la couleur ; partout, en un mot, le triomphe de la Renaissance, que le Concile de Trente n'a pas encore étouffée. Vers la fin du siècle seulement le spectacle change '.
1 . Montaigne nous montre les avenues « quasi partout, pour la plus part incultes et stériles, soit par le défaut du terroir, ou, ce que je trouve plus vraisamblable, que cette ville n'a guiere de maneuvres et homes qui vivent du travail de leurs mains. — C'est une ville toute cour et toute noblesse : chacun prant sa part de l'oisifveté ecclésiastique. Il n'est nulle rue marchande, ou moins qu'en une petite ville ; ce ne sont que palais et jardins. Il ne se voit nulle Rue de la Harpe ou de Saint-Denis; il me samble tousiours estre dans la Rue de Seine ou sur le Cai des Augustins à Paris. La ville ne change guiere de forme pour un jour ouvrier ou jour de