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LES DERNIERS PAPES DU XVP SIECLE

Constatons, avant d'entrer dans le détail des travaux entrepris par les derniers papes de la Renaissance, que l'histoire de l'art à Rome, à partir du règne de Paul III, est encore toute à Eure. Les documents cependant, et des docu-

Coffret avec cristaux de roche gravés par Giov. Bernardi de Castelbolognese pour les Farnèse. (Musée de Naples.)

ments d'une calligraphie irréprochable, ne tout pas détaut : ils abondent dans les Archives d'État du Campo Marzo. J'en ai commencé le dépouillement il y

feste. Tout le Caresme il se faict des stations; il n'y a pas moins de presse un jour ouvrier qu'un autre. Ce ne sont en ce temps que coches, prélats et dames. » (Voyage, édit. d'Ancona, p. 284-285.)

a quelque vingt ans; mais, débordé par la période antérieure, j'ai dû m'en remettre à de plus jeunes du soin d'analyser et de publier ce fonds richissime.

Jules m.

D'après la médaille de Cavino.

Le successeur de Paul III, Jules III (i55o-i555), doit l'immortalité à la villa si élégante et si voluptueuse qu'il fit élever par Vignole, Vasari et Ammanati,

en dehors de la Porte du Peuple, sur la via Flaminia. Ce pontife était un rare mélange d'indolence et d'emportement, de faiblesse et d'aspirations généreuses. Le même homme qui baisa sur le front l'impudent Arétin s'honora par cette belle déclaration : qu'il ôterait volontiers aux années qui lui restaient à vivre pour ajouter à celles de Michel-Ange.

Les événements les plus marquants de ce pontificat sont : la construction, par Vignole, de l'oratoire de Saint-André, en dehors de la porte du Peuple, l'arrangement des jardins Farnèse, sous la direction du môme architecte , la fondation de la grandiose villa par laquelle le cardinal Hippolyte d'Esté (1 509-1572) a perpétué son souvenir à Tivoli.

Avec Paul III et Jules III disparurent les derniers représentants véritablement convaincus de la Renaissance sur le trône pontifical, les dignes héritiers

des traditions d'un Sixte IV et d'un Léon X. Désormais un autre rôle que celui de Mécènes s'imposait aux chefs de l'Eglise. Plusieurs d'entre eux purent bien encore ambitionner le titre de bâtisseurs, mais c'en était fait irrévocablement de l'amour fécond , de la distinction et de l'indépendance, de la flamme, en un mot, qui avaient valu à Rome les immortelles créations de Bramante, de Michel-Ange et de Raphaël, le nouveau Saint - Pierre , le tombeau de Jules II , les fresques de la Sixtine et des Stances. En dehors de la villa du pape Jules III, dernier reflet du noble épicurisme qui avait marqué l'Age d'Or, les constructions nouvelles ont toutes un air furieusement utilitaire. Pouvait -on attendre autre chose d'esprits aussi positifs qu'un Pie V, un Grégoire XIII, un Sixte-Quint !

Marcel II (i555) n'eut pas le temps de donner sa mesure pendant un pontificat qui ne dura que vingt-deux jours. Qu'il nous suffise de rappeler quelles brillantes espérances il avait fait concevoir alors qu'il ne s'appelait encore que le cardinal Marcel Cervin : unissant la pureté des mœurs et la dignité du caractère

Marcel II.

D'après une médaille anonyme.

LES DERNIERS PAPES DU XVIe SIÈCLE. 241

à l'étendue des connaissances, il s'était intéressé à la fondation de l'Académie vitruvienne, avait formé une série de médailles qui fut l'origine du médaillier du Vatican, et avait chargé Antonio da San Gallo de tracer les plans de sa villa du Monte Amiatr.

Cependant l'horizon s'assombrissait de plus en plus; les partisans de la Renaissance tremblèrent avec raison lorsqu'ils virent monter sur le trône pontifical le fougueux président de l'Inquisition romaine, le vieillard fanatique et implacable qui, après avoir rendu tristement fameux le nom de Caraffa, donna un retentissement plus fâcheux encore à celui de Paul IV (i555-i55c)). C'était, d'après l'ambassadeur vénitien Navagero, une nature bilieuse et sèche; montrant une solennité et une grandeur incroyables

dans toutes ses actions, et qui semblait vraiment , .■•'■:''{ * "T'**,W>

né pour dominer. Sa santé était des plus robustes; /' i ^\

lorsqu'il marchait, à peine s'il touchait le sol : son aspect était tout nerfs; dans ses yeux et dans tous ; les mouvements de son corps, il montrait une \ $ ;- >'f

vigueur hors de proportion avec son âge '. V 1 v./

Paul IV comptait soixante-dix-neut ans lorsqu'il \v 'S^

ceignit la triple tiare. Mais l'âge n'avait rien en- **•«*«.„ -

levé à son impétuosité, et il se signala par une

,.,,,. ... . Paul IV.

série d actes de vigueur auxquels il ne manquait D'après une médaille anonyme,

que l'esprit de suite. Haïssant Charles-Quint, et

à titre d'Italien et à titre de souverain pontife, il alla jusqu'à invoquer contre son ennemi, lui le chef de la Chrétienté, le secours du sultan Soliman ! Il ne montra pas moins d'incohérence dans son attitude vis-à-vis de ses neveux : après avoir subi tous leurs caprices, il les traita avec la dernière rigueur lorsqu'il découvrit leurs forfaits.

En matière d'art, le rôle de Paul IV fut purement négatif. Son premier acte, le jour même de son élévation, fut d'enlever à Michel-Ange les revenus de son office de la Romagne2. Fidèle à ces prémisses, il déclara dans la suite qu'il valait mieux fortifier Rome que terminer les peintures de la salle des Rois \ Il fit jeter bas, dans la salle des Palefreniers, les Apôtres peints en grisaille par Raphaël, et donna l'ordre de voiler les nudités du Jugement dernier de la chapelle Sixtine.

Avec Pie IV (i55g-i565), la Renaissance relève la tête. Non content d'agrandir l'enceinte de la cité Léonine, d'élever les portes Angélique et Pie, et de

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